HUMILITÉ
Socrate, bien convaincu que, sans la connaissan(| de soi, l'on ne peut être ni vertueux, ni heureu| non seulement s'y apphque toute sa vie, ma, encore s'efforce d'y acheminer tous ceux qui s'a]
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Tochent de lui. Même à la fin de son existence terestro, il a le sentiment de n'y être pas encore larvenu : « Je n'ai pu, dit-il, encore accomplir le irécepte de Delphes, en me connaissant moi-môme ; t, dans cette ignorance, il me paraîtrait plaisant e chercher à connaître ce qui m'est étranger... Je n'observe moi-même : je veux savoir si je suis un fionstre plus compliqué que Typhon et plus furieux, u un animal plus doux et plus simple, et à qui la lature a fait part d'une étincelle de divine sagesse. » j'observation de lui-même, l'étude des diverses iianifestations de son être moral, de ses pensées, .6 ses sentiments et de ses impulsions, encore bien lus que de ses actes, ce constant examen de sa vie itime lui fait sentir qu'il porte en lui le germe du ien et celui du mal et qu'il serait un monstre irieux s'il se livrait aux mauvais instincts qui font i guerre à son âme. Loin de se croire meilleur u'autrui, il s'interroge sans cesse lui-même pour avoir quelle impulsion le détermine ; et il fait part ux autres de ses découvertes avec une humilité si incère qu'il relève et encourage tous ceux qui ittent péniblement contre le mal. « Chacun de ïous, dit-il, doit reconnaître qu'il y a en lui deux rincipes qui le gouvernent et qui le dirigent : l'un 3t le désir instinctif du plaisir, l'autre le goût réfléhi du bien. » C'est en portant toujours sur luilême le regard clairvoyant que lui donne l'amour 3 la vérité, qu'il se convainc de l'existence de ces 9UX principes ; et la sûreté de son coup d'œil se
montre dans la forme si simple et si nette que revê'
sa psychologie si lumineuse. Par ces traits de génu
qui illuminent la conscience, il nous fait saisir insi
tantanément la grandeur et la misère de notre êtrj
qui, par sa nature divine, aspire à la perfection,
Dieu lui-même, et, par les basses convoitises de
nature inférieure, est entraîné vers les choses d|
néant. Mais pour progresser dans la vie morale, et
combattant nos mauvais penchants, il ne suffît pai:
de savoir que l'homme a en lui deux natures, il fad
que nous nous en convainquions par l'observatio^i
de nous-mêmes et par l'expérience de notre vie. Lij
pénétration de Socrate, la profonde connaissandj
qu'il a de lui-même peuvent, à la vérité, projeté 1
une bienfaisante lumière sur nous-mêmes ; maisj
ainsi que nous le dit le maître : « chacun de nou;
doit reconnaître qu'il y a en lui deux principes, .j
Cette connaissance intime de nous-mêmes est doni
un devoir pour chacun. j
« Tantôt, ajoute Socrate, ces deux principes soi
en harmonie, tantôt ils se combattent, et la victon \
appartient tour à tour à l'un ou à l'autre. » Il ne ir !
semble pas qu'ils puissent jamais être en harmoni» i
car, alors même que Socrate eût voulu faire allusio i
ici au plaisir de la vertu, ce plaisir qui résulte du got i
réfléchi du bien, n'a rien de commun avec celui qi
nous nous procurons par la satisfaction de nos ins i
tincts inférieurs. Si la vertu est une victoiïi
sur soi, elle doit subjuguer le désir instinctif oj
plaisir et ne pas chercher à se mettre d'accord ave 1
CULTURP: de lame, connaissance de soi K)')
ui. Que la longue habitude de la vertu diminue la )eine de l'effort sur soi, rien de plus vrai; mais lucun homme n'est jamais assez complètement vicorieux de lui-même pour qu'il n'ait plus de combats
soutenir. Le désir instinctif du plaisir est toujours m éveil, soit pour un objet, soit pour un autre ; c'est e mauvais coursier « qui ne respire que fureur et 'anité, dont les oreilles sont sourdes aux cris du ;ocher et qui n'obéit qu'à peine au fouet et à l'aiguilon. »
Socrate aussi doute que l'homme soit bien d'acord avec lui-même : « N'éprouve-t-il pas, dit-il, n ce qui regarde sa conduite, les mêmes divisions t les mêmes combats qu'à l'occasion de la vue, orsqu'il porte tout à la fois sur le même objet deux ugements contraires?... Notre âme est pleine d'une afmité de contradictions qui y règneat en même emps. » Je ne crois donc pas que l'harmonie puisse 'établir par un accord entre les deux parties oppoées qui se livrent en nous une guerre perpétuelle, 'une, prête à obéir à la loi en tout ce qu'elle )rescrit, et l'autre, déraisonnable, lâche et timide. 1 faut que celle-ci soit entièrement subjuguée « par a loi et la raison » pour que le triomphe de la vertu oit complet.
Socrate reconnaît, dans l'âme, « un troisième (rincipe, l'appétit irascible dont la destination est le seconder la raison, à moins qu'il n'ait été corompu par une mauvaise éducation. » Ce troisième irincipe me semble être la passion, noble et gêné-
reuse lorsqu'elle est d'accord avec la raison eti qu'elle se laisse diriger par elle, pour produire des'] actes de courage et d'héroïsme; mais injuste et S tyrannique, lorsqu'elle est abandonnée à elle-même et qu'elle se met au service de l'appétit sensitif. i « L'homme mérite le nom de courageux, nous dit j Socrate, lorsque cette partie de son âme oii réside î la colère, suit constamment à travers les plaisirs et j les peines, les ordres de la raison sur ce qui est ou^ n'est pas à craindre. » Ainsi la colère, violente el i cruelle, qui est l'appétit irascible corrompu par une \ mauvaise éducation, devient, sous l'empire de lai raison, la généreuse audace qui enflamme et transporte l'âme pour lui inspirer toutes les subhmesj«i folies du dévouement. î
Quant à moi, je n'ai pas de temps pour ces recher j ches, et je vais t'en dire la raison. Je n'ai pu encore^ accomplir le précepte de Delphes, en me connais-ji sant moi-même ; et, dans cette ignorance, il me paraîtrait plaisant de chercher à connaître ce qui' m'est étranger. C'est pourquoi je renonce à appro-j fondir toutes ces histoires, et je m'en remets sur G6 point aux croyances publiques; et, comme je te le j disais tout à l'heure, au lieu de chercher à les expli-ij quer, je m'observe moi-même; je veux savoir si je;] suis un monstre plus compliqué que Typhon et plustj furieux, ou un animal plus doux et plus simple, e\\ à qui la nature a fait part d'une étincelle de divine ] sagesse. {Phèdre, ou de la beauté, p. 298.) '
Chacun de nous doit reconnaître qu'il y a en lu; deux principes qui le gouvernent et qui le dirigent.
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dont l'impulsion le détermine : l'un est le désir 5tinctif du plaisir, l'autre le goût réfléchi du bien, intôt ces deux principes sont en harmonie, tantôt
se combattent, et la victoire appartient tour à iir à l'un ou à l'autre. Quand le goût du bien, que
raison nous inspire, s'empare de l'âme tout tière, il s'appelle sagesse ; quand le désir irréchi qui nous entraîne vers le plaisir vient à domir, il reçoit le nom d'intempérance. {Ici., p. 314.)
Nous avons distingué dans chaque âme trois par- !S différentes, en commençant cette allégorie : ux coursiers et un cocher. Attachons-nous à ivre la même figure. L'un des deux coursiers, sions-nous, est de bonne race, l'autre est vicieux, ais d'où vient l'excellence de l'un et le vice de utre ? c'est ce que nous n'avons pas dit, et ce que us devons expliquer maintenant. Le premier a la ntenance superbe, les formes régulières et bien ises, la tête haute, les naseaux un peu recourbés; est blanc avec des yeux noirs; il aime la gloire ec une sage retenue ; il est passionné pour le vérible honneur ; il obéit, sans qu'on le frappe, aux hortations et à la voix du cocher. Le second a à membres tortus, épais, ramassés, la tête grosse, :ncolure courte, les naseaux aplatis ; il est noir ; s yeux sont verts et veinés de sang ; il ne respire le fureur et vanité ; ses oreilles velues sont sourdes IX cris du cocher^ et il n'obéit qu'à peine au fouet à l'aiguillon. (Jd., p. 345.)
L'homme est-il bien d'accord avec lui-même? au ntraire, n'éprouvo-t-il pas, en ce qui regarde sa 'nduite,les mêmes divisions et les mêmes combats l'à l'occasion de la vue, lorsqu'il porte tout à la
fois sur le même objet deux jugements contraires ij Mais je me rappelle qu'il est inutile de disputer su ' ce point, parce que nous sommes demeurés d'accon que notre âme était pleine d'une infinité de contra dictions qui y régnent en même temps. i
Ce qui ordonne à l'homme de se roidir contre b douleur, c'est la loi et la raison; au contraire, cn qui le porta à s'y abandonner, c'est la passion. Or lorsqu'il éprouve ainsi deux mouvements contraire i par rapport au même objet, c'est une preuve qu'i; y a en lui deux parties opposées : L'une qui est prêt ,' à obéir à la loi en tout ce qu'elle prescrit ; et cett-i autre partie qui nous rappelle sans cesse le soui venir de nos disgrâces, qui nous porte aux lamentai] tions, et qui ne peut s'en rassasier; craindrons-nouîi de dire que c'est quelque chose de déraisonnable ■ de lâche et de timide? {République, livre X,p. 482.1
Nous appelons raison cette partie de notre âm 5 qui est le principe du raisonnement, et appétit sen sitif, privé de raison, ami de la jouissance et de plaisirs, cette autre partie de l'âme qui est le prinl cipe de l'amour, de la faim, de la soif et autre i désirs. j
Lorsqu'on se sent entraîné par ses désirs malgr i la raison, on se fait des reproches à soi-même, o: i s'emporte contre ce qui nous fait violence intérieu i rement, et, dans cette espèce de dissension, le cou I rage se range du côté de la raison. L'appétiJj irascible est dans l'âme un troisième principe, don la destination est de seconder la raison, à moin i qu'il n'ait été corrompu par une mauvaise éduca i tion.
Souvenons-nous donc que chacun de nous serl': juste et rempUra son devoir, lorsque chacune de i
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irties de lui-même accomplira sa tâche. N'apparînt-il pas à la raison de commander, puisque c'est
elle que réside la prudence et qu'elle a inspection r toute l'âme ?
L'homme mérite le nom de courageux, lorsque tte partie de son âme où réside la colère, suit nstamment, à travers les plaisirs et les peines, 3 ordres de la raison sur ce qui est ou n'est pas à aindre.
Il est prudent par cette partie de son âme qui mmande et donne des ordres, qui seule sait ce i est utile à chacune des autres parties et à toutes semble.
N'est-il pas tempérant par l'amitié et l'harmonie .i régnent entre la partie qui commande et celles i obéissent, lorsque ces deux dernières demeurent iccord que c'est à la raison de commander, et ne i disputent point l'autorité. {République, livre IV,