FERMETÉ DU JUSTE
Ni la prospérité des méchants, ni les souffrances des justes n'ébranlent dans sa vertu l'âme affermie dans la justice, puisque, pour elle, le plus grand mal c'est l'injustice. Elle n'est pas effrayée des persécutions et des supplices qui attendent l'homme vertueux « fouetté, torturé, mis aux fers, brûlé, mis en croix ». Elle n'est pas attirée non plus par le bonheur du méchant, alors même qu'il jouit de tous les biens du monde et que sa prospérité semble sanctionnée par la bienveillance de Dieu et des hommes. Sous le faux et séduisant éclat des biens terrestres, elle voit le dénûment et la difformité
d'une âme livrée au mal. Aussi Socrate aime-t-il mieux souffrir le mal que de le faire. En effet, le mal qui frappe le juste par la main de ses ennemis, ne peut rien sur l'âme à qui personne ne saurait enlever son libre arbitre. « Je soutiens, dit Socrate, que ce qu'il y a de plus laid n'est pas d'être frappé injustement sur la joue, ni de se voir mutiler le corps ; mais qu'il est plus laid et plus mauvais de me frapper et de m' enlever injustement ce qui m'appartient... Commettre, en un mot, quelque espèce d'injustice que ce soit envers moi et ce qui est à moi, est une chose plus mauvaise et plus laide pour l'auteur de l'injustice que pour moi qui la souffre. Ces vérités sont attachées et liées entre elles par des raisons de fer et de diamant. « C'est ainsi que le juste éprouve une sublime compassion pour ceux qui le poursuivent de leur colère et de leur haine, parce qu'ils perdent leur âme en prétendant faire du mal à autrui.