‹ La morale de SocrateChapitre 36 sur 60 · CLINIAS · texte numérisé non relu

CLINIAS

Il me paraît que c'est ce dernier ; et tout le monde s'accorde à dire que l'homme qui cède au plaisir est inférieur à lui-même d'une manière plus honteuse que celui qui cède à la douleur. [Lois, I, p. 50.)

Les gens de bien sont ceux qui ont un empire absolu sur eux-mêmes, et les méchants, ceux qui n'en ont aucun.

Les passions sont comme autant de cordes ou de fils qui nous tirent chacun de son côté, et qui par l'opposition de leurs mouvements nous entraînent vers des actions opposées ; ce qui fait la différence du vice et de la vertu. En effet, le bon sens nous dit que c'est de notre devoir de n'obéir qu'à un de ces fils ; d'en suivre toujours la direction et de résister fortement à tous les autres. Ce fil n'est autre que le fil d'or et sacré de la raison, appelé la

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loi commune de l'État. Les autres fils sont de fer et roides : celui-là est souple, parce qu'il est d'or; et il n'a qu'une seule forme, tandis que les autres ont des formes de toute espèce. Or, il faut rattacher et soumettre tous ces fils à la direction parfaite du fil de la loi ; car la raison, quoique excellente de sa nature, étant douce et éloignée de toute violence, a besoin d'aides, afin que le fil d'or gouverne les autres.

Cette manière de nous représenter chacun de nous comme une machine animée, conserve à la vertu tous ses droits, explique ce que veut dire être supérieur ou inférieur à soi-même, et fait voir que tout homme qui sait comment ces différents fils doivent se mouvoir, doit conformer sa conduite à cette connaissance, et que tout l'État, qu'il soit redevable à un Dieu de cette connaissance, ou qu'il la tienne d'un sage qui l'ait acquise par lui-même, doit en faire la loi de son administration tant intérieure qu'extérieure. Elle nous donne des notions plus claires du vice et delà vertu ; et ces notions, à leur tour, nous feront peut-être mieux connaître ce que c'est que l'éducation et les autres institutions humaines. (Ici., p. 87.)

N'est-ce pas en luttant sans cesse contre ses penchants habituels, et en les réprimant, qu'il faut que l'homme acciuière la perfection de la force? Quiconque n'aura nulle expérience, nul usage de ce genre de combat, ne sera pas même vertueux à demi; jamais il ne sera parfaitement tempérant, s'il n'a pas été aux prises avec une foule de sentiments voluptueux et de désirs qui portent à ne rougir de rien et à commettre toutes sortes d'injustices ; s'il ne s'est exercé à les vaincre par la réfiexion, et

par une méthode suivie, dans ses amusements comme dans ses occupations sérieuses ; et si, au contraire, il n'a jamais éprouvé les atteintes des passions. (Id., p. 96.)

Chaque volupté, chaque tristesse est armée d'un clou, pour ainsi dire, avec lequel elle fixe l'âme au corps, et la rend si matérielle qu'elle pense qu'il n'y a d'objets réels que ceux que le corps lui dit. De ce qu'elle a les mêmes opinions que le corps, elle est nécessairement forcée d'avoir les mêmes mœurs et les mêmes habitudes; ce qui l'empêche d'arriver jamais pure aux enfers. [Phédon, p. 61.)

Je craignis de perdre les yeux de l'âme, si je regardais les objets avec les yeux du corps, et si je me servais de mes sens pour les toucher et pour les connaître. (Ici., p. 90.)

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