‹ La morale de SocrateChapitre 11 sur 60 · HERMOGÈNE I · texte numérisé non relu

HERMOGÈNE I

Ce sont des sages. '

SOCRATE i

Cela rend tout à fait compte, selon moi, du nom! des démons. Parce qu'ils étaient sages et habiles,] Hésiode les a appelés démons: c'est un mot quii appartient à notre ancienne langue. Il a donc bieri raison lui et beaucoup d'autres poètes, de dire qu'à] l'instant de la mort l'homme vraiment bon esl ! appelé aune haute et glorieuse destinée, et, rece-j vant son nom de sa sagesse, devient démon. Elj moi j'afRrme à mon tour que quiconque est démon.» c'est-à-dire homme de bien, est véritablement > démon pendant sa vie comme après sa mort, et qu( i ce nom lui convient proprement. iCratyle, p. 231.) I

Ignores-tu ce que tout le monde sait et répète J que la vie est un voyage, et que, après l'avoir tra-i versée avec convenance, il faut se soumettre à ï?' nécessité de bon cœur, sinon avec des chants d( i triomphe ? Se désespérer, se cramponner à la vie , comme un enfanta son jouet, est-ce là une conduite

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ii^nô d'un homme et de la raison qui doit le gouvei'ner?

Tu unis contre tout bon sens et contre toute rai- ~i)[i la sensibilité à l'insensibilité, tombant ainsi en ■oiitradiction avec toi-même et dans tes actions et laus tes paroles ; tu ne fais pas réflexion que tu gémis sur ta future insensibilité, et que dans le même instant tu te plains de tomber en dissolution et d'être privé désormais des plaisirs de la vie, comme si une fois mort tu devais vivre encore, et non pas retomber dans cette même insensibilité complète qui précéda ta naissance.

Bannis donc ces sottises de ton esprit et considère que, une fois l'unité de la nature humaine brisée et l'âme rendue au séjour qui lui appartient, ce corps qui reste, ce corps de terre, incapable de penser, ce n'est pas l'homme. Ce qui nous constitue, c'est l'âme, principe immortel enchaîné dans une prison mortelle. Çuant à cette enveloppe, c'est pour notre malheur que la nature nous l'a attachée ; les plaisirs qu'elle nous procure sont superficiels, fugitifs, mêlés de mille peines ; les douleurs qu'elle nous cause sont profondes, durables, sans plaisirs qui les rachètent. Les maladies, les inflammations des organes des sens, les désordres intérieurs, il faut de .toute nécessité que l'âme, répandue dans toutes les voies du corps, les partage et les endure; elle regrette cet éther céleste, de mên^e nature qu'elle ; elle s'élance, altérée de la vie supérieure et des chœurs divins. De telle sorte que celui qui sort de la vie passe d'un mal à un bien. {AxiocJius^ p. 235.)

Que d'excellentes raisons de croire à l'immortalité de l'âme ! Une nature mortelle eùt-elle jamais

pu atteindre à de si nobles et généreuses actions: braver la fureur des bêtes fauves, traverser les mers, bâtir des villes, instituer des gouvernements, ! élever les regards vers le ciel, et contempler dans ! ces espaces les révolutions des astres, les cours i du soleil et de la lune, leur lever et leur coucher, , leurs éclipses et leurs retours, les équinoxes et les deux tropiques, les pléiades d'hiver et d'été, les i vents, les pluies qui se précipitent et les éclats de la foudre dans les airs? Eut-elle jamais pu détermi- i ner pour l'avenir les événements de l'univers, s'il n'y i avait dans l'âme comme un souffle vraiment divin, | qui lui permet de concevoir et de connaître toutes ! ces merveilles? De telle sorte que ce n'est pas vers j la mort, mais vers l'immortalité que tu t'avances ; i et ce qui t'attend, ce n'est pas la privation, mais : une jouissance plus pure du bonheur. Tes plaisirs, \ alors^ ne seront plus mêlés à ce corps mortel, nulle i douleur ne les troublera plus en les altérant. Tu | arriveras dans ce nouveau séjour, libre de tout ce ; qui t'embarrassait dans cette prison : là, plus de peines, plus de plaintes, plus de vieillesse ; une vie 'j douce, exempte de tous maux, s'écoule dans la paix| et le repos, employée à considérer la nature, à phi-'i losopher, non pour la foule et le théâtre, mais hh lumière éblouissante de la vérité. {Icl.^ p. 243.)

Lorsqu'une âme a fait des progrès marqués soii dans le mal, soit dans le bien, par une volonté' ferme et une conduite soutenue, si c'est dans le| bien, et qu'elle se soit attachée à la divine vertu i jusqu'à devenir en quelque sorte divine comme elle,i elle reçoit de grandes distinctions, et du lieu qu'elle occupait elle passe dans une autre demeure toutej samte et plus heureuse : si elle a vécu dans le vice/^!

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îlle va habiter une demeure conforme à son état. Telle est, mon cher fils, qui te crois négligé des lieux, la justice des habitants de l'Olympe. Si l'on ;e pervertit, on est transporté au séjour des âmes criminelles ; si Ton change de bien en mieux, on va ;e joindre aux âmes saintes : en un mot, dans la àe, et dans toutes les morts qu'on éprouve succesùvement, les semblables font à leurs semblables et in reçoivent tous les traitements qu'ils doivent laturellement en attendre. Ni toi, ni qui que ce soit, m quelque situation qu'il se trouve, ne pourra amais se vanter de s'être soustrait à cet ordre, îtabli par les dieux pour être observé plus inviola- )lement qu'aucun autre, et qu'il faut infiniment res- )ecter.Tu ne lui échapperas jamais, quand tu serais issez petit pour pénétrer dans les profondeurs de a terre, ni quand tu serais assez grand pour t'élever Qsqu'au ciel. Mais tu porteras la peine qu'ils ont irrètée, soit sur cette terre, soit aux enfers, soit lans quelque autre demeure encore plus affreuse. Il }n sera de même de ceux qui, par des impiétés ou )ar d'autres crimes, sont devenus grands, de petits ju'ils étaient, et que tu as crus être passés du malleur au bonheur; par suite de quoi tu t'es imaginé ;oir dans leurs actions, comme dans un miroir, que es dieux ne se mêlent point des choses d'ici-bas : nais tu ne savais pas le tribut que ces hommes si leureux doivent un jour payer à l'ordre général. Et comment, jeune présomptueux, peux-tu te persuader que cette connaissance n'est pas nécessaire, Duisque, faute de l'avoir, on ne pourra jamais se ormer un plan de vie, ni concevoir une idée juste le ce qui en fait le bonheur ou le malheur ?{LolSj x, ). 231.]

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