‹ La morale de SocrateChapitre 22 sur 60 · LE VRAI · texte numérisé non relu

LE VRAI

L'âme, enchaînée au corps, durant son existence terrestre, ne peut voir la vérité dans toute sa splendeur. En cherchant avec ardeur cette pure lumière, elle s'y élève par degrés. Mais attachée au monde visible par sa nature inférieure, elle se laisse attirer et captiver par de vaines apparences qu'elle prend pour des réalités et qui la rendent indifférente à sa véritable destinée, de môme que l'aveugle est insensible à l'éclat du jour le plus radieux. Toute la beauté de la vérité éternelle resplendit en vain pour l'âme qui n'a pas d'yeux pour la voir. Et si on l'arrache de force aux choses de néant dont elle fait l'objet de ses contemplations et de ses désirs, « la lumière, dit Socrate, lui blesse les yeux, et l'éblouissement qu'elle lui cause l'empoche de discerner les objets dont elle voyait auparavant les ombres ». Cette belle allégorie qui nous dépeint l'aveuglement de l'âme subjuguée par l'attrait des choses terrestres, nous montre aussi que l'affranchissement de cette noble esclave doit être graduel et ne peut s'effectuer que par l'initiation progressive à la vérité. Toute action violente, loin de hâter cette délivrance, ne fait que la retarder en replongeant l'âme dans des ténèbres plus profondes. Il faut commencer par éveiller en elle le sens des choses divines et ne pré- .senter d'abord que des demi-clartés à ses yeux trop

120 LA MORALE DE SOCRATE i

faibles encore pour contempler la lumière pure, j

Après avoir entrevu, elle voudra voir ce qu'il y adei

plus excellent. Inondée par ces célestes clartés, elle;

deviendra lumineuse pour éclairer à son tour ses i

compagnons d'esclavage et les initier à la liberté j

par la vérité. ^ll

Après nous avoir présenté la peinture saisissante i

de l'état d'ignorance dans lequel l'âme est retenue I

par la paresse et la sensualité, Socrate écarte le \

voile de l'allégorie et il énumère dans un langage !

simple, familier même, les dispositions sans les-!

quelles l'âme ne peut progresser dans la vérité.;

C'est la volonté de sortir d'un état si dégradant ; i

c'est l'amour du travail, de toute espèce de travail; ,

c'est la fermeté qui fait persévérer dans une sage !

détermination : « Ceux qui veulent s'y appliquer, ]

dit-il, doivent être à l'abri de tout reproche en ceij

qui concerne l'amour du travail. Il ne faut pas qu'ils;

soient en partie laborieux, en partie indolents. « Il !

faut encore qu'ils aient horreur du mensonge, même i

involontaire, et qu'ils se méprisent à leurs propres ;

yeux lorsqu'ils sont convaincus d'ignorance. A:

mesure qu'ils avancent dans la connaissance, ils |

doivent mieux sentir tout ce qui leur manque, et '

dire avec Selon : « Je vieillis en apprenant tous les,i

iours. » i

•^ il

De même Platon, dans une lettre aux parents et i

amis de Dion, avertit ceux qui veulent rechercher!

la vérité et vivre selon la sagesse, des travauxii

qu'elle impose et des peines qu'elle inflige. « Ainsi j

CULTURE DE l'AME 121

\ ^.Tti, dit-il, celui qui a une âme divine juge que tout litre genre de vie est méprisable... Il ne s'arrête as avant d'avoir atteint le but. » Quant aux faux .'li^^es, à ceux qui n'ont que le vernis des opinions, •liton les compare à ceux dont le corps est brûlé ir le soleil : image juste et frappante qui nous lo litre que la vérité, destinée à vivifier et à réchaufur l'âme, ne modifie que l'apparence des philosophes sir ostentation, sans exercer aucune action sur ur vie. « Le vrai philosophe est doué de pénétraion, de grandeur d'âme, d'affabilité, il est ami et, 'our ainsi dire, allié de la vérité, delà justice, delà Dice et de la tempérance. )> Ainsi toute science qui ne rend pas la vertu plus larfaite, est une science vaine. Il faut que les prorès de l'âme dans la vérité se manifestent par la lignite de la vie : « Ayant l'esprit sans cesse fixé ur des objets qui gardent entre eux un ordre cons- Liit et immuable, c'est à imiter et à exprimer en oi cet ordre invariable que le vrai philosophe met /Hite son application. » Et du haut des régions lereines oii se complaît sa pensée, il voit les hommes I les choses dans leurs véritables rapports; il juge le tout avec une impartiale clairvoyance. Les erreurs les fautes d'autrui n'ont pas le pouvoir de l'offencr ni de l'irriter ; il n'éprouve contre les hommes li haine, ni aigreur. La contemplation de la vérité 'loduit en lui la justice et la charité. « Grâce au ommerce qu'il a avec les objets divins, il devient m homme divin et réglé dans toutes ses actions,

autant du moins que la faiblesse humaine le permet. »

Représente-toi l'état de la nature humaine païj rapport à la science et à l'ignorance, d'après le! tableau que je vais t'en faire. Imagine un antrô! souterrain ayant dans toute sa longueur une ouverjj ure qui donne une libre entrée à la lumière, et dans! cet antre des hommes enchaînés depuis l'enfanceji de sorte qu'ils ne puissent changer de place ni tour-jl ner la tête, à cause des chaînes qui leur assujettis^] sent les jambes et le cou, mais seulement voir le^i objets qu'ils ont en face. Derrière eux, à une cerl taine distance et une certaine hauteur, est un feir dont la lueur les éclaire, et entre ce feu et les cap-|l tifs est un chemin escarpé. Le long de ce chemin| imagine un mur semblable à ces cloisons que \eë charlatans mettent entre eux et les spectateurs,*! pour leur dérober le jeu et les ressorts secrets de^i merveilles qu'ils leur montrent. Figure-toi des^ hommes qui passent le long de ce mur, portant deê objets de toute espèce, des figures d'hommes e6 d'animaux en bois ou en pierre, de sorte que tout!] cela paraisse au-dessus du mur. Parmi ceux qui les| portent, les uns s'entretiennent ensemble, les autres^ passent sans rien dire. Ils nous ressemblent pour-| tant de point en point. Et d'abord, crois-tu qu'ilsj verront autre chose, d'eux-mêmes et de ceux qui^, sont à leurs côtés, que les ombres qui vont se pro-! duire vis-à-vis d'eux dans le fond de la caverne?—^ Que pourraient-ils voir de plus, puisque, depuis*' leur naissance, ils sont contraints de tenir toujours'] la tête immobile ? — Verront-ils aussi autre chose^' que les ombres des objets qui passent derrière eux !^| — Non. — S'ils pouvaient converser ensemble, n^*]

nviendraient-ils pas entre eux de donner aux

Iibres qu'ils voient les noms des choses mêmes ? ; s'il y avait, au fond de leur prison, un écho li répétât les paroles des passants, ne s'imagineient-ils pas entendre parler les omhres mômes

passent devant leurs yeux? Enfin, ils ne croiient pas qu'il existât autre chose de réel que ces îbres.

Vois maintenant ce qui devra naturellement leur river si on les délivré de leurs fers et qu'on les érisse de leur erreur. Qu'on détache un de cas ptifs ; qu'on le force sur-le-champ de se lever, de irner la tête, de marcher et de regarder du côté la lumière : il ne fera tout cela qu'avec des peines inies ; la lumière lui blessera les yeux, et l'éblouisiient qu'elle lui causera l'empêchera de discerner

objets dont il voyait auparavant les ombres. Que )is-tu qu'il répondît si on lui disait que jusqu'alors l'a vu que des fantômes, qu'à présent il a devant

yeux des objets plus réels et plus approchants

la vérité ? Si on lui montre ensuite les choses à

isure qu'elles se présenteront, et qu'on l'oblige à

ce de questions de dire ce que c'est, ne le jettera-

tn pas dans l'embarras, et ne se persuadera-t-il

} ^ que ce qu'il voyait auparavant était plus réel

' ' ce qu'on lui montre ? Et, si on le contraignait

regarder le feu, n'aurait-il pas mal aux yeux ?

1 détournerait-il point ses regards pour les por- 1 sur ces ombres qu'il fixe sans effort? Ne jugerait-

is qu'elles ont quelque chose de plus net et de 1 s distinct que tout ce qu'on lui fait voir ? Si maini int on l'arrache de la caverne, et qu'on le traîne, 1 le sentier rude et escarpé, jusqu'à la clarté du

il, quel supplice pour lui d'être traîné de la sorte !

^ quelle fureur il entrerait ! et lorsqu'il serait

ivé au grand jour, les yeux tout éblouis de son

éclat, pourrait-il rien voir de cette foule d'obje que nous appelons des êtres réels ? Il lui faudrai du temps, sans doute, pour s'y accoutumer. Ce qu discernerait plus aisément, ce serait d'abord 1 ombres, ensuite les images des hommes et des autr objets, peints sur la surface des eaux ; enfin, [ objets eux-mêmes. De là il porterait ses regards ve; le ciel, dont il soutiendrait plus facilemeni la vc pondant la nuit à la lueur de la lune et des étoilei qu'en plein jour à la lumière du soleil. A la fin, t serait en état non seulement de voir l'image du solei dans les eaux et partout où elle se réfléchit, maji de le fixer, de le contempler lui-même à sa véritabt place. Après cela, se mettant à raisonner, il en vieill dra à conclure que c'est le soleil qui fait les saison et les années, qui gouverne tout dans le mondi visible et qui est en quelque sorte la cause de tow ce qui se voyait dans la caverne. •!

S'il venait alors à se rappeler sa première demeur*! l'idée qu'on y a de la sagesse, et ses compagnors d'esclavage, ne se réjouirait-il pas de son changea ment, et n'aurait-il pas compassion de leur malheuii Crois-tu qu'il fût encore jaloux des honneurs, do louanges et des récompenses qu'on y donnait à ceU qui saisissait le plus promptement les ombres àlei-' passage, qui se rappelait le plus sûrement celles q\ allaient devant, après ou ensemble, et qui par ! était le plus habile à deviner leur apparition, cl qu'il portât envie à la condition de ceux qui dar j cette prison étaient les plus puissants et les ph^ honorés ? Ne préférerait-il pas, comme Achille dai ; Homère, passer sa vie au service d'un pauvre labo^j reur, et tout souffrir, plutôt que de reprendre se premier état et ses premières illusions? Fais enco:i attention à ceci. S'il retournait de nouveau dai j sa prison pour y reprendre son ancienne plac:

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MIS ce passage subit du grand jour à l'obscurité, ■ se trouverait-il pas comme aveuglé ? Et si, tandis i'il ne distingue rien, et avant que ses yeux fusiit bien remis, ce qui ne pourrait arriver qu'après 1 assez long temps, il lui fallait entrer en dispute /ec les autres prisonniers sur ces ombres, n'apprêlait-il pas à rire aux autres, qui diraient de lui !o, pour ôtre monté là-haut, il a perdu la vue ; outant que ce serait une folie à eux de vouloir .rtir du lieu où ils sont, et que, si quelqu'un s'avilit de vouloir les en tirer et les conduire en haut, faudrait s'en saisir et le tuer?

Eh bien, mon cher Glaucon, c'est là précisément mage de la condition humaine. L'antre souterrain, est le monde visible ; le feu qui l'écIaire, c'est la îiiière du soleil; ce captif qui monte à la région ipérieure et qui la contemple, c'est l'âme qui élève jusqu'à la sphère intelligible. Voilà du moins ;i pensée, puisque tu veux la savoir. Dieu sait si !o est vraie. Quant à moi, la chose me parait telle le je vais dire. Aux dernières limites du monde K'Uigible est l'idée du bien qu'on aperçoit avec 'iue, mais qu'on ne peut apercevoir sans conclure l'elle est la cause première de tout ce qu'il y a de

lu et de bon dans l'univers ; que, dans ce monde

sible, elle produit la lumière et l'astre de qui elle

jeiit directement; que, dans le monde invisible,

!le engendre la vérité et l'intelligence; qu'il faut

ifin avoir les yeux sur cette idée, si on veut se

induire sagement dans sa vie privée et publique.

Je suis de ton avis autant que je puis comprendre

pensée. — Admets donc aussi et ne t'étonne plus 10 ceux qui sont parvenus à cette sublime coninplation dédaignent de prendre part aux affaires iniaines, et que leurs âmes aspirent sans cesse à

lixer dans ce lieu élevé. La chose doit être ainsi.

si elle est conforme à la peinture allégorique qu' j'en ai tracée. [République, livre VII, p. 339, etcl

Rappelle-toi l'homme de la caverne : il corri mence par être délivré de ses chaînes ; puis, lais! santles ombres, il se tourne vers les figures artif! cielles et vers le feu qui les éclaire. Enfin il sort dli ce lieu souterrain pour s'élever jusqu'aux lieull qu'éclaire le soleil; et parce que ses yeux faibles el éblouis ne peuvent se porter d'abord ni sur les anij maux, ni sur les plantes, ni sur le soleil, il arecouili à leurs images peintes à la surface des eaux et I' leurs ombres ; mais ces ombres appartiennent à déi êtres réels, et non point à des objets artificiel! comme dans la caverne, et elles ne sont point formédi par cette lumière que notre prisonnier prenait podl le soleil. L'étude des sciences dont nous avonlj parlé produit le même effet. Elle élève la parti') noble de l'âme jusqu'à la contemplation du plu' excellent de tous les êtres, comme, dans l'autre cas' le plus perçant des organes du corps s'élève à 1' contemplation de ce qu'il y a de plus lumineux danî le monde matériel et visible. [République^ livre VIÏ p. 368.) r, i

Il faut qu'ils aient des dispositions convenables n l'éducation que nous voulons leur donner. — Quelle^ sont ces dispositions ? — La sagacité nécessairij pour l'étude des sciences et la facilité à apprendreji car l'âme est bien plus vite rebutée par les diffil! cultes de la gymnastique, parce que la peine n'eg; que pour elle seule et que le corps ne la partagii point. Il faut de plus qu'ils aient de la mémoire, d la volonté, qu'ils aiment le travail, et toute espècî

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0 travail sans distinction ; autrement, comment •ois-tu qu'ils consentent à allier ensemble tant oKoi'cices du corps, tant do réflexions et de tralux de l'esprit? — Jamais ils n'y consentiront, s'ils ; sont nés avec le plus heureux naturel.

La faute que l'on commet aujourd'hui, et c'est

U ([ui a fait tant de tort à la philosophie, vient,

wame nous l'avons dit plus haut, de ce qu'on n'a

)iiit assez d'égard à la dignité de cette science;

!<; n'est point faite pour des esprits bâtards, mais

. ir des talents francs et vrais. D'abord, ceux qui

nient s'y appliquer doivent être à l'abri de tout

[iroche on ce qui concerne l'amour du travail. Il

' faut pas qu'ils soient en partie laborieux, en

rtie indolents, ce qui arrive lorsqu'un jeune

iiime, rempli d'ardeur pour le gymnase, pour la

isse, pour tous les exercices du corps, n'a d'ail-

iirs aucun goût pour tout ce qui est étude, conver-

lions, recherches scientifiques, et craint ces

lies de travaux. J'en dis autant de celui qui est

' Ml caractère opposé. Ne mettrons-nous pas

iore au rang des naturels imparfaits par rapport

. l'étude de la vérité, les âmes qui, détestant le

■iisonge volontaire, et ne pouvant le souffrir sans

pugnance dans elles-mêmes ni sans indignation

' lis les autres, n'ont pas la môme horreur pour le

1 Misonge involontaire, ne se méprisent pas à leurs I »pres yeux lorsqu'elles sont convaincues d'igno- I ice, et s'y vautrent avec la même complaisance ' "lui pourceau dans la fange. Il ne faut pas importer une moindre attention à discerner les î'tiirels francs d'avec les naturels bâtards, à l'égard

■i tempérance, de la force, de la grandeur d'âme i dos autres vertus. [République, livre VII, p. 373.)

Sais-ta ce que c'est que philosopher? Ce n'es autre chose que ce que Selon a dit quelque part

Je vieillis en apprenant tous les jours. ,i

Il me semble, en effet, que celui qui veut êtr philosophe doit apprendre tous les jours quelqu chose, et dans sa jeunesse et dans sa vieillesse afin de savoir en cette vie le plus de choses possible

Le philosophe est réellement un homme qui ij s'attache à rien en esclave, et ne s'adonne pd exclusivement à une seule chose, au point quj pour la porter à sa perfection, il néglige toutes U autres, comme font les artisans ; le philosophe s'a| plique à toutes avec mesure. [Les Rivaux, ip. 1211

11 y a une méthode excellente, c'est de montrai quelle grande chose est la philosophie, et quels tnl vaux elle impose, et quelles peines elle infligti Ainsi averti, celui qui aime vraiment la philosophii; qui est digne de s'y appliquer, c'est-à-dire qui a uni âme divine, trouve admirable la vérité qu'on lii signale, juge qu'il y faut marcher et que tout autr genre de vie est méprisable. Après quoi, marchai lui-même sur cette route, entraînant son guide à s, suite, il ne s'arrête pas avant d'avoir atteint le bu j ou du moins avant d'être assez fort pour pouvoir si| passer de guide et aller seul en avant. Animé de c( i esprit,un tel homme, quelles que soient les conjonc [ tures, vit et se gouverne en toutes choses parle i principes de la philosophie, et se voue chaque joi | au régime le plus propre à exercer ses facultés, I développer sa mémoire, à le rendre habile à ra \ sonner. Toute autre manière d'agir lui répugn» * et il s'en abstient constamment. Mais ceux qui r [ sont pas vraiment philosophes, qui n'ont que 1 r vernis des opinions, pareils à ceux dont le corps e: j

nilé par le soleil, voyant quelle multitude de con-

.lissances la philosophie enferme, combien elle

vige de travail, comme elle commande un régime

chaque jour, l'ordre et la convenance, ceux-là

ii^^ent une telle étudedifficile,impossible,etils n'ont

• s même le courage de tenter un premier effort.

Mielques-uns se persuadent qu'ils ont tout suffi-

amment appris et qu'il ne reste plus rien à savoir.

'(jilà l'épreuve la plus claire et la plus sûre pour

pprécier les hommes adonnés àla mollesse et inca-

ibles d'endurer la peine : ceux-là ne doivent pas

l'cuser leur maître, mais eux seuls, s'ils sont dans

impuissance de faire ce qu'exige l'entreprise

n'ils poursuivent. {Lettre de Platon aux parents

I nmis de Dion, p. 385.)

Toutes les qualités dont nous venons de faire le < iiombrement ne se tiennent-elles pas entre elles, I lie sont-elles pas toutes nécessaires à une âme iiii doit s'élever à la plus parfaite connaissance

Tetre? Peut-on blâmer par quelque endroit une -[ofession dont on ne peut se rendre capable, si on ji'est doué de mémoire, de pénétration, de granloiir d'âme, d'affabilité; si l'on n'est ami et, pour liiisi dire, allié de la vérité, de la justice, de la empérance ? [République^ livre VI, p. 295.)

Celui qui fait son unique étude de la contemplaion de la vérité n'a pas le temps d'abaisser ses •égards sur la conduite des hommes pour la censurer, et se remplir contre eux de haine et d'aii^reur ; mais, ayant l'esprit sans cesse fixé sur des )bjets ([ui gardent entre eux un ordre constant et mmuable, qui, sans jamais se nuire les uns aux

autres, conservent toujours les mêmes arrange : ments et les mêmes rapports, c'est à imiter et i \ exprimer en soi cet ordre invariable qu'il met tout( j son application. Est-il possible, en effet, qu'oie admire la beauté d'un objet, et qu'on aime à s'er j approcher continuellement, sans s'efforcer de lui| ressembler? Ainsi, le philosophe, grâce au corn-! merce qu'il a avec les objets divins, entre lesqueh| règne un ordre immuable, devient un homme divin' et réglé dans toutes ses actions, autant du moins i que la faiblesse humaine le permet, car il n'est rieni ici-bas où l'on ne trouve quelque chose à reprendre.! {Ici., p. 318.)

Pour discerner le vrai philosophe de celui qui ne|i l'est pas, il est encore bon de faire attention à une , chose, à ce qu'il n'a dans l'âme rien de bas, la peti-' tesse étant incompatible avec une âme qui doit, embrasser dans ses recherches toutes les chose^ divines et humaines.

Mais penses-tu qu'une âme grande, qui porte s^ pensée sur tous les temps et sur tous les êtres,' regarde la vie de l'homme comme quelque chose d'important ? Une âme de cette trempe ne craindra donc pas la mort. {Id., p. 294.)

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