‹ La morale de SocrateChapitre 14 sur 60 · DEVOIRS DE L HOMME ENVERS SON AME · texte numérisé non relu

DEVOIRS DE L HOMME ENVERS SON AME

iiière justesse ce qu'il y a d'imparfait et de défectueux dans les ouvrages de la nature et de l'art, et en éprouvera une impression juste et pénible , et ([ue,par cela môme, il louera avec transport ce qu'il remarquera de beau, lui donnera entrée dans son âme, en fera sa nourriture, et se formera par là à la vertu ; tandis que, d'un autre côté, il aura un mépris et une aversion naturels pour ce qu'il y trouvera de vicieux, et cela dès l'âge le plus tendre, avant que d'être éclairé des lumières de la raison, qui ne sera pas plutôt venue qu'il s'attachera à elle par le rapport secret que la musique aura mis par avance entre la raison et lui.

De même, au nom des dieux immortels, ne pourrai-je pas dire que nous ne serons jamais excellents musiciens, ni nous, ni les guerriers que nous nous proposons de former, si nous ne nous familiarisons avec l'idée de la tempérance, de la force, de la générosité, de la grandeur d'âme et des autres vertus, sœurs de celles-ci, idées qui s'offrent à nous en mille objets différents, si nous ne les distinguons du premier coup d'œil, elles et leurs images, partout où elles se trouvent, soit en grand, soit en petit, sans jamais en mépriser aucune, et persuadés, sous quelque forme qu'elles se présentent, qu'elles sont l'objet de la même science et de la môme "étude. Et le plus beau des spectacles pour quicon- ([ue pourrait le contempler, ne serait-ce pas celui d'une âme et d'un corps également beaux, unis entre eux, en qui se trouveraient toutes les vertus dans un parfait accord? Mais ce qui est très beau est aussi très aimable. Celui qui est vraiment musicien ne saurait donc s'empêcher d'aimer ceux en ([ui il rencontrera ce bel accord; mais il n'aimera pas ceux en qui il ne l'apercevra pas.

Ce n'est pas, à mon avis, 1^ corps, quel([ue bien

constitué qu'il §oit, qui, par sa vertu, rend Tâme bonne, c'est au contraire l'ame qui, lorsqu'elle est bonne, donne au corps, par sa vertu propre, toute la perfection dont il est capable. {République^ livre III, p. 1C7.)

A quoi servirait-il que l'injustice demeurât cachée et impunie? L'impunité ne rend-elle pas le méchant plus méchant encore? Au lieu que le crime venant à être découvert et puni, la partie animale s'apaise et s'adoucit, la raison rentre dans tous ses droits ; et l'âme entière, rendue au régime du principe meilleur, s'élève, par l'acquisition de la tempérance, de la justice et de la prudence, à un état d'autant supérieur à celui du corps qui acquerrait la force, la beauté et la santé, que l'âme est elle-même audessus du corps. Par conséquent, tout homme sensé dirigera toutes ses actions vers ce but.

D'abord il estimera par-dessus tout et cultivera les sciences propres à perfectionner son âme, méprisant toutes celles qui ne produiraient pas le même effet. Ensuite, dans son régime corporel, il ne recherchera nullement la jouissance de plaisirs brutaux et déraisonnables; et il ne recherchera la santé, la force et la beauté, qu'autant que tous ces avantages seront pour lui des moyens d'être plus tempérant : en un mot, il n'entretiendra une parfaite harmonie entre les parties de son corps qu'autant qu'elle pourra servir à maintenir l'accord qui doit régner dans son âme.

Ayant toujours les yeux sur le gouvernement de son âme, attentif à empêcher que l'opulence d'une part, de l'autre l'indigence n'en dérange les ressorts, il s'étudiera à conserver toujours le même plan de conduite dails les acquisitions et les dé-

Il(

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uses qu'il pourra faire. So dirigeant d'après les îmes principes dans la poursuite des honneurs, il iiiibitionnera, goûtera même avec plaisir ceux ([u'il rroira pouvoir le rendre meilleur, et fuira, soit dans SI vie privée, soit dans sa vie publi([ue, ceux qui P'jurraienttroubler l'ordre qui règne dans son âme. Peut-être est-il au ciel un modèle pour quiconque veut le consulter et régler sur lui la conduite de son aine. [Ici., livre IX, p. 401.)

La plus parfaite sagesse n'est autre chose que le plus beau et le plus parfait des accords, et on ne la possède qu'autant que l'on vit selon la droite raison ; quant à celui qui en est dépourvu, il n'est propre (|u'à ruiner ses alïaires domestiques. [Lois, III, p. 181.)

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