‹ La morale de SocrateChapitre 30 sur 60 · CULTURE DE L'AME. CONNAISSANCE DE SOI 153 ALCIBIADE · texte numérisé non relu

CULTURE DE L'AME. CONNAISSANCE DE SOI 153 ALCIBIADE

Pour moi, Socrate, j'ai cru fort souvent que cela était donné à tous les hommes, et fort souvent aussi que cela était d'une très grande difficulté.

SOCRATE

Mais, Alcibiade, que cela soit facile ou non, il est toujours certain que si nous le savons une fois, nous saurons bientôt et sans peine quel est le soin que nous devons avoir de nous-mêmes ; au lieu que si nous l'ignorons, nous ne parviendrons jamais à connaître la nature de ce soin.

ALCIBIADE

Cela est indubitable.

SOCRATE

Nous ne saurions rien trouver en nous qui soit plus nous que notre âme.

ALCIBIADE

Cela est très certain.

SOCRATE

Celui qui nous ordonne de nous connaître nousmêmes, nous ordonne donc de connaître notre âme?

Je le crois.

SOCRATE

Celui qui ne connaît que son corps connaît donc ce qui est à lui, et ne connaît pas ce qui est lui?

ALCIBIADE

Oui.

SOCRATE

Celui qui aime, Alcibiade, c'est celui qui aime son âme.

ALCIBIADE

Conséquence nécessaire. i

SOCRATE j

Celui qui aime ton âme ne se retire jamais, tant i qu'elle aspire à quelque progrès.

SOCRATB !

Tâchons donc, au nom des dieux, de bien en- I tendre le précepte de Delphes dont nous avons déjà ! parlé, car en comprenons-nous bien toute la force?

Quelle force ? que veux-tu dire par là, Socrate ? ;|

SOCRATE

Je m'en vais te communiquer ce que je soupçonne que veut dire cette inscription et le précepte qu'elle

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renferme. Il n'est guère possible de te le faire en- I tendre par d'autre comparaison que par celle-ci, qui est tirée de la vue.

ALCIBIADE

Comment dis-tu ?

SOCRATE

Prends bien garde : si cette inscription parlait à l'œil comme elle parle à l'homme, et qu'elle lui dît : Regarde-toi toi-même, que croirions-nous qu'elle lui dirait ? Ne croirions-nous pas qu'elle lui ordonnerait de se regarder dans une chose dans laquelle l'œil peut se voir ?

ALCIBIADE

Cela est évident.

SOCRATK

Cherchons donc cette chose dans laquelle, en y regardant, nous puissions voir et l'œil et nousmêmes.

ALCIBIADE

On peut se voir dans les miroirs et dans d'autres corps semblables.

Tu dis fort bien... N'y a-t-il pas aussi dans l'œil quelque petit endroit qui fait le même effet qu'un miroir ?

ALCIBIADE

Il y en a assurément. ;

SOCRATE '

As-tu donc remarqué que toutes les fois que tu i

regardes dans ton œil, tu vois, comme dans un i

miroir, ton visage dans cette partie qu'on appelle la ;

pupille, où se réfléchit l'image de celui qui s'y voit? i

ALCIBIADE

Cela est vrai. ,,:

SOCRATE ^j

Ij

Un œil donc, pour se voir, doit regarder dans un i autre œil, et dans cette partie de l'œil, qui est la i plus belle, et qui a seule la faculté de voir ? \

ALCIBIADE

Qui en doute ?

SOCRATE

Car s'il attachait ses regards sur quelque autre' partie du corps de l'homme, ou sur quelque autre objet, à moins qu'il ne fût semblable à cette partie de l'œil qui voit, il ne se verrait nullement lui-même.

ALCIBIADE

Tu as raison.

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SOCRATE

Un œil donc qui veut se voir lui-même doit se jgarder dans un autre œil, et dans cette partie de Deiloù réside toute sa vertu, c'est-à-dire la vue.

ALCIBIADE

Assurément.

SOCRATE

Mon cher Alcibiade, n'en est-il pas de même de ime? pour se voir, ne doit-elle pas se regarder ins l'âme, et dans cette partie de l'âme où réside •ute sa vertu, qui est la sagesse, ou dans quelque itre chose à laquelle cette partie de l'âme res- ;mble en quelque façon ?

ALCIBIADE

Il me le semble, Socrate.

SOCRATE

Mais pouvons-nous trouver quelque partie de ime qui soit plus divine que celle où réside la ience et la sagesse?

Non, certainement.

SOCRATE

C'est donc dans cette partie de l'âme vraiment vine qu'il faut se regarder, et y bien contempler

tout le divin, c'est-à-dire Dieu et la sagesse, poii se connaître soi-même parfaitement ?

âlcibiade I

Il y a bien de l'apparence.

SOCRATE

Se connaître soi-même, c'est la sagesse, cornu | nous en sommes convenus. \

ALCIBIADE

Cela est vrai.

SOCRATE

Ne nous connaissant pas nous-mêmes, et n'étail point sages, pouvons-nous connaître ni nos biens j nos maux ?

ALCIBIADE 1

Et! comment les connaîtrions-nous, Socrate? i

SOCRATE I

Car il n'est pas possible que celui qui ne conmi pas Alcibiade connaisse ce qui est à Alcibiadei appartient à Alcibiade.

ALCIBIADE p

Non. nar Jupiter, cela n'est pas possible. ,

SOCRATE

Ce n'est donc qu'en nous connaissant nouj

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lêmes que nous pouvons connaître que ce qui est nous nous appartient ?

ALCIBIADE

Assurément.

SOCRATE

I Et si nous ne connaissons pas ce qui est à nous, pus ne connaîtrons pas non plus ce qui regarde 33 choses qui sont à nous ?

ALCIBIADE

Je l'avoue.

SOCRATE

Ces trois connaissances, se connaître soi-même, onnaître ce qui est à soi, et connaître les choses ui appartiennent à ce qui est à soi, ., sont liées nsemble ; elles sont l'effet d'un seul et même art.

ALCIBIADE

Il y a bien de l'apparence.

Tout homme qui ne connaît pas les choses qui ont à lui ne connaîtra pas non plus celles qui sont ux autres.

ALCIBIADE

Cela est constant.

SOCRATE I

Vous vous gouvernerez sagement et justement si, comme je l'ai dit tantôt, vous vous regardez tou jours dans cette lumière divine qui brille en vous !

ALCIBIADE

Il y a bien de l'apparence. I

SOCRATE I

Car en vous regardant dans cette lumière, vou!| vous verrez vous-même, et vous connaîtrez vof véritables biens.

ALCIBIADE

Sans doute. -i

ij

SOCRATE j

Et en agissant ainsi, ne ferez-vous pas toujouni bien? i

ALCIBIADE

Certainement.

SOCRATE

Si vous faites toujours bien, j'ose me rendrai garant que vous serez toujours heureux. ■

ALCIBIADE

Tu es là-dessus un très bon garant, Socrate.

CULTURE DE LAME. CONNAISSANCE DE SOI IGl

SOCRATE

Mais si vous vous gouvernez injustement, et a'au lieu de regarder la divine lumière vous regariez dans ce qui est sans Dieu et plein de ténèbres, 3us ne ferez, et cela ne peut être autrement, que 3S œuvres de ténèbres, parce que vous ne vous )nnaîtrez pas vous-mêmes. (Le premier Alcibiade^

Le sage seul se connaîtra lui-même et sera en esure déjuger et ce qu'il sait et ce qu'il ne sait is ; pareillement, en ce qui concerne les autres, il ra seul capable de reconnaître ce que chacun sait, oyantle savoir, comme aussi ce que chacun croit ivoir, ne le sachant pas. Aucun autre n'en pourra ire autant. Bref, être sage, la sagesse, la connaisnce de soi-même, tout se réduit à savoir ce qu'on it et ce qu'on ne sait pas. {Charmide ou la Sasse, p. 273.)

)is-moi, Euthydème, as-tu jamais été à Delphes? Deux fois, par Jupiter ! — Tu as donc aperçu iscription gravée sur le temple : Connais-toi toi- '■me ? — Oui, certes. — N'as-tu pris aucun souci cette inscription, ou bien l'as-tu remarquée, et tu cherché à examiner quel tu es? — Non, par piter ! vu que je croyais le savoir parfaitement : ' il m'eût été difficile d'apprendre autre chose, si me fusse ignoré moi-même. — Penses-tu donc 3, pour connaître quel on est, il suffit de savoir 1 nom, ou que, semblable à ces acquéreurs de 3Vaux qui ne croient pas connaître la bête qu'ils

veulent acheter, avant d'avoir examiné si elle eS; obéissante ou rétive, vigoureuse ou faible, vive o\ lente, enfin tout ce qui fait les bonnes ou les mauii vaises qualités requises pour le service d'un cheval' celui-là seul qui a examiné quel il est pour le part; qu'on peut tirer d'un homme, connaît sa propr; valeur ? — Il me semble d'après cela que ne pa ! connaître sa valeur, c'est s'ignorer soi-même.-! N'est-il pas évident encore que cette connaissanc ; de soi-même est pour l'homme la source d'un! infinité de biens, tandis que l'erreur sur son propi'i compte l'expose à mille maux? Car ceux qui sj connaissent savent ce qui leur est utile ; ils distiq guent ce qu'ils peuvent faire de ce qu'ils ne peuven pas. (Mémoires, IV, p. 110.)

Si mon âme était d'or, ne penses-tu pas que c: serait un grand sujet de joie pour moi d'avoir trouy quelque pierre excellente, de celles dont on se sei pour éprouver l'or; de façon qu'approchant mo âme de cette pierre, si elle m'en rendait un témo gnage favorable, je reconnusse à n'en pouvoir doi ter que je suis en bon état, et que je n'ai plu besoin d'aucune épreuve? [Gorgias, p. 233.) ■

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