ATTRIBUTS DE DIEU
En travaillant à rendre son âme de plus en plus courageuse et sage. Socrate reconnaît qu'une perfection plus haute la rend aussi plus indépendante des accidents extérieurs. Appliquant au monde physique cette vérité d'ordre moral, il démontre que tout ce qui, dans la nature ou dans les œuvres des hommes, est formé de bons matériaux, résiste le mieux à l'action du temps et de tous les autres agents destructeurs. Et remontant jusqu'à Dieu, il conclut de sa perfection à son immutabilité et à son éternité.
Le Dieu de Socrate est bon, par là même qu'il est parfait ; et il veut que « toutes choses soient le plus possible semblables à lui-même ». Ainsi ordonna-t-il l'univers de manière à en faire un ouvrage de nature excellente et parfaitement beau. Socrate ne cherche pas l'origine du mal dans le monde, il affirme que « Dieu voulait que tout fût bon et rien mauvais, autant que cela dépendait de lui ». Cette restriction signifie- t-elle que Dieu,
selon la parole d'un ancien « semel jussit semper paret », s'est volontairement imposé des bornes dans l'exercice de sa puissance, pour obéir aux lois que lui-même a établies et pour ne pas entraver la liberté de l'homme ? Nous n'avons trouvé nulle part la discussion de ce point qui dépasse notre compréhension. Tout ce que nous pouvons constater, c'est que la présence du mal dans le monde ne fait douter Socrate ni de la Providence ni de la bonté divine.
L'âme n'est-elle pas d'autant moins troublée et altérée par les accidents extérieurs qu'elle est plus courageuse et plus sage ? Par la même raison, les ouvrages de main d'homme, les édifices, les vêtements résistent au temps et à tout ce qui peut les détruire, à proportion qu'ils sont bien travaillés et formés de bons matériaux. En général donc, tout ce qui est parfait, qu'il tienne sa perfection de la nature ou de l'art, ou de l'un et de l'autre, est très peu sujet au changement de la part d'une cause étrangère. Mais Dieu, et tout ce qui appartient à sa nature, est parfait. Ainsi donc, à le considérer dé ce côté, il n'est nullement susceptible de recevoir plusieurs formes. S'il se faisait quelque changement en Dieu, il ne pourrait venir d'ailleurs, ce serait une nécessité qu'il se fit en mal ; car nous n'avons garde de dire de Dieu qu'il lui manque aucun degré de beauté et de vertu. Cela posé, crois-tu que qui que ce soit, homme ou dieu, prenne de lui-même une forme moins belle que la sienne? Il est donc impossible que Dieu veuille se changer. Et chacun des dieux, très beau et très
bon de sa nature, conserve toujours la forme qui lui estpropre. (République, livre II, p. 136.)
Disons pour quel motif l'ordonnateur de tout cet univers l'a ordonné. Il était bon, et celui qui est bon ne saurait éprouver aucune espèce d'envie. Exempt de ce sentiment, il a voulu que toutes choses fussent le plus possible semblables à luimême. Quiconque, instruit par des hommes sages, admettrait que c'est là la principale raison de la formation du monde, admettrait la vérité.
Dieu donc voulait que tout fût bon, et rien mauvais, autant que cela dépendait de lui ; c'est pourquoi, ayant pris toutes les choses visibles qui, loin d'être en repos, s'agitaient d'un mouvement sans règle et sans suite, il les fit passer du désordre à l'ordre, jugeant cet état préférable. Or, un être très bon ne pouvait ni ne peut rien faire qui né soit excellent. A la lumière de la raison, il comprit donc qu'il était impossible de faire sortir des choses visibles de leur nature une œuvre privée d'intelligence qui, considérée dans l'ensemble, fût plus belle qu'une œuvre pourvue d'intelligence ; comme aussi qu'aucun être ne pouvait avoir d'intelligence sans avoir une âme. En conséquence, il mit l'intelligence dans l'âme, l'âme dans le corps, et ordonna l'univers de manière à en faire un ouvrage de nature excellente et parfaitement beau. De sorte que la vraisemblance nous oblige de dire que ce monde est véritablement un être animé et intelligent, produit par la providence divine. (Timée, p. 182.)
L'Être éternel, immuable, immobile, ne saurait être ni plus vieux, ni plus jeune; il n'est pas, il n'a
pas été, il ne sera pas dans le temps ; en un mot, il n'est sujet à aucun des accidents que la génération met dans les choses qui se meuvent et tombent sous les sens. (Id., p. 194.)