CHAPITRE XI
i Malgré les contradictions, réelles ou apparentes, ! que nous trouvons dans les textes de Socrate, de ; Platon et de Xénophon, sur la nature plus ou j moins inférieure de la femme, nous ne pouvons | douter que le maître et les disciples n'aient vu dans : la femme l'égale de l'homme, appelée à le compléter ! et digne d'être placée à ses côtés, au foyer et même : dans l'État. « Il y a mille preuves, dit Socrate, que ' la nature de la femme n'est pas inférieure à celle ] de l'homme : il ne lui manque qu'un peu plus d'in- i telligence et de vigueur. Qu'ainsi ceux d'entre vous i qui ont une femme lui apprennent résolument tout i ce qu'ils veulent qu'elle sache et qu'elle mette en | pratique. » Nous n'avons pas à examiner ici ce qu'il ' y a peut-être de fine ironie dans cette parole de j Socrate, dans cette concession faite d'abord à ceux ! qui affirment l'égalité absolue des deux sexes, et i annulée aussitôt par cette réserve si pleine de i courtoisie et de grâce. Nous nous bornerons à i
constater que, dans l'opinion de Socrate, l'infériorité de la femme tient à sa nature physique et à son intelligence. Mais il voit dans cette faiblesse physique l'intention de la divinité qui a destiné la femme à exercer son action surtout dans la vie intérieure où la retiennent son penchant pour la retraite et son dévouement absolu pour ceux qu'elle aime. Sa timidité môme est, aux yeux de Socrate, un moyen de lui faire mieux remplir ses fonctions de gardienne du foyer et de la famille : inquiète et craintive, elle prévoit le danger, elle songe aux accidents et elle veille sans cesse pour les écarter et les atténuer ; économe et prévoyante, elle prépare le lendemain dans le jour présent ; vigilante et tendre, elle éloigne le mal par la modération et la tempérance. Qui songerait à se plaindre d'une faiblesse dont il est possible de tirer tant d'avantages? On s'y résigne d'autant plus aisément que Socrate se repent tant soit peu de sa parcimonie, quant à Tintelligence, en concédant que « la divinité a pourvu également l'homme et la femme de mémoire et d'attention; si bien que, sous ce rapport, on ne saurait. décider lequel l'emporte. » Que ne peut-on faire avec l'attention, cette force de l'intelligence, quand elle est au service d'une de ces grandes pensées qui viennent du cœur ?
C'est encore à la faiblesse de la femme que Socrate attribue son penchant à la ruse et à la dissimulation, en reprochant au législateur « d'avoir abandonné à lui-même ce sexe plus difficile à gou-
verner que Tautre, et moins disposé à la vertu. » ; Ces défauts sont-ils irrémédiables ? et la femme < serait-elle condamnée irrévocablement à cette * infériorité morale, conséquence de sa faiblesse i physique ou intellectuelle irrémédiable? Socrate i ne le pense pas, car il dit : « N'est-il pas des femmes i philosophes et courageuses et d'autres qui ne le sont pas ? Il y a donc des femmes propres à veiller ! à la garde de l'État et d'autres qui ne le sont point, i car la philosophie et le courage ne sont-ils pas les i deux quahtés que nous exigeons dans nos guer- j ri ers ? » Reconnaître à la femme le courage qui i rélève au-dessus de la faiblesse et de la timidité j de sa nature, jusqu'à cette vertu supérieure assez i maîtresse d'elle-même pour diriger les autres, n'est- | ce pas la croire capable de tout ce qui est grand et ! beau, et constater que l'âme de la femme qui unit i la force à la douceur est l'égale de l'âme de l'homme : qui est parvenue à la perfection par Tharmonie ■ de la douceur et de la force. Ici encore nous avons Socrate pour nous : « Pour ce qui est de la tempe- i rance, dit-il, la divinité les en a rendus également ;: susceptibles, et elle a permis que celui des deux qui | porterait le plus loin cette vertu, soit l'homme, soit i la femme, en reçût une plus belle récompense. » ' Nous savons que, dans l'idée de Socrate, la tempe- | rance c'est la force d'âme qui triomphe des désirs i et des passions pour les soumettre à l'empire de la j raison, et les régler selon la justice et la sainteté, i Toute la vie morale est donc là, et la femme ainsi
que l'homme peut s'élever à la vraie grandeur qui dépend de la possession de soi. C'est du reste ce qu'exprime Ischomachus, dans l'inimitable traité d'Economie, avec une délicatesse de sentiment et une grâce irrésistible : « Mais le charme le plus doux, ce sera lorsque, devenue plus parfaite que moi, tu m'auras rendu ton serviteur. » Touchant témoignage du respect dû à la femme ! Noble hommage rendu à l'ascendant de la vertu ! Quelle femme ne voudrait le mériter, encouragée au bien par la confiance qu'on a dans sa droiture, sa dignité et sa force !
Il y a mille preuves que la nature de la femme n'est pas inférieure à celle de l'homme : il ne lui manque qu'un peu plus d'intelligence et de vigueur. Qu'ainsi ceux d'entre vous qui ont une femme lui apprennent résolument tout ce qu'ils veulent qu'elle sache et qu'elle mette en pratique. (Le Banquet, p. 211.)
Que notre contradicteur nous dise à présent quel est dans la société l'art ou l'emploi pour lequel les femmes n'aient pas reçu de la nature les mêmes dispositions que les hommes.
Parmi les diiïérents arts auxquels les deux sexes s'appliquent en commun, en est-il un seul où les hommes n'aient une supériorité marquée sur les femmes ? Semble-t-il besoin de nous arrêter à quelques exceptions, telles que les ouvrages de laine, la manière de faire des gâteaux et d'apprêter les viandes, travaux où les femmes l'emportent sur nous, et où l'infériorité serait une honte pour elles ?
— Tu as raison de dire qu'en général les femmes nous sont très inférieures en tout. Ce n'est pas que beaucoup de femmes ne l'emportent sur bien des hommes en plusieurs points ; mais en général la chose est comme tu dis.
Tu vois donc, mon cher ami, qu'il n'est pas proprement dans un État de profession affectée à l'homme ou à la femme, à raison de leur sexe ; mais que, la nature ayant partagé les mêmes facultés entre les deux sexes, tous les emplois appartiennent en commun à tous les deux ; seulement, dans tous ces emplois, la femme est inférieure à l'homme. — Cela est certain. — Les laisserons-nous donc tous aux hommes, et n'en réserverons-nous aucun pour les femmes? — Quelle raison y aurait-il à cela ? — • N'est-il pas, dirons-nous plutôt, des femmes qui ont de l'aptitude pour la médecine et pour la musique, et d'autres qui n en ont point? — N'en est-il pas enfin de philosophes et de courageuses, et d'autres qui ne le sont point ? Il y a donc des femmes propres à veiller à la garde de l'État, et d'autres qui ne le sont point ? Car la philosophie et le courage ne sont-ils pas les deux qualités que nous exigeons de nos guerriers ? La nature de la femme est donc aussi propre à la garde d'un État que celle de l'homme ; il n'y a de différence en cela que du plus au moins. Voilà les femmes que nos guerriers doivent choisir pour compagnes, et pour partager avec eux le soin de veiller sur l'État, parce qu'elles en sont capables, et qu'elles ont reçu de la nature les mêmes dispositions. — N'est-il pas vrai que la même éducation qui a servi à former nos guerriers devra servir aussi à former leurs femmes, puisqu'elle agira sur le même fond ? (République, V, p. 246.)
Ce que la musique a d'élevé, de propre à échauffer le caractère, sera réservé aux hommes ; ce qui en elle ressemJDle davantage à la modestie et à la retenue, la loi et la raison doivent le destiner au caractère de la femme. (Lois, VII, p. 33.)
Il n'y a rien de plus insensé que l'usage reçu dans notre Grèce, en vertu duquel les femmes sont dispensées de s'appliquer de toutes leurs forces et de concert aux mêmes exercices que les hommes. De là il arrive qu'un État n'est que la moitié de ce qu'il serait, si tout le monde y participait aux mêmes travaux, et contribuait également aux charges publiques : ce qu'on doit regarder comme une faute énorme de la part des législateurs.
Je ne cesserai pas d'insister sur la nécessité de donner, autant qu'il se pourra et en tout, la même éducation aux femmes qu'aux hommes. En effet, voici, ce me semble, comme on doit penser à ce sujet. Si les femmes ne partagent pas les mêmes exercices avec les hommes, n'est-il pas nécessaire de leur assigner quelque genre de vie particulier ?
Je veux qu'un législateur achève son œuvre, qu'il ne fasse point les choses à demi, en laissant les femmes mener une vie molle, somptueuse, sans règle ni conduite ; et je ne veux pas que, se bornant à donner aux mâles une éducation excellente, au Heu de tracer pour l'État le plan entier d'une vie heureuse, il n'en trace |que la moitié. [Id., p. 38.) ■
Mais on n'a pas songé à faire un règlement qui assujettisse les femmes à la vie commune ; en quoi certes on a eu tort. Ce sexe, d'un caractère bien différent du nôtre, est, à raison môme de sa fai-
blesse, plus porté que nous autres hommes à se
cacher et à agir par des voies détournées. C'est j
pourquoi le législateur voyant qu'il était plus diffi- 5
cile à gouverner, a commis une faute en l'abandon- a
nant à lui-même. La négligence sur cet objet est \
cause que des abus se sont glissés dans beaucoup i
d'autres détails qui iraient mieux qu'ils ne vont i
aujourd'hui, si le premier point avait été réglé par i
les lois. Ne prescrire aucun ordre aux femmes pour ■
leur conduite, ce n'est pas seulement, comme on le
pourrait croire, laisser l'ouvrage imparfait : le mal {
va bien au delà, et d'autant plus loin que ce sexe a î
moins de disposition que le nôtre à la vertu. Il est '
donc plus avantageux pour le bien public de revenir i
sur ce point, de réparer cette omission, et de près- i
crire en commun aux hommes et aux femmes les i
mêmes pratiques. Mais aujourd'hui les choses sont \
disposées si peu favorablement à cet égard, que, '
dans les autres lieux et les autres cités où les j
repas en commun n'ont jamais été établis, la pru- j
dence ne permet pas même d"en parler. Comment ;
ne s'y rendrait-on pas ridicule, si l'on entreprenait {
d'assujettir les femmes à manger et à boire en i
public ? Il n'est rien au monde que ce sexe portât i
plus impatiemment. Accoutumé qu'il est à une vie
cachée et retirée, il n'est point de résistance qu'il
n'oppose au législateur qui voudra le produire de
force au grand jour ; et à la fin son opiniâtreté i
l'emportera. (Lois^ VI, p. 348.) - |
ÉDUCATION ET INFLUENCE DE LA FEMME 'i
Socrate qui, dans VEconomique, dit que « la divi- '
nité a d'avance approprié la nature de la femme ,'
OUI" les soins et les travaux de l'intérieur », emande, dans Timée; que « sa nature soit mise en armonie avec celle de l'homme dont elle ne diffère uère, et qu'on lui donne les mêmes occupations u'à celui-ci, et à la guerre, et dans toutes les cironstances de la vie. » Nous n'avons pas à examiner isqu'à quel point les forces et les capacités de la îmme suffiraient à cette double existence, à la âche du foyer et à celle de la vie publique, dont 3S devoirs semblent plus ou moins incompatibles, lais nous admirons le bon sens lumineux de Socrate ui réclame le droit de la femme à l'éducation dans n temps où la femme, considérée comme un être nférieur, était maintenue dans l'ignorance et la dépendance. 11 voit au delà du bonheur domestique, 'intérêt de l'Etat qui se prive de la moitié de ses orces, en négligeant d'élever les femmes : «L'homme t la femme étant destinés à vivre ensemble, dit-il, a nature a voulu qu'ils pussent également exercer es facultés qui sont l'attribut de leur espèce. » Il L donc résolu, dans le sens le plus large, cette quesion si importante de l'éducation des femmes qui, à )lus de deux mille ans de distance, donne encore ieu à tant d'hésitations et de restrictions. Il était convaincu du pouvoir de l'éducation pour élever l'âme, et il comprenait la puissante influence jxercée indirectement par la femme sur tout ce qui ntéresse le plus le genre humain : aussi voulait-il a rendre digne de sa grande vocation qui est d'inspirer l'amour du bien et de soutenir dans la vertu
par la dignité de sa vie. C'est surtout dans la vi( privée qu'elle agit individuellement sur les âmes avec d'autant plus d'efficacité qu'elle ne se prévaul pas de son ascendant, et qu'elle travaille discrètement à l'ombre du foyer. Si elle exerce son modeste empire par la sympathie, la bonté et le dévouement, elle le fait avec d'autant plus de courage et de joie!
qu'elle rencontre plus de respect et de confiance, i
C'est pourquoi Socrate rappelle aux maris, pai^ Ischomachus, le plus parfait d'entre eux, qu'ils i doivent être, à la fois, l'ami et le père de celle quij partage leur vie et lui rendre ses fonctions douces i et faciles par leur appui, leurs conseils, leurs égards: affectueux. C'est Ischomachus qui transforme une i enfant inexpérimentée, soumise à une extrême sur^; veillance dans la maison paternelle, en une com-i pagne fidèle et dévouée, une maîtresse de maisoni accomplie, une femme parfaite dont les années nei pourront qu'accroître les vertus. Il l'élève par le' sentiment de sa responsabilité, par la piété qui! sanctionne tous les devoirs : il l'associe à toute sa! vie. Ainsi les époux sont un cœur, une âme, unei pensée, mais deux consciences qui poursuivent le' bien dans leurs tâches différentes mais égales, et] qui se perfectionnent mutuellement, tout en assu-1 rant la prospérité de leur maison. . [
Sur les femmes, nous avons déclaré qu'il faudrait'! mettre leurs natures en harmonie avec celles desi hommes, dont elles ne diffèrent guère, et leur donner* à toutes les mêmes occupations qu'à ceux-ci, et à*!
1 guerre, et dans toutes les circonstances de la vie. Timée, p. 162.)
Les travaux de la guerre étaient alors communs ux femmes et aux hommes, et c'est à cause de cet sage que dans ses images et ses statues la déesse tait représentée avec une armure : c'était comme n avertissement que dès que le maie et la femelle ont destinés à vivre ensemble, la nature a voulu u'ils pussent également exercer les facultés qui ont l'attribut de leur espèce. [Id., p. 310.)
Je sais que la présence des femmes les rendrait ivincibles, soit qu'elles combattissent avec eux ans les mêmes rangs, soit qu'on les mit derrière 3 corps de bataille, pour faire peur à l'ennemi, et our s'en servir dans une extrémité. {République^ vre V, p. 275.)
Si la femme, malgré la bonne direction de son lari, se conduit mal, peut-être a-t-on raison de 'en accuser qu'elle ; mais si le mari lui laisse ignoer le bien et le beau, et qu'il l'emploie malgré son ^norance, n'est-il pas juste de rendre le mari resonsable ? Allons, Critobule, nous sommes ici tous mis; parle-nous bien franchement; est-il quelqu'un lUi entre" plus intimement dans tes affaires que ta îmme? Cependant, y a-t-il des gens avec qui tu onverses moins qu'avec elle? Quand tu l'as épouée, n'était-ce pas une véritable enfant, qui n'avait, jn quelque sorte, rien vu, rien entendu? Ce serait ionc une chose beaucoup plus étonnante si elle jivait rien de ce qu'il faut dire ou faire, que si elle 9 conduisait mal.
Pour moi, je pense qu'une bonne maîtresse dei maison est tout à fait de moitié avec le mari pour'i le bien commun. C'est le mari le plus souvent qui,!: par son activité, fait entrer le bien dans le ménage,'| et c'est la femme qui, presque toujours, est chargée! de l'employer aux dépenses : si l'emploi est bieri'l fait, la maison prospère; l'est-il mal, elle tombe en| décadence. (Economique, p. 146.) j
Ischomachus, j'éprouverais un grand plaisir ài savoir si c'est toi qui. par tes leçons, as rendu tai femme ce qu'elle est, ou bien si tu l'as reçue de soii' père et de sa mère tout instruite de ses devoirs. — Eh! Socrate, comment aurais-je pu la recevoir touti instruite? Elle n'avait pas quinze ans quand ellel entra chez moi; elle avait vécu tout ce temps sou-i mise à une extrême surveillance, afin qu'elle ne vit ' n'entendit et ne demandât presque rien. Pouvais-j(; souhaiter plus , dis-le-moi , que de trouver en elh j une femme qui sût filer la laine pour en faire dejj habits, qui eût vu de quelle manière on distribue h\ tâche aux fileuses? Pour la sobriété, Socrate, or ^ l'y avait tout à fait bien formée ; et c'est, à mon avis, une excellente habitude pour l'homme et poui i la femme. — Et sur les autres points, Ischomachus ' lui dis-je, est-ce encore toi dont les leçons ont rendi ta femme capable des soins qui la regardent ? — 1 Oui, par Jupiter, dit Ischomachus, mais non pai ; avant d'avoir offert un sacrifice et prié le ciel d( i m'accorder à moi la faveur de bien l'instruire et à ell< celle de bien apprendre ce qui pouvait le mieu: i assurer notre bonheur commun. — Ta femme, lu | dis-je, sacrifiait donc avec toi et adressait au cie ! les mêmes prières ? — Assurément, dit Ischoma j chus ; même elle promettait solennellement, à h ..
ice des dieux, de rester toujours ce qu'elle devait tre, et je voyais bien qu'elle serait docile à mes 3çons.
Quand elle se fut familiarisée avec moi et que l'inimité l'eut enhardie à converser librement, je lui dis : )ès aujourd'hui cette maison nous est commune, loi, tout ce que j'ai je le mets en commun, et toi u as déjà mis en commun tout ce que tu as apporté. 1 ne s'agit plus de compter lequel de nous deux .fourni plus que l'autre; mais il faut bien se énétrer de ceci, c'est que celui de nous deux ui gérera le mieux le bien commun, fera l'aplort le plus précieux. A ces mots, ma femme me épondit : Mais en quoi pourrais-je t'aider? De uoi suis-je capable? Tout roule sur toi. Manière l'a dit que ma tâche est de me bien conduire. — )ui, femme, par Jupiter ! lui dis-je, et mon père ,ussi me disait la même chose ; mais il est du devoir l'un homme et d'une femme qui se conduisent bien le faire en sorte que ce qu'ils ont, prospère au nieux et qu'il leur arrive en outre beaucoup de >iens nouveaux par des moyens honnêtes et justes. - Mais en quoi vois-tu, me dit ma femme, que je misse coopérer avec toi, à l'accroissement de la naison ? — Par Jupiter ! répondis-je, ce pourquoi es dieux t'ont créée et ce que la loi ratifie, essaye le le faire de ton mieux. — Qu'est-ce donc, repritlUe? — Je crois, lui dis-jo, que ce ne sont pas ihoses de médiocre importance, ou l'on dira que lans la ruche la mère abeille n'est occupée que des )lus viles fonctions. Les dieux, femme, me semblent .voir bien réfléchi, quand ils ont assorti ce couple tour la grande utilité commune.
La divinité a d'avance approprié, selon moi, la lature de la femme pour les soins et les travaux de Ultérieur, et celle de l'homme pour les travaux et
les soins du dehors. Froids, chaleurs, voyages i guerres, le corps de l'homme et son âme ont été mi ! en état de tout supporter, et la divinité l'a chargi pour cela des travaux du dehors ; quant à la femme i en lui donnant une plus faible complexion, la divi 1 nité me semble avoir voulu la restreindre aux tra] vaux de l'intérieur. C'est pour une raison semblable que la femme ayant le penchant et la mission d^; nourrir ses enfants nouveau-nés, la divinité lui;! donné bien plus qu'à l'homme le besoin d'aimer ce ' petits êtres. Et comme c'est aussi la femme qui esi chargée de veiller sur les provisions, la divinité! qui sait que, pour surveiller, la timidité de l'âm j n'est point un mal, a donné à la femme un caractèr ; plus timide qu'à l'homme. Mais la divinité sachani aussi qu'il faudra que le travailleur du dehori repousse ceux qui tenteraient de lui nuire, ellei| donné à l'homme une plus large part d'intrépidité | En même temps, l'un et l'autre ayant à donner et j; recevoir, elle a pourvu également l'un et l'autre do mémoire et d'attention, si bien que, sous ce rapport; on ne saurait décider lequel l'emporte, delafemelL! ou du mâle. ;
Pour ce qui est de la tempérance, la divinité le i en a rendus également susceptibles, et elle apermi' que celui des deux qui porterait le plus loin cettii vertu, soit l'homme, soit la femme, en reçût uni; plus belle récompense. Cependant, comme la natur<i d'aucun d'eux n'est parfaite en tout point, cela fai qu'ils ont besoin l'un de l'autre, et leur union es | d'autant plus utile que ce qui manque à l'un, l'autnj peut le suppléer. Il faut donc, femme, qu'instruitn des fonctions qui sont assignées à chacun de nouil parla divinité, nous nous efforcions de nous acquit | ter le mieux possible de celles qui incombent à l'ui; comme à l'autre.
Mais le charme le plus doux, ce sera lorsque, devenue plus parfaite que moi, tu m'auras rendu ton serviteur ; quand, loin de craindre que l'âge en arrivant ne te fasse perdre de ta considération dans le ménage, tu auras l'assurance qu'en vieillissant tu deviens pour moi une compagne meilleure encore, pour tes enfants une meilleure ménagère et pour ta maison une maîtresse plus honorée. Car la beauté et la bonté, lui dis-je, ne dépendent point de la jeunesse ; ce sont les vertus qui les font croître dans la vie aux yeux des hommes. (Ici., 156.)