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CHAPITRE XIII l'amour de l'humanité

L'homme n'appartient ni à lui-même, ni à sa il famille, ni à ses amis : Dieu l'a formé pour une ij société plus étendue à laquelle chacun de ses i membres doit son cœur, ses biens, sa vie. La famille I lui enseigne les vertus sociales qu'il doit pratiquer i dans tout le cours de sa vie et le soutient, ainsi que :; l'amitié, dans l'accomplissement de ses grands ^ devoirs de citoyen et d'homme. « Il te faut réflé- ! chir, dit Socrate, que nul homme n'est né pour lui ij seul, qu'une portion de notre vie appartient à la i patrie... Quand la patrie nous appelle au nom de > l'intérêt commun, il n'est pas permis de ne pas I répondre à sa voix. » Socrate n'a pas méconnu les j droits de la famille ainsi que son disciple Platon : <; il la considérait comme la base de l'État, dont la ; force et la vertu se prépare au sein de la famille, i Plus humain que Platon, il sentait l'appui que i l'homme peut trouver dans les affections naturelles ; j plus élevé aussi, il voyait, au-dessus de l'État, la j

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rande famille humaine, dont la cité n'est qu'une ûage restreinte. Mais en se reconnaissant citoyen u monde, il n'a pas prétendu se soustraire aux avoirs civiques : il a été fidèle jusqu'à la mort ans son obéissance aux lois de sa patrie, et dans 38 efforts pour la rendre grande par la vertu. Aussi 1 parole a-t-elle toute Tautorité de sa vie quand il eus dit « que la patrie est digne de plus de respect fc de vénération devant les dieux et devant les ommes qu'un père, qu'une mère et que tous les arents ensemble ; qu'il faut honorer sa patrie, lui éder et la ménager plus qu'un père lorsqu'elle est 'ritée, qu'il faut ou la ramener par la persuasion, u obéir à ses commandements, et souffrir sans murlurer tout ce qu'elle ordonne même... qu'à l'armée, avant les juges, et partout il faut obéir à ses rdres. » Ainsi Socrate est pour nous le modèle du arfait citoyen qui consacre à l'État tout ce qu'il 3t et tout ce qu'il possède. Mais au-dessus de )utes les vertus civiques, il place les vertus umaines, qui se résument dans la justice et lachaté sans lesquelles aucune affection n'est grande, i durable. Ce qui nous prouve que Socrate élevait îs devoirs de l'homme au-dessus de ceux du citoyen, est son exhortation à l'hospitalité et à la bienfaimce envers l'étranger : « Soyez bien convaincus, t-il, que rien n'est plus sacré que les devoirs de tiospitalité ; que tout ce qui leur appartient est )us la protection d'un dieu, qui vengera plus sévèîinent les fautes commises contre eux que les

fautes envers un citoyen, parce que l'étranger s^ ]

trouvant éloigné de ses parents et de ses amis t

intéresse davantage les hommes et les dieux. i

Ainsi le prochain, pour Socrate, n'est pas le conci i

toyen, mais l'homme, qui, entre tous, a plus besoii!

de notre appui et de notre secours, quelles qu' !

soient sa condition et sa nationalité, fût-il notr.',

ennemi même. Socrate nous enseigne donc, et pa ,

le précepte et par l'exemple, à être citoyens di^

monde, et à exercer la justice et la charité enven

tous les hommes. \

Je vous déclare, en qualité de législateur, que jM ne vous regarde point, ni vous ni vos biens, comm(j étant à vous-mêmes, mais comme appartenant i' toute votre famille, tant à vos ancêtres qu'à votr»; postérité ; et toute votre famille avec ses bienii comme appartenant encore plus à l'Etat. {Lois, XI; p. 263.)

Ils nous ont dit combien tu supportes pénible! ment de ne pouvoir te soustraire aux charges pu^bhques et goûter quelque loisir. Combien il esi' doux de consacrer sa vie à ses propres occupations! surtout lorsqu'on les a choisies à son gré comme tu; as fait, c'est ce que personne n'ignore. Mais il faut réfléchir que nul homme n'est né pour lui seul qu'une portion de notre vie appartient à la patrie, une autre à nos proches, une autre à nos amis, e qull faut enfin compter avec les circonstances Quand la patrie nous appelle au nom de l'intérê commun, il n'est pas permis de ne pas répondre sa voix. Qu'arriverait-il en effet? Qu'on laisserai

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ibre carrière à des intrigants qui aspirent au pouvoir sans se soucier du bien et de l'honneur. (P/a^07i i Archytas, p. 413.)

Ta sagesse te laisse-t-elle ignorer que la patrie îst digne de plus de respect et de vénération devant es dieux et devant les hommes qu'un père, qu'une nère, et que tous les parents ensemble? qu'il faut lonorer sa patrie, lui céder et la ménager plus îu'un père lorsqu'elle est irritée ? qu'il faut ou la •amener par la persuasion, ou obéir à ses comnandements, et souffrir sans murmurer tout ce }u'elle ordonnera môme? Si elle veut que tu sois 3attu de verges ou chargé de chaînes, si elle veut jue tu ailles à la guerre pour y verser ton sang, il aut partir sans balancer, car c'est là le devoir ; et 'on ne doit ni désobéir, ni reculer, ni quitter son )0ste ; mais à l'armée, devant les juges, et partout, 1 faut obéir aux ordres de la patrie, ou user avec û\e de persuasion, comme il est permis; car c'est me impiété de faire violence à son père ou à sa nère, c'en est une beaucoup plus grande de forcer ia patrie. (Criton, p. 121.)

Le plus grand service qu'on puisse rendre à sa Datrie et à ses concitoyens, est moins de se signaer aux jeux Olympiques ou aux autres combats guerriers ou pacifiques, que d'obéir aux lois et de 56 montrer toute sa vie le plus fidèle serviteur. Lois, V, p. 258.)

Soyons bien convaincus que rien n'est plus sacré jue les devoirs de l'hospitalité ; que tout ce qui

leur appartient est sous la protection d'un Dieui qui vengera plus sûrement les fautes commisei contre eux que les fautes envers un citoyen, paroi que l'étranger se trouvant éloigné de ses parents e] de ses amis, intéresse davantage les hommes et le| dieux : aussi celui qui a plus de pouvoir pour Ij venger le fait avec plus d'ardeur. Or ce pouvoir i été spécialement confié aux démons et aux dieu, préposés à la garde de chaque homme, et qui mar! chent à la suite de Jupiter hospitalier. C'est pouii quoi, pour peu qu'on soit attentif à ses propre; intérêts, on ne négligera rien pour arriver a terme de la vie sans avoir à se reprocher aucun I faute envers des étrangers. Mais de tous les mani quements dont on peut se rendre coupable, tant | l'égard des étrangers que des concitoyens, le plu j grand est celui qui concerne les suppliants. Car 1 i même Dieu que le suppliant a pris à témoin de ' promesses qu'on lui a faites, ce Dieu veille particu! lièrement sur les outrages qu'il peut recevoir, ej n'en laisse pas un seul impuni. (Lois^ V, 258.) i

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