‹ La morale de SocrateChapitre 15 sur 60 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DEVOIRS DE l'homme ENVERS SON AME. — RESPECT DE l'aME, — LA TEMPÉRANCE

Il faut que l'âme ait conscience de sa valeur pour éprouver « cette crainte divine » qui l'éloigné de tout ce qui peut la faire déchoir de sa dignité et l'empêche de se laisser envahir par les passions et les désirs d'une nature inférieure. « Ce sentiment, dit Socrate, fait les âmes vertueuses et rend libres et intrépides ceux qui l'éprouvent. » Non seulement il préserve l'homme de toute bassesse et de toute impureté extérieure, mais encore il lui fait surmonter tous les mouvements intérieurs qui peuvent altérer la pureté de l'âme. C'est une sorte d'instinct divin qui avertit l'âme de la présence de tout ce qui lui est funeste, et lui fait reconnaître aussi spontanément ce qui peut contribuer à sa santé. Plus elle l'exerce par une constante vigilance sur elle-même, plus il devient prompt et sûr. Les hommes vertueux le communiquent à ceux qui se soumettent à leur influence : dans l'atmosphère pure qui les environne,

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on reçoit ce principe de vie et de santé, plus fort que tous les éléments destructeurs. C'est ainsi que se tempèrent et se règlent tous les mouvements de l'âme qui se retire en elle-même et se porte à ce qui est pur, éternel, immortel, immuable, et s'y attache comme à elle-même. Aussi nous comprenons l'extension que Socrate donne à la vertu de la tempérance qui, pour lui, consiste '^ à ne pas être esclave de ses désirs, mais à se mettre au-dessus d'eux et à vivre avec modération : dans ce sens, elle est, en effet, la purification de toutes les passions )).

Il faut que les lois insinuent discrètement dans

le cœur de l'homme, pour s'opposer à l'invasion de

'impudence, la plus belle des craintes, cette crainte

divine que nous avons appelée du nom de honte et

de pudeur. (Lois, livre II, p. 143.)

Ils comprirent (les Athéniens attaqués par les Perses) que leur unique refuge était dans euxmêmes et dans les dieux. Tout conspirait donc à resserrer l'union entre les citoyens, et la crainte du danger présent, et la crainte des lois, gravée dès auparavant dans leur âme, et qui était le fruit de leur fidélité à les observer. Si cette crainte dont nous avons souvent parlé plus haut sous le nom de pudeur, ce sentiment qui, disions-nous, fait les âmes vertueuses et rend libres et intrépides ceux qui l'éprouvent, si cette crainte n'avait alors agi sur le cœar des Athéniens, jamais ils ne se seraient réunis pour voler, comme ils firent, à la défense de

leurs temples, des tombeaux de leurs ancêtres, de leur patrie, de leurs parents et de leurs amis ; ils se seraient dispersés, et chacun aurait cherché sa sûreté dans la fuite quand l'ennemi se serait montré. (Ici, livre III, p. 202.)

Ce ne sont point des monceaux d'or, mais c'est ua :• grand fonds de pudeur qu'il faut laisser à ses ; enfants. On croit leur inspirer cette vertu, en les : reprenant lorsqu'ils la blessent dans leur conduite ; ' mais ces maximes, par lesquelles on leur dit que I la modestie sied bien à un jeune homme en toutes j rencontres, ne sont pas ce qu'il y a de plus efficace. : Le sage législateur exhortera plutôt ceux qui ont atteint l'âge mûr à respecter les jeunes gens, et à ; être continuellement sur leurs gardes, pour ne rien | dire et ne rien faire d'indécent en leur présence, : parce que c'est une nécessité que la jeunesse ' apprenne à ne rougir de rien, lorsque la vieillesse ; lui en donne l'exemple. La véritable éducation et \ de la jeunesse et de tous les âges de la vie ne con- i siste point à reprendre, mais à faire constamment ] ce qu'on dirait aux autres en les reprenant. (Jd., 1 livre V, p. 257.)

Quand l'âme examine les choses par elle-même sans y appeler le corps, elle se porte à ce qui est pur, éternel, immortel, immuable ; et comme étant de même nature, elle y reste attachée, tout autant qu'elle est à elle-même, et autant qu'elle le peut. Alors ses égarements cessent, et elle est toujours la môme, parce qu'elle est unie à ce qui ne change point, et participe de sa nature ; c'est là l'état de l'âme qu'on appelle sagesse.

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Si l'âme se retire pure, sans conserver rien du corps, comme celle qui pendant la vie n'a eu volontairement avec lui aucun commerce, mais au contraire, l'ayant toujours fui, et s 'étant toujours recueillie en elle-même, en méditant toujours, c'està-dire en philosophant, et en apprenant effectivement à mourir ; si l'âme donc se retire en cet état, elle va vers un être semblable à elle, divin, immortel, plein de sagesse, près duquel elle jouit de la félicité, délivrée de ses erreurs, de son ignorance, de ses craintes, de ses amours tyranniques, et de tous les autres maux attachés à la nature humaine ; et comme on le dit des initiés, elle passe véritablement avec les dieux toute l'éternité ! [Phédon, p. 53.)

Ceux qui sont reconnus avoir passé leur vie dans la sainteté, ceux-là sont délivrés de ces lieux terrestres comme d'une prison, et sont reçus là-haut dans cette terre pure où ils habitent. (Id.,p. 116),

Ce qu'on appelle la force ne convient-il pas particulièrement aux philosophes ? Et la tempérance, dont le grand nombre ne connaît que le nom, cette vertu qui consiste à ne pas être esclave de ses désirs, mais à se mettre au-dessus d'eux, et à vivre avec modération, ne convient-elle pas particulièrement à ceux qui méprisent leur corps et qui vivent dans la philosophie ?

Ce n'est pas un chemin qui mène à la vertu, que de changer des voluptés pour des voluptés, des tristesses pour des tristesses, des craintes pour des cranites, et de faire comme ceux qui changent une pièce en petite monnaie. La sagesse est la seule monnaie de bon aloi pour laquelle il faut changer

toutes les autres. Avec elle on achète tout, on a tout, force, tempérance, justice ; en un mot, la vertu n'est vraie qu'avec la sagesse, indépendamment des voluptés, des tristesses, des craintes et de toutes les autres passions. Au lieu que toutes les autres vertus sans la sagesse, et dont on fait un échange continuel, ne sont que des ombres de vertu, une vertu esclave du vice, qui n'a rien de vrai ni de sain, La véritable vertu est une purification de toutes sortes de passions. La tempérance, la justice, la force et la sagesse elle-même sont des purifications, et il y a bien de l'apparence que ceux qui ont établi les purifications n'étaient pas des personnages méprisables, mais de grands génies qui, dès les premiers temps, ont voulu nous faire comprendre, sous ces énigmes, que celui qui arrivera dans les enfers sans être initié et purifié sera précipité dans la fange ; et que celui qui y arrivera après avoir accompli les expiations, sera reçu parmi les dieux.... Je n'ai rien oublié pour être de ce nombre, et j'ai travaillé toute ma vie à y parvenir. Si tous mes efforts n'ont pas été inutiles, et si j'y ai réussi, c'est ce que j'espère savoir dans un moment, s'il plaît à Dieu. Voilà mon apologie pour me justifier auprès de vous, de ce qu'en vous quittant, et en quittant les maîtres de ce monde, je ne suis ni triste ni fâché, dans l'espérance que je ne trouverai pas moins là-bas qu'ici de bons amis et de bons maîtres. (Phédon, p. 30.)

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