‹ La morale de SocrateChapitre 29 sur 60 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

CULTURE DE l'aME. — CONNAISSANCE DE SOI \

Pour prendre soin de son âme et la rendre meil-i leure, il ne suffit pas de savoir quelle est la naturel de l'âme humaine, en général, quels sont ses apti-; tudes, ses désirs et ses aspirations : cette connais-i sauce qui s'applique à tout le genre humain, sans i distinguer entre eux les individus, sert à nous| guider dans l'observation de nous-mêmes, mais ellei ne saurait en tenir lieu. Le perfectionnement de l'âme] est une œuvre tout individuelle sur laquelle l'ex-^ périence d'autrui exerce, à la vérité, plus ou moins^ d'influence pour l'éclairer, la guider et l'activer,' mais qui ne peut s'achever que par des lumières eti des efforts individuels. Malgré tous les traits com-| muns par lesquels toutes les âmes se ressemblent,! il y a entre elles une diversité infinie qui correspondi à la diversité de nos rôles dans le monde et au| nombre infini de nos devoirs particuliers. Il s'agit! donc, pour chacun de nous, de connaître ce qu'il est, ce qu'il peut et ce qu'il doit. D'abord cette

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connaissance paraît être élémentaire et simple, à tel point que nous sommes prêts à dire avec Alcihiade : « Pour moi, Socrate, j'ai cru fort souvent que cela était donné à tous les hommes ; » mais un examen attentif et sérieux de nous-mêmes nous convainc bientôt de la difficulté de cette étude, souvent entravée par des ténèbres volontaires ou involontaires, par la confusion entre ce qui est à nous et ce qui est nous. Aussi le « connais-toi toi-même », loin d'être une vérité de sens commun, est-il le plift haut point de la sagesse. Pour nous indiquer j les moyens d'y parvenir, Socrate se sert d'une com- (paraison aussi claire que juste : « Ainsi que l'œil, qui est la lumière du corps, ne peut se voir lui-même qu'en se regardant dans un autre œil, et dans cette partie de l'œil où réside toute sa vertu, c'est-à-dire la vue ou la lumière même ; de même l'âme, pour se voir, doit se regarder dans l'âme, et dans cette partie de l'âme vraiment divine, où elle peut contempler tout le divin, c'est-à-dire Dieu et la sagesse. » C'est donc à la lumière divine qui est en elle, que l'âme se voit telle qu'elle est, qu'elle se connaît parfaitement et connaît aussi ce qui est à elle et les choses qui appartiennent à ce qui est à elle. Cette lumière, Socrate nous l'a déjà dit, c'est le bien, dont la vérité n'est elle-même que l'image. Pour se bien connaître, il faut donc s'approcher de la lumière de la loi parfaite, et se laisser pénétrer par cette pure lumière qui éclaire jusqu'aux plus profonds replis de notre être. Ainsi notre conscience

limpide et pure réfléchira parfaitement les clartés et les ombres de notre vie morale, et nous rendra clairvoyants pour les rconnaître, et fidèles à nous | conformer à la vérité et à aimer le bien. *

SOCRATE

Mon cher Alcibiade, suis mes 'conseils, et obéis i au précepte qui est écrit sur la porte du temple | de Delphes : Connais-toi toi-même ; car les ennemis j que tu auras sur les bras sont tels que je te les \ représente, et non pas tels que tu te les es figuj:és. ! Les seuls moyens de les vaincre sont Tapplication i et l'habileté : si tu renonces à ces qualités néces- i saires, renonce aussi à la gloire "et chez les Grecs i et chez les peuples étrangers, à la gloire que tu ; aimes plus que personne ait jamais rien aimé.

Quel moyen donc de connaître l'art qui nous rend meilleurs nous-mêmes, si nous ne savons auparavant ce que c'est que nous-mêmes?

ALCIBIADE

Cela est absolument impossible.

SOCRATE

Mais est-ce une chose bien facile que de se con- ; naître soi-même, et était-ce quelque ignorant qui ^i avait écrit ce précepte sur la porte du temple d'Apollon à Delphes ? ou est-ce, au contraire, une chose d'une si grande difficulté, et qui ne soit pas donnée à tous les hommes ? ]

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