‹ La morale de SocrateChapitre 35 sur 60 · CULTURE DE LAME. — FORTIFIER LA VOLONTÉ. EMPIRE DE SOI. — VERTU · texte numérisé non relu

CULTURE DE LAME. — FORTIFIER LA VOLONTÉ. EMPIRE DE SOI. — VERTU

La science est, pour Socrate, la lumière de la vertu : elle doit avoir pour objet d'éclairer et de fortifier la raison, afin que l'homme puisse connaître le bien, et devenir, en s'appliquant à le pratiquer, meilleur, plus juste et plus saint. Mais alors même qu'il a reconnu le bien, il n'a pas toujours assez d'empire sur lui-même ni assez de bonne volonté pour le faire. Aucune autorité extérieure ne peut obtenir de l'homme la soumission parfaite à la loi morale. Tant qu'il n'est point parvenu à l'état d'homme fait, la crainte ou le respect de ses maîtres peut lui faire accomplir certains commandements de cette loi ; mais pour qu'il en comprenne l'esprit et la puisse observer parfaitement, il faut qu'il s'y soumette librement : c'est là faire acte d'homme, j prendre le gouvernement de soi-même, et se rendre I digne de la liberté. Une éducation sage prépare l'âme à cette autonomie et l'amène par degrés, à M'"" JULKS l'AVRE. — Socrate. 11

l'exercer, en réveillant en elle le sentiment de sa , dignité, en lui inspirant l'amour du bien et en incliÉj nant sa volonté vers tout ce qui est conforme à sa nature divine. Mais nulle direction, nul pouvoir, nulle loi, fût-elle la plus parfaite, ne saurait nous garantir la jouissance de notre liberté morale : il faut que nous la conquérions et que nous la défendions durant toute la vie contre les désirs et les convoitises de notre nature mortelle. « La première et la plus excellente des victoires, nous dit Socrate, est celle qu'on remporta sur soi-même ; comme aussi, de toutes les défaites, la plus honteuse et la plus funeste est d'être vaincu par soi-même ; ce qui suppose que chacun de nous éprouve une guerre intestine. » Et la force ne consiste pas seulement à résister « aux objets terribles et douloureux ; elle s'exerce surtout en luttant contre les désirs, la volupté, et ces séductions qui amollissent même le cœur de ceux qui se croient les plus fermes. » Les gens de bien, pour Socrate, sont ceux qui ont un empire absolu sur eux-mêmes, et les méchants, ceux qui n'en ont aucun. Pour peu qu'on se connaisse, on se rend compte de la puissance tyrannique qu'on laisse prendre aux mauvais penchants en ne s'efforçant pas de les combattre ; et l'on comprend que Socrate ait dit que « chaque volupté est armée d'un clou qui fixe l'âme au corps et la rend si maté-^ ' rielle qu'elle pense qu'il n'y a d'objets réels que ceux que le corps lui dit ». Ainsi, au lieu de régler les mœurs et les habitudes du corps, l'âme s'y

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asservit et devient impure. Mais en luttant sans cesse contre ses penchants habituels, et en les réprimant, elle acquiert la perfection de la force qui règle, à la fois, le corps, l'intelligence et la volonté, et les soumet à l'empire de la raison pour en faire des instruments de justice.

Il est nécessaire aux hommes d'avoir des lois et de s'y assujettir ; sans quoi ils ne différeraient en rien des bêtes les plus farouches. La raison en est que l'homme, sortant des mains de la nature, n'a point assez de lumière pour connaître ce qui est avantageux à ses semblables vivant en société, ni assez d'empire sur lui-même et de bonne volonté pour faire toujours ce qu'il a reconnu pour tel.... A.près même qu'on a parfaitement compris que telle 3st la nature des choses, si on se trouvait maître absolu dans l'État, sans avoir aucun compte à :'endre à personne, il serait impossible de rester lidèle à cette maxime, et de régler tellement sa conduite, que le bien public allât toujours avant tout le reste, et que le bien particulier lui fût suborionné. Mais la nature mortelle portera toujours ['homme à désirer d'avoir plus que les autres, et à le penser qu'à son intérêt personnel, parce qu'elle [ uit la douleur et poursuit le plaisir sans raison ni i'ègle ; elle les mettra l'un et l'autre dans son îsprit bien au-dessus du plus juste et du meilleur, 5t, s'aveuglant elle-même, elle se précipitera à la in, avec l'État qu'elle gouverne, dans un abîme de nalheurs. Car si quelqu'un, chéri des dieux dès sa laissance et doué d'un excellent naturel, pouvait j.aisir dans toute son étendue le principe en quesion, il n'aurait pas besoin de lois pour se conduire ; )arce qu'aucune loi, aucun arrangement n'est pré-

férable à la science, et qu'il n'est point dans l'ordre que l'intelligence soit sujette ou esclave de quoi que ce soit, étant faite pour commander à tout lorsqu'elle est appuyée sur la vérité, et entièrement libre, comme elle doit l'être de sa nature. Par malheur elle n'est telle aujourd'hui nulle part, si ce n'est dans un petit nombre de personnes. A son défaut, il faut donc recourir à l'ordre et à la loi, qui voit et distingue bien des choses, mais qui ne saurait étendre sa vue sur le tout. (Lois, IX, p. 168.)

Ce dont nous sommes convenus se réduit à un seul point essentiel, qui est de bien connaître l'habitude, la position, le désir, le sentiment ou la connaissance propre à rendre l'homme accompli dans toutes les vertus qui sont du ressort de l'âme ; en sorte que tous, hommes et femmes, jeunes et vieux, dirigent tous leurs efforts vers cet objet durant toute la vie, et qu'on n'en voie jamais aucun préférer ce qui pourrait y mettre obstacle ; qu'enfin, fallût-il être chassé de sa patrie, plutôt que de consentir à la voir sous le joug de l'esclavage et soumise à de mauvais maîtres, ou fallût-il se condamner volontairement à l'exil, chacun soit disposé à souffrir tout cela, plutôt que de passer sous un autre gouvernement, dont l'effet serait de pervertir les âmes. Voilà ce dont nous sommes convenus tous trois ; voilà la règle d'après laquelle vous devez juger de nos lois, soit pour les approuver, soit pour les blâmer. Condamnez celles qui ne seraient pas propres à produire cet effet : pour celles qui y sont j propres, embrassez-les, recevez-les avec joie, et i conformez-y votre conduite. Mais quant aux autres i pratiques dont le but serait d'acquérir ce que le : vulgaire appelle bien, renoncez-y pour jamais, j [Lois, VI, p. 329.) 1

Dans l'avenir il faut se préparer à un grand combat. Le courage, la vitesse, la force, il peut sembler que ce soit assez de vertus pour certaines personnes ; mais ceux qu'anime ton ambition doivent se faire un point d'honneur de l'emporter sur tous les autres par l'amour de la vérité, la justice, la grandeur d'âme et la dignité, compagne ordinaire de toutes ces vertus. A l'heure qu'il est, ce que je dis là nous paraît évident ; mais n'oublions pas dans la suite que ceux que tu sais doivent autant l'emporter sur les autres hommes que ceux-ci l'emportent sur les enfants. Il faut qu'il soit clair pour tous que nous sommes véritablement tels que nous prétendons être, et, Dieu aidant, cela n'a rien de fort difFicile. [Lettre de Platon à Dion, p. 355.)

Il vous faut vous lier par une promesse, par une loi souveraine, comme cela est juste; il vous faut jurer de vous appliquer au culte des Muses et à tous les exercices qui conviennent à ce culte, en prenant à témoin le Dieu qui est le maitre de tout et du présent et de l'avenir, et jusqu'au père suprême de cette divinité, de cette cause, qu'un jour, si nous sommes vraiment philosophes, nous connaîtrons avec toute la clarté à laquelle peuvent arriver les hommes les mieux partagés. (Irf., Platon à Hermias, p. 360.)

SOCRATE

Je voulais savoir de toi ce que c'est qu'un homme courageux, non seulement dans l'infanterie, mais aussi dans la cavalerie et dans les différentes espèces de guerres ; et non seulement un homme

courageux dans tout ce qui regarde la guerre, mais encore dans les dangers de la mer, dans les maladies, dans la pauvreté, dans le maniement des affaires publiques ; et un homme courageux aussi contre les chagrins, les tristesses, les craintes, contre les désirs, les voluptés ; un homme courageux qui sache bien combattre ses passions, soit en leur résistant de pied ferme, soit en fuyant ; car le courage, Lâchés, s'étend à toutes ces choses.

SOCRATE

Il n'est donc pas vrai que le courage soit seulement la science des choses à craindre et à ne pas craindre ; car elle ne connaît pas seulement des biens et des maux à venir, mais son ressort s'étend aussi loin que celui des autres sciences, et elle juge aussi des maux et des biens présents, des maux et des biens passés.

Cela parait vrai.

NICIAS

SOCRATE

Tu ne nous as donc défini que la troisième partie j du courage, et nous voulions connaître la nature i du courage tout entier. Présentement, il me semble, | selon tes principes, que c'est la science non seulement i des choses à craindre et à ne pas craindre, mais i aussi celle de tous les biens et de tous les maux en général. Aurais^tu changé de sentiment, Nicias, ou est-ce là ce que tu veux dire ?

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NICIAS

Il me paraît que le courage a toute l'étendue que tu dis.

SOCRATE

Cela étant, penses-tu qu'un homme courageux soit privé de quelque partie de la vertu, s'il est vrai qu'il connaisse tous les biens et tous les maux qui ont été, qui sont, et qui pourront être ? Et crois-tu qu'un tel homme ait encore besoin de tempérance, de justice et de sainteté, lui à qui il appartient de se précautionner prudemment contre tous les maux qui lui peuvent arriver de la part des hommes et de la part des dieux, et d'en tirer tous les biens qu'on peut en attendre, puisqu'il sait comment il faut se conduire en toute rencontre ?

NICIAS

Ce que tu dis là, Socrate, me parait vrai.

SOCRATE

Ce n'est donc pas une partie de la vertu que le courage, c'est toute la vertu.

NICIAS

Il me le semble. (Lâchés, p. 327.)

Par rapport à chaque individu, la première et la plus excellente des victoires est celle qu'on remporte sur soi-même ; comme aussi de toutes les défaites la plus honteuse et la plus funeste est

d'être vaincu par soi-même; ce qui suppose que chacun de nous éprouve une guerre intestine.

Ferons-nous consister la force uniquement dans la résistance qu'on oppose aux objets terribles et douloureux? Ne s'exerce-t-elle pas aussi en luttant contre les désirs, la volupté, et ces séductions qui, amollissant même le cœur de ceux qui se croient les plus fermes, les rendent souples comme la cire à toutes leurs impressions.

l'athénien

Lequel des deux, à ton avis, mérite plutôt le nom de lâche, celui qui succombe à la douleur, ou celui qui se laisse vaincre par le plaisir?

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