CULTURE DE L'AME. CONNAISSANCE DE SOI
hypocrisie qui appelle le mal bien et le bien mal. )ire que les injustes et les méchants sont des ignoants, c'est confondre l'ignorance avec la perverion du cœur et de la volonté : ainsi les vicieux ont des hommes volontairement ignorants. Il n'est as possible de les éclairer s'ils ne cherchent pas à urifîer leur âme des vices qui les empêchent de oir la vérité. « L'âme, dit Socrate, ne saurait irer aucune utilité des connaissances qu'on lui onne, si on ne réfute d'abord le malade, si en le éfutant on ne lui fait honte de lui-même, si l'on ne annit toutes les opinions qui font obstacle aux éritables connaissances, si on ne le purifie, si on e lui apprend à reconnaitre qu'il ne sait que ce u'il sait, et rien de plus. »
La colère est, de sa nature, aisée à irriter, diffiile à apaiser et, par une violence dépourvue de aison, elle fait souvent de grands ravages.
Nous reconnaissons de plus dans l'âme un attrait Dur le plaisir, lequel n'a rien de commun avec la olère, et qui, exerçant sur elle son empire avec ne force d'un caractère tout opposé, l'engage, par ne tromperie mêlée de violence, à faire tout ce u'il lui suggère. (Lois, IX, p. 146.)
A ces deux sources de nos fautes, la colère et 'attrait pour le plaisir, ajoutez-en une troisième, :ui est l'ignorance, et vous ne vous tromperez pas. 1 y en a de deux sortes, qu'il importe au législaeur de bien distinguer : l'une simple, qu'il regar-
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dera comme la cause des fautes légères ; l'autn double, lorsqu'on est dans l'erreur, non seulemen par ignorance, mais par une fausse opinion d(j sagesse, comme si on avait une connaissance parj faite de ce qu'on ignore entièrement. Il attribuera •.'. ces trois causes, lorsqu'elles sont secondées de h; force et du pouvoir, les grands crimes qui blessen j plus directement le bon ordre ; lorsqu'elles sonj jointes à la faiblesse, les fautes des enfants et de:i vieillards, qu'il tiendra pour de vraies fautes, e I punira comme telles par des lois, mais les plu; ' douces de toutes et les plus indulgentes. (Je?., p. 146.
SOCRATE
Qui sont donc ceux qui commettent des fautes') Ce ne sont pas ceux qui savent les choses. l
■ i ALCIBIADE
Non, assurément.
SOCRATE I
Puisque ce ne sont ni ceux qui savent les choses ! ni ceux qui les ignorent, sachant qu'ils les ignorent ' il s'ensuit de là nécessairement que ce sont ceuîj qui, ne les sachant pas, croient pourtant les savoir •; y en a-t-il d'autres ?
ALCIBIADE
Non, il n'y a que ceux-là. ^
SOCRATE I
Et voilà l'ignorance la plus honteuse; voilà celle i qui est cause de tous les maux, ;
CULTURE DE l'AME. CONNAISSANCE DE SOI 173 ALCIBIADE
Cela est vrai.
SOCRATE
Et quand cette ignorance tombe sur des choses de très grande conséquence, n'est-ce pas alors qu'elle est le plus pernicieuse et le plus honteuse?
ALCIBIADE
Peut-on le nier ?
SOCRATE
Mais peux-tu me nommer quelque chose qui soit de plus grande conséquence que le juste, l'honnête, le bon et l'utile ?
ALCIBIADE
Non, certainement.
SOCRATE
N'est-ce pas sur ces choses-là que tu dis toimême que tu es flottant et incertain ?
ALCIBIADE
Oui.
SOCRATE
Et cette incertitude n'est-elle pas une preuve, comme nous l'avons déjà dit, que non seulement tu
ignores les choses les plus importantes, mais que les ignorant, tni crois pourtant les savoir ? (Le premier A Icibi ad e,i^. 178.)