‹ La morale de SocrateChapitre 40 sur 60 · II ; I · texte numérisé non relu

II ; I

l'amour filial. — l'amour paternel et maternel i

Ce sentiment de respect qui a une si puissauj influence sur toute la vie morale, naît dans le cœj! de l'homme, dès son entrée dans la vie, grâce à j tendresse et aux bienfaits de ses parents qui l'iil; tient insensiblement à l'amour du bien sous sa forni la plus douce et la plus accessible à l'âme de l'ei faut. L'élan naturel de son cœur le porte k'U entourer de déférence et d'amour, à leur témoignii les attentions et la soumission prescrites par toutij les lois humaines, à moins que les parents ne tr) vaillent eux-mêmes à affaiblir sa piété par un amoi^i déraisonnable et trop matériel qui étouffe en lui 1 germe divin. Manquer aux devoirs envers s»!; parents, c'est, selon Socrate, « se rendre coupab ' d'injustice et d'impiété et, par conséquent, mérit; la haine des hommes et des dieux. » Les honore i c'est une sorte de culte qui attire la bénédicticj divine. .:

Socrate reprochant à son fils Lamproclès S(! irritation contre sa mère, exprime par des traïi simples et vrais Tamour des parents, en mênj temps qu'il fait sentir aux enfants ce qu'il y a d'i. .

atitude à négliger les devoirs de la piété filiale- 3 père et la mère pensent à leur enfant, ils le ché. i?sent longtemps avant que de lui donner le jour; la mère le nourrit de sa propre substance, elle le ligne, sans aucun retour, elle cherche à deviner s qui lui convient, ce qui peut lui plaire. Quand est en âge d'apprendre, ils lui communiquent l'un l'autre toutes les connaissances utiles qu'ils postent, faisant tout pour que leurs fils deviennent s meilleurs possible. »

Sous cette forme si simple et si naturelle, on sent imour le plus tendre et le plus désintéressé, ainsi 16 la conscience profonde des devoirs importants l'impose la paternité : il s'agit d'élever un homme, î le faire, non pas aussi bon que soi, mais le meilur possible. Ce n'est pas pour eux, c'est pour 3nfant lui-même, pour l'humanité entière que les irents font cette œuvre dont les résultats vont se 3rpétuant à l'infini. Là, le df^vouenient et tous les :tes qu'il inspire, semblent' si bien jaillir du cœur 16 le sacrifice ne s'y fait pas sentir. Aussi Socrate exhorte-t-il pas les parents à aimer leurs enfants, ais il esgaie de faire' comprendre à ceux-ci tout ce l'ils ne peuvent connaître qu'imparfaitement, avant 16 la nature leur permette de prodiguer à leurs ropres enfants ce qu'ils ont eux-mêmes reçu.

N'exigeras-tu pas que les citoyens aient pour ceux à ai ils donnent le nom de père tout le respect, toutes !S attentions, toute la soumission que la loi presrit aux enfants envers leurs parents ? Ne déclare-

ras-tu pas que manquer à ces devoirs, c'est S( . rendre coupable d'injustice et d'impiété et, par con i séquent, mériter la haine des hommes et des dieux j Tous les citoyens feront-ils retentir aux oreilles d( ' leurs enfants d'autres maximes sur la conduit 1 qu'ils doivent tenir envers ceux qu'on leur désigner; ' comme leurs pères ou leurs proches ? {République ' V, p. 261.) ]

Si quelqu'un a chez lui un père, une mère, ou de aïeux chargés d'années, qu'il se garde bien de pen; ser qu'il puisse avoir dans sa maison aucune statuai aussi précieuse, aussi puissante que le trésor qu'il possède en leur personne, s'il les honore d'un! manière convenable. i

L'événement a montré avec évidence que le; dieux exaucent les prières des parents contre leur: enfants. En effet, les imprécations de tout autrii sont moins funestes que celles d'un père, et aveii justice. Mais si l'on croit qu'il est naturel que Die'j entende les malédictions dont un père et une mèri^ chargent leurs enfants, lorsqu'ils s'en voient méprij ses, ne doit-on pas croire, à plus forte raison, qw quand, pleins de joie à la vue des honneurs qu'il] en reçoivent, ils adressent aux dieux des vœu^j ardents pour la prospérité de ces mêmes enfantsj leurs prières ne sont pas moins efficaces pour le bieij que pour le mal ? Si la chose- n'était pas ainsi, Id dieux ne seraient point équitables dans la distributi tion des biens, ce que nous disons être infinimei éloigné de leur nature.

Quiconque traite comme il doit son père, aïeul, ses autres ancêtres vivants, peut se flatt de posséder en eux les plus puissantes de toutes 1« statues, pour attirer sur soi la bénédiction des dieu: (Lois, XI, p. 278.)

S'(îtant aperçu que Lamproclès, l'aîné de ses fils, îtait irrité contre sa mère : « Dis-moi, mon enfant, ui demanda Socrate, sais-tu qu'il y a certains lommes qu'on appelle ingrats, et que l'on range les ngrats parmi les hommes injustes. Et un homme îst d'autant plus injuste qu'il se montre ingrat après Lvoir reçu plus de bienfaits. Où trouverons-nous amais personne qui ait reçu plus de bienfaits que es enfants n'en reçoivent de leurs parents? Ce ont les parents qui les ont fait passer du néant à 'f"3trf'-. au spectacle de tant de merveilles, à la jouisance de tant de biens que les dieux ont donnés à 'homme : et ces biens nous semblent si précieux [ue tous, tant que nous sommes, nous ne craignons ien tant que de les perdre. Aussi les cités ont-elles tabli la peine de mort contre les plus grands rimes, comme le châtiment le plus effrayant pour .rrêter l'injustice.

L'époux nourrit avec lui celle qui l'aide à devenir lère ; il amasse d'avance pour ses futurs enfants eut ce qu'il croit devoir leur être utile durant leur ie, et il en fait la plus ample provision possible. jB. femme reçoit et porte ce fardeau qui l'alourdit t qui met ses jours en péril ; elle donne à son enfant ne part de sa propre substance ; puis, après une estation et un enfantement pleins de douleurs, elle ourrit et soigne, sans aucun retour, un enfant qui e sait pas de qui lui viennent ces soins affectueux, ui ne peut pas même faire connaître ce dont il a esoin, tandis que la mère cherche à deviner ce qui iii convient, ce qui peut lui plaire, et qu'elle le jourrit jour et nuit, au prix de mille fatigues, et |\ns savoir quel gré la payera de ses peines. Mais jest peu de nourrir les enfants : dès qu'on les croit jii âge d'apprendre quelque chose, les parents leur Dmmuniquent toutes les connaissances utiles qu'ils ) M'"* JULRS l'AVRE. — Socrale. 13

possèdent eux-mêmes ; ou bien, ce qu'ils croient un i autre plus capable de leur enseigner, ils les envoient ; l'apprendre auprès de lui, sans épargner la dépense ni les soins, mais faisant tout pour que leurs fils deviennent les meilleurs possible. i

Quoi donc ! tu es prêt à avoir des attentions pour les étrangers, et ta mère, qui te chérit plus que personne ne t'aime, tu ne crois pas lui devoir des i égards ? Ne sais-tu pas que l'Etat n'a point souci de toutes les autres ingratitudes, qu'il ne les pour- r suit point, et qu'il laisse en paix les obligés qui ne ,i témoignent pas de reconnaissance; tandis que celui , qui ne respecte pas ses parents, il le frappe d'un châtiment, d'une déchéance, et l'exclut des magis- j tratures, persuadé que les sacrifices publics ne l'i sauraient être saintement offerts par un pareil sacri- fi: ficateur, et qu'il n'y a pas d'action belle et honnête [ qui puisse être faite par un tel homme. Et, par |- Jupiter, si un citoyen n'a pas honoré la tombe de , ses parents qui ne sont plus, l'Etat lui en demande J compte dans les enquêtes ouvertes sur les futurs ^ magistrats. Toi donc, mon fils, si tu es sage, tu ! prieras les dieux de te pardonner tes offenses envers i; ta mère, dans la crainte qu'ils ne te regardent , comme un ingrat et ne te refusent leurs bienfaits ; )^ et pour les hommes, tu prendras garde aussi qu'ins- '^ truits de ton manque de respect pour tes parents, ? ils ne te méprisent tous et ne te laissent privé j d'amis. Car s'ils pensaient que tu fusses ingrat > envers tes parents, aucun d'eux ne te croirait |; capable de reconnaître un bienfait. [Mémoires ^ . II, p. 40.) i

• l'amour fraternel

Si la piété filiale ouvre 1 ame à la vénération de eut ce qu'il y a de plus élevé dans la nature liuiiaine, l'amour fraternel lui fait sentir les devoirs et es droits qui lient entre eux des êtres ayant la nême origine et la même destinée, puisqu'un même imour les a appelés au jour et initiés à la vie. Un rère est le premier ami que Dieu ait donné à 'homme, son appui naturel. L'union parfaite qui [oit exister entre deux frères fait leur force et leur lonheur. C'est ce que Socrate essaie de prouver n comparant deux frères désunis aux deux mains ue Dieu a faites pour s'aider mutuellement et qui ublient cette destination pour se faire obstacle.

Il me semble, dit-il, que Dieu, en créant deux •ères, avait en vue leur utilité réciproque plus ncore que celle des mains, des pieds, des yeux et u reste, dont il a donné aux hommes le couple fra- Brnel. » Et il nous montre que ces liens étroits que i nature a formés et qui se resserrent encore par i communauté des impressions, des pensées et des Duvenirs, ces liens indissolublement doux sont irtout puissants lorsque l'amour de la vertu fait ^ir les deux frères de concert et rapproche leurs nés par le culte du bien. Quelle généreuse ému- ;,tion inspire l'amour sincère ! quelles attentions

51icates ! quelles discrètes prévenances ! quels

tendres ménagements ! Socrate, en décrivant ains l'amour fraternel, nous donne l'idée de ce que dol être la fraternité humaine, fondée sur la justice ei la charité. «

C'est beaucoup pour inspirer l'amitié que d'êtn nés des mêmes parents ; c'est beaucoup d'avoir ét( nourris ensemble, puisque les animaux eux-mêmes ont une sorte de tendresse pour ceux qui ont ét^ nourris avec eux...

Si tu avais un chien qui gardât bien tes troupeai et caressât tes bergers, mais qui grondât à toJ approche, au lieu de te mettre en colère, tu essayer rais de l'adoucir par de bons traitements ; et to] frère, que tu avoues être un grand bien dès lor i qu'il est disposé pour toi comme il doit l'être, te, qui te prétends un homme capable de bien dire e ; de bien agir, tu n'essayes pas de mettre tout e i œuvre pour te concilier son affection ?...CraindraiM tu donc de te déshonorer si tu prévenais ton frèr \ par de bons traitements? Si Chéréphon m'ava j paru plus prompt que toi à donner l'exemple de ce 3 bonnes dispositions, j'aurais essayé de l'amener faire les premiers pas pour gagner ton amitié ; ma maintenant il me semble que tu serais plus capab de commencer cette œuvre

N'hésite pas, mon bon ; essaye d'adoucir ton frèr et bientôt il se rendra complètement. Ne vois-i pas comme il est noble et généreux? Les petit< âmes ne se laissent prendre qu'à force de présent!' mais les hommes bons et vertueux, c'est, avant tou'| par des marques d'amitié qu'on se les attach Alors Chérécrate : Mais si, malgré ce que j'ai fai, il ne devient pas meilleur pour moi ? — Que risque j tu donc, reprit Socrate, sinon de faire voir que

es un honnête homme et un bon frère, tandis qu'il est vil et indigne de bienveillance ? Mais je ne pense pas qu'il arrive rien de tel; je crois que, dès qu'il se sentira provoqué à cette lutte, il rivalisera avec toi pour te surpasser en bonnes paroles et en bons procédés. Maintenant, en effet, vous êtes dans la situation où se trouveraient les deux mains, que Dieu a faites pour s'aider mutuellement, si elles oubliaient cette destination pour se faire obstacle, ou les deux pieds faits par une intention divine pour agir de concert, si, contrairement à ce but, ils cherchaient à s'entraver l'un l'autre. Ne serait-ce pas le comble de l'ignorance et de la folie, de tourner à notre dommage ce qui a été fait pour notre utilité ? Eh bien! il me semble que Dieu, en créant deux frères, avait en vue leur utilité réciproque, plus encore que celle des mains, des pieds, des yeux et du reste, dont il a donné aux hommes le couple fraternel. Les mains ne pourraient saisir à la fois, s'il le fallait, deux objets éloignés de plus d'une orgye (deux mètres), ni les pieds aller à la fois sur deux points éloignés d'une orgye ; les yeux mêmes, ({ui semblent avoir une portée bien plus étendue, ne peuvent voir à la fois par devant et par derrière les objets les plus rapprochés ; mais deux frères ({ui s'aiment, quelle que soit la distance qui les sépare, peuvent agir de concert et se servir mutuellement. {Mémoires^ HjP- "^3.)

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