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CHAPITRE IV

DEVOIRS DE l'homme ENVERS SON AME ;

l'honorer

a L'àme, dit Socrate, est, après les dieux, ce que liomme a de plus divin, et ce qui le touche de plus rès. » Aussi ordonne-t-il que l'âme ait la première lace dans notre estime, après les dieux. Et pour DUS faire comprendre ce qu'il entend par honorer Ime, il énumère d'abord les faux honneurs que les ommes, ignorants ou aveugles, rendent à leur âme : !S connaissances, la richesse, le pouvoir, les luanges, la gloire, les plaisirs, la liberté sans ein,toutce qui enfle l'orgueil et ne rend pas l'âme eilleure. « Dès l'enfance, dit-il, tout homme se 3rsuade qu'il est en état de tout connaître. » Ainsi l'oit-il honorer son âme par les louanges qu'il lui ;'odigue,par la liberté qu'il lui accorde de faire tout 3 qu'il lui plait, par le soin qu'il met à cacher ses âfauts et à rejeter ses fautes sur autrui. Mais de 3tte manière, il la dégrade et la remplit de maux ; de remords. Il la dégrade encore en se persuaint que la vie est le plus grand des biens, en manaant de courage pour supporter les travaux et les

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épreuves, et en négligeant de purifier et de fortifie: le principe divin qui est en lui. Après avoir dit ci que l'homme doit éviter, Socrate insiste aussi su i ce qu'il doit faire pour honorer son âme : s'abstenii des choses qui sont honteuses et mauvaises, et s'ai; tacher à celles qui sont belles et bonnes; fuir 1; mal, et donner toute la perfection possible à so j intelligence, à sa volonté et à son cœur. De là M devoir de respecter son âme, c'est-à-dire de la pr^i server de tout ce qui peut la dégrader, de purifiej ses actes, et même ses pensées et ses sentiment! de tout ce qui est contraire à la sainteté et à l.i vérité ; et le devoir de cultiver son âme, c'est-à-dir de la rendre plus belle, meilleure,' plus divine, en uii mot aussi parfaite qu'elle peut le devenir pendan sa courte existence terrestre.

Pour faire cette œuvre, il faut que l'hommei « ouvrier avec Dieu », ait l'œil toujours fixé sur c<' qui ne change pas, qu'il travaille d'après le modèM qui est au ciel et s'efforce d'en reproduire l'idée e i la vertu. C'est ainsi qu'il réalisera l'harmonie d<| l'âme qui résulte, ainsi que nous le dit Socrate, « d(i l'accord parfait de toutes les vertus, la tempérance! la force, la générosité, la grandeur d'âme et toutes: les autres, sœurs de celles-ci ». Profondément con: vaincu de la sublime destinée de l'homme, Socrat(i s'efforce d'en convaincre les autres par son ensei^i gnement et son exemple : il ne se lasse pas d(' dire à l'homme : « Travaille de toutes tes forces £j devenir tous les jours plus beau. » Et pour qu(i

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homme supporte avec patience les luttes et les ravaux de sa céleste vocation, Socrate ajoute : Quand le but est sublime, tout ce qu'on souffre )0ury atteindre ne l'est pas moins. »

L'âme est, après les dieux, ce que l'homme a de )lus divin, et ce qui le touche de plus près. Il y a leux parties en nous : l'une, plus puissante et meileure, destinée à commander ; l'autre, inférieure et Qoins bonne, à laquelle il convient d'obéir. Il faut onc donner toujours la préférence à la partie qui L droit de commander, sur celle qui doit obéir. Ainsi, 'ai raison d'ordonner que notre âme ait la première )lace dans notre estime, après les dieux et les êtres îui les suivent en dignité. On croit rendre à cette ime tout l'honneur qu'elle mérite ; mais, en vérité, )resque personne ne le fait. Or l'honneur est m bien divin, et rien de ce qui est mauvais n'est ligne qu'on l'honore. Aussi quiconque croit relever on âme par des connaissances, de la richesse, du mouvoir, et ne travaille pas à la rendre meilleure, 'imagine qu'il l'honore ; mais il n'en est rien.

Dès l'enfance tout homme se persuade qu'il est sn état de tout connaitre ; il croit que les louanges [u'il prodigue à son âme sont autant d'honneurs [u il lui rend, et il s'empresse de lui accorder la iberté de faire tout ce qu'il lui plaît. Mais nous, lous disons au contraire que se comporter de la ;orte, c'est nuire à son âme, au lieu de l'honorer, >lle qui mérite, comme nous l'avons dit, le premier •ang après les dieux. Ce n'est pas non plus honorer ;onâme, quelque illusion qu'on se fasse là-dessus, [lie de rejeter toujours sur les autres ses fautes, et a plupart de ses défauts, même les plus considé- 'ables, et de se croire absolument innocent; loin

de là, on lui fait par là un très grand mal. On ne i l'honore point encore, lorsque, malgré les dis- ; cours et les insinuations du législateur, on s'aban- : donne aux plaisirs ; mais plutôt on la déshonore, i en la remplissant de maux et de remords. On la ! dégrade aussi, loin de l'honorer, lorsque, au lieu \ de s'élever par la patience au-dessus des travaux, l des craintes, de la douleur et des chagrins que la : loi recommande de surmonter, on y cède par j lâcheté. On ne l'honore point davantage, lorsqu'on! se persuade que la vie est le plus grand des biens ; | au contraire, on la déshonore par là ; parce que,ii regardant alors ce qui se passe dans l'autre monde i comme un mal, on succombe à cette idée funeste ; î on n'a pas le courage d'y résister, de raisonner! avec soi-même, et de se convaincre qu'on ignore si! les dieux qui régnent dans les enfers ne nous y ^ réservent pas les biens les plus précieux.

C'est encore déshonorer l'âme de la manière la I plus réelle et la plus complète, que de préférer la; beauté à la vertu ; car cette préférence donne au j corps l'avantage sur l'âme, ce qui est contre toute i raison, puisque rien de terrestre ne doit l'emporter . sur ce qui tire son origine du ciel; et quiconque ai une autre idée de son âme ignore combien est! excellent le bien qu'il dédaigne. On n'honore pas : non plus son âme par des présents, lorsqu'on désirai amasser des richesses par des voies peu honnêtes, i et qu'on n'est pas indigné contre soi-même de les ! avoir acquises ainsi ; il s'en faut de beaucoup qu'on l'honore de cette manière, puisque c'est vendrell pour un peu d'or ce que l'âme a de plus précieux ; en effet, tout l'or qui est sur la terre et dans son sein:; ne mérite pas d'être mis en balance avec la vertu, i En un mot, quiconque ne s'abstient point, autant: qu'il dépend de lui, des choses que le législateur.

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iéfend comme honteuses et mauvaises, et ne s'attache pas au contraire de tout son pouvoir à celles qui lui sont proposées comme belles et bonnes, celui-là ne voit pas qu'en tout cela il traite son âme, cet être tout à fait di\'in,de la manière la plus ignominieuse et la plus outrageante.

Ce qui nous honore véritablement, c'est de suivre ce qu'il y a de meilleur en nous, et de donner toute la perfection possible à ce qui est moins bon, mais susceptible d'amendement. Or, il n'est rien dans l'homme qui ait naturellement plus de disposition que l'âme à fuir le mal, et à poursuivre le souverain bien, et, lorsqu'elle l'a atteint, à s'y attacher pour toujours. (Lois^ xv, p. 253).

Pensez-vous donc que j'aurais été condamné, si j'avais cru devoir tout faire et tout employer pour me tirer de vos mains, et croyez-vous que j'aurais manqué de paroles touchantes et persuasives? Ce ne sont pas les paroles qui m'ont manqué. Athéniens, c'est l'impudence, c'est l'envie de vous faire plaisir en vous disant les choses que vous aimez [tant à entendre. C'aurait été, sans doute, une grande satisfaction pour vous de me voir lamenter, soupirer, pleurer, prier et faire toutes les autres bassesses que vous voyez faire tous les jours aux accusés. Mais dans ce danger je n'ai pas cru devoir m'abaisser à une chose si lâche et si honteuse, et après votre arrêt je ne me repens pas de n'avoir pas commis cette indignité, car j'aime beaucoup mieux mourir après m'être défendu comme j'ai fait, que de vivre pour vous avoir priés. Ni en justice, I ni à la guerre, un honnête homme ne doit sauver jsa vie par toutes sortes de moyens. Il arrive souvent dans les combats qu'on peut très facilement

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sauver sa vie en jetant ses armes et en demandant | quartier à son ennemi; il en est de même dans tous ! les autres dangers: on trouve mille expédients! pour éviter la mort, quand on est capable de tout \ dire et de tout faire. Eh ! ce n'est pas là ce qui est j difficile, Athéniens, que d'éviter la mort ; mais il l'est beaucoup d'éviter la honte ; elle vient plus I rapidement que la mort. C'est pourquoi présente-' ment, vieux et pesant comme je suis, j'ai été atteint ; et pris par la plus lente ; et mes accusateurs, gens ■ agiles et robustes, ont été atteints par celle qui marche le plus légèrement, par l'infamie. Je m'en vais donc être livré à la mort par votre ordre ; et '• ceux-là vont être livrés à l'infamie et à l'injustice j par la force de la vérité. Pour moi, je suis content i de mon arrêt ; ils le sont aussi du leur. C'est ainsi | que cela devait être, et le partage ne pouvait être | mieux fait. (Apologie de Socrate, p. 96.)

ALCIBIADE

Peux-tu donc m'expliquer, Socrate, quel soin je dois prendre de moi-même ? car tu me parles, je le vois, plus sincèrement que qui que ce soit.

SOCRATE

Je le puis, sans doute ; mais cela ne te regarde | pas seul. Nous devons ensemble chercher les \ moyens de nous rendre meilleurs, et je n'en ai pas i moins besoin que toi, moi qui n'ai qu'un seul avan- l tage sur toi.

ALCIBIADE

Quel est-il cet avantage ?

DEVOIRS DE l'homme ENVERS SON AME 73 SOCRATE

C'est que mon tuteur est meilleur et plus sage que ton tuteur Périclès.

ALCIBIADE

Quel est ce tuteur?

SOCRATE

Le Dieu qui, avant ce jour, ne m'a pas donné la permission de te parler, et c'est en suivant ses inspirations que je te dis aujourd'hui que c'est par moi seul que tu peux acquérir de la gloire.

ALCIBIADE

Tu veux railler, Socrate.

SOCRATE

Peut-être; mais enfui, il est toujours vrai que lous avons grand besoin d'avoir soin de nousnêmes, tous les hommes en général, et nous deux 3ncore plus que les autres.

Oui, Socrate, au moins pour ce qui me regarde.

SOCRATE

Et de môme pour moi. (Le Premier Alcibiade, \ 193.)

M""^^ .iiLES l'.vvuK. — Socrate

SOCRATE

Travaille de toutes tes forces à devenir tous les jours plus beau.

ALCIBIADE

J'y travaillerai.

SOCRATE

La beauté de ce qui est à toi commence à passer au lieu que la tienne ne commence qu'à fleurir ; et si tu ne te laisses pas gâter et enlaidir par le peuple, je ne te quitterai de ma vie. Mais je crains furieusement qu'engoué de la faveur du peuple comme tu l'es, tu ne te perdes toi-même, comme cela est arrivé à un grand nombre de nos meilleurs citoyens ; car le peuple du magnanime Erecthée a un beau masque ; mais il faut le voir à visage découvert. Crois-moi donc, Alcibiade, et prends les précautions que je te dis.

ALCIBIADE

Quelles précautions ?

C'est de t'exercer, et de bien apprendre ce qu'il faut savoir avant de se mêler des affaires de la république, afin que, muni d'un bon préservatif, tu puisses t'exposer aux dangers sans rien craindre.

DEVOIRS DE l'homme ENVERS SON AME 75

ALCiniADE

Tout cela est fort bien dit, Socrate, mais tache de m'expliquer comment nous pourrons avoir soin de nous-mêmes.

SOCRATE

Nous sommes convenus que c'est l'àme dont il faut avoir soin ; que c'est l'unique fin qu'on doit se proposer. (Ici, p. 220.)

Non, Tisias, tu peux en croire de plus sages que nous, ce n'est pas à ses compagnons d'esclavage que l'homme doué de raison doit s'efforcer de plaire, si ce n'est en passant, mais à ses maîtres célestes et d'une céleste origine. Cesse donc de t'étonner si le circuit est long, car le terme où il aboutit est tout autre que tu l'imagines. D'ailleurs la raison nous dit que par un effort de notre libre volonté nous pouvons atteindre par cette voie à un but si magnifique. (PJicdre, p. 392.)

Quand le but est sublime, tout ce qu'on souffre pour y atteindre ne l'est pas moins. [Id.)

Lors donc qu'un ouvrier, l'œil toujours fixé sur ce qui ne change pas, travaille d'après un tel modèle, et s'efforce d'en reproduire l'idée et la vertu, il fait de toute nécessité une belle œuvre ; que si, au contraire, il n'a d'égard qu'à ce qui passe, et travaille d'après un modèle périssable, il ne fait rien de beau.

Si le monde est beau, si son auteur est excellent, il est évident qu'il a eu les yeux fixés sur le modèle éternel ; s'ils sont, au contraire, ce qu'on n'oserait dire, c'est le modèle périssable qui a été imité. Or, il est parfaitement évident que c'est le modèle éternel qui a été imité. Le monde est, en effet, la plus belle des choses produites ; son auteur, la meilleure des causes. L'univers ainsi engendré a donc été formé sur le modèle de la raison, de la sagesse et de l'essence immuable ; d'où l'on voit, par une conséquence nécessaire, que l'univers est une copie.

Les discours qui se rapportent aux objets stables, immuables, intelligibles, doivent être eux-mêmes stables, inébranlables, invincibles, s'il se peut, à tous les efforts de la réfutation, et cela d'une manière absolue. (Ti77iëe,p. 179.)

Il nous faut chercher des artistes habiles, capa- i blés de suivre à la trace la nature du beau et du j gracieux, afin que nos jeunes gens, élevés au milieu I de leurs ouvrages, comme dans un air pur et sain, 1 en reçoivent sans cesse de salutaires impressions ^ par les yeux et les oreilles, et que dès Penfance ;i tout les porte insensiblement à imiter, à aimer le i' beau, et à établir entre lui et eux un parfait accord, i N'est-ce pas aussi pour cette raison que la musique! est la partie principale de l'éducation, parce que le nombre et l'harmonie, s'insinuant de bonne heure dans Tâme, s'en emparent, et y font entrer à leur suite la grâce et le beau, lorsqu'on donne cette partie de l'éducation comme il convient de la donner, an lieu que le contraire arrive lors(|u'on la néglige? Et encore parce qu'un jeune homme élevé comme il faut dans la musique saisira avec la der-

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