DIEU UNIT LES BELLES AMES PAR LA VERTU
Toutes les grandes âmes se rencontrent dans une nême foi en l'intervention de la divinité dans les Taies amitiés. « Peut-être, dit Socrate, les poètes l'ont-ils pas parlé à la légère lorsqu'ils ont préendu, à propos de l'amitié, que c'est Dieu lui-même .[ui fait les amis et qui les conduit les uns vers les iiutres. » Aussi l'histoire de la naissance et des progrès de l'amitié de Montaigne et de La Boëtie est- Aie plus ou moins l'histoire de toutes les amitiés [ui ont pour base l'amour de la vertu et l'union des imes. Il est tout naturel que ceux qui se sentent mis par ces liens sacrés les confondent avec ce [u'il y a de plus parfait, Dieu, lui-même, qu'ils conlaissent et comprennent mieux par l'âme de leur imi. « Les serviteurs de Jupiter, nous dit encore 50crate, cherchent une âme de Jupiter dans celui [u'ils aiment ; ils examinent donc s'il a le goût de a sagesse et du commandement, et quand ils l'ont Touvé tel qu'ils le désirent, et qu'ils lui ont voué eur amour, ils font tout pour développer en lui ces lobles penchants. » Et le meilleur moyen d'encou- 'ager leur ami à la vertu, c'est de la pratiquer euxïiêmes ; la plus grande force d'expansion (ju'ils puissent donner à son âme, c'est de lui montrer
sans cesse une âme élevée au-dessus des agitationSj des passions et des événements, affermie dans la vraie liberté, forte de toute la pureté de ses intentions. « S'ils ne sont pas tout d'abord adonnés tout entiers aux occupations qui s'y rapportent, ils s'y^i livrent maintenant, et travaillent à se perfectionnera par les enseignements d'autrui et par leurs propres j efforts ; ils cherchent à découvrir en eux-mêmes le | caractère de leur dieu, et ils réussissent, parce î qu'ils sont forcés de tourner sans cesse leurs | regards du côté de ce dieu ; et quand ils l'ont res- ! saisi par le souvenir, l'enthousiasme les transporte, j et ils lui empruntent ses mœurs et ses habitudes, ! autant du moins qu'il est possible à l'homme de < participer à la nature divine. » C'est ainsi que : Socrate peint la sainte ardeur dont l'amitié embrase i l'âme pour la rendre digne de l'âme qu'elle vénère i presque jusqu'à l'adoration. Grâce à cette noble j émulation pour le bien, l'amitié devient une école ; de vertu ; les amis s'efforcent à se rendre mutuelle- i ment meilleurs ; et plus ils s'aiment, plus ils cher- | chent à se ressembler et, par-dessus tout, à réfléchir i l'image de Dieu dans toute sa pureté.
Entre amis, dit-on, tous les biens sont communs; { de sorte qu'il n'y a aucune différence entre vous, \ si réellement vous êtes amis... '•
Il est bon d'apprendre à celui qu'on aime la i modestie et Thumilité, au lieu de le corrompre par ^ des flatteries. i
Je ne sais rien de plus désirable au inonde que d'avoir des amis.
Peut-être les poètes n'ont-ils pas parlé à la légère lorsqu'ils ont prétendu, à propos de l'amitié, que c'est Dieu lui-même qui fait les amis et qui les conduit les uns vers les autres.
Si quelqu'un en désire ou en aime un autre, jamais il ne pourrait ni le désirer, ni l'aimer, ni le rechercher s'il ne se rencontrait entre lui et l'objet de son amour quelque convenance d'âme, de caractère ou d'extérieur.
Rien autre chose que le bon ne pourra être ami du bon. (LysiSj ou De ramitiéy p. 259.)
Quand Tâme est séparée de l'objet aimé, l'ennui la consume, les pores par lesquels sortent les ailes, se dessèchent, se ferment, de sorte qu'elles n'ont plus d'issue.
Les serviteurs de Jupiter cherchent une âme
de Jupiter dans celui qu'ils aiment; ils examinent donc s'il a le goût de la sagesse et du commandement, et ({uand ils l'ont trouvé tel qu'ils le désirent, et qu'ils lui ont voué leur amour, ils font tout pour développer en lui ces nobles penchants. S'ils ne sont pas tout d'abord adonnés tout entiers aux occupations qui s'y rapportent, ils s'y livrent maintenant, 3t travaillent à se perfectionner par les enseignements d'autrui et par leurs propres efforts; ils cherchent à découvrir en eux-mêmes le caractère de leur dieu, et ils réussissent, parce qu'ils sont forcés
de tourner sans cesse leurs regards du côté de ce dieu ; et quand ils l'ont ressaisi par le souvenir, l'enthousiasme les transporte, et ils lui empruntent ses mœurs et ses habitudes, autant du moins qu'il est possible à l'homme de participer à la nature divine. Comme ils attribuent cet heureux changement à l'influence de leur bien-aimé, ils l'en aiment encore davantage ; et si Jupiter est la source divine où ils puisent leur inspiration, pareils à des bacchantes, ils la répandent sur l'objet de leur amour, et autant qu'ils le peuvent, le rendent semblable à leur dieu...
Ils l'amènent à reproduire ce type de perfection, autant qu'il est en eux. Bien loin de concevoir contre lui des sentiments d'envie ou de basse malveillance, tous leurs désirs et tous leurs efforts ne tendent qu'à le rendre semblable à eux-mêmes et au dieu qu'ils honorent. (Phèdre ou de la besiutéy p. 341.)
Si donc la partie la meilleure de l'âme est la plus forte et les guide vers une vie ordonnée suivant les préceptes de la sagesse, ils passent ici-bas leurs jours dans le bonheur et l'union ; maîtres d'euxmêmes, ils vivent en honnêtes gens, parce qu'ils ont asservi ce qui portait le vice dans leur âme et donné un libre essor à ce qui y fait naître la vertu...
Quand ils reçoivent des ailes, ils les reçoivent ensemble, à cause de l'amour qui les a unis sur la terre. [Id., p 348.)
J*ose même dire que si un homme qui aime avait commis une mauvaise action, ou enduré un outrage, sans le repousser, il n'y aurait ni père, ni parent, ni personne au monde devant qui cet homme eût autant
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de honte de paraître que devant celui qu'il aime. Et nous voyons qu'il en est de môme de celui qui est aimé ; car il n'est jamais si confus que lorsqu'il est surpris en quelque faute par son ami.
Véritablement, si les dieux approuvent ce qu'on fait pour ce que l'on aime, ils estiment, ils admirent, ils récompensent tout autrement ce que l'on fait pour celui dont on est aimé. En effet, celui qui aime est quelque chose de plus divin que celui qui est aimé; car il est possédé d'un dieu.
L'amant d'une belle âme reste fidèle toute la vie, car ce qu'il aime est durable.
On a montré que, pour la vertu et dans l'espérance de parvenir à une plus grande perfection, on était capable de tout entreprendre ; et il n'y a rien de plus glorieux. Il est donc beau d'aimer pour la vertu. Cet amour est céleste, utile aux particuliers et aux Etats, et digne d'être l'objet de leur principale étude, puisqu'il oblige les amis à veiller sur eux-mêmes et à s'efforcer de se rendre mutuellement vertueux. (Le Banquet, p. 351.)