GLAUCON
Souviens-toi, Socrate, que je ne parle pas démon chef, mais au nom de ceux qui préfèrent l'injustice à la justice. Le juste, disent-ils, tel que je l'ai dépeint, sera fouetté, torturé, mis aux fers, on lui brûlera les yeux; enfin, après lui avoir fait souffrir | tous les maux, on le mettra en croix, et par là on ■ lui fera sentir qu'il ne faut pas s'embarrasser d'être ; juste, mais de le paraître. C'est bien plutôt au j méchant qu'on doit apphquer les paroles d'Eschyle; I parce que ne réglant pas sa conduite sur l'opinion !
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.es hommes, et s'attacharit à quelque chose de réel it de solide, il ne veut point paraitre méchant, mais être en effet :
Son habileté féooade,
Enfante en abondance les plus beaux projets,
(Les sept chefs devant Tliùbes.)
Avec la réputation d'honnête homme, il a toute lutorité dans l'Etat; il s'allie, lui et ses enfants, lUx meilleures familles, il forme toutes les liaisons [u'il lui plait. Outre cela, il tire avantage de tout, )arce que le crime ne l'effraye point. A quelque ihose qu'il prétende, soit en public, soit en particulier, il l'emporte sur tous ses concurrents ; il j'enrichit, fait du bien à ses amis, du mal à ses ennemis, offre aux dieux des sacrifices et des présents magnifiques, et se concilie la bienveillance les dieux et des hommes bien plus aisément et plus sûrement que le juste; d'où l'on peut conclure, ivec vraisemblance, qu'il est aussi plus chéri des lieux. C'est ainsi, Socrate, que les partisans de .'injustice prétendent que la condition de l'homme njuste est plus heureuse que celle du juste, qu'on .'envisage du côté des dieux ou du côté des hommes. République^ livre II, p. 104.)
SOCRATK
Le plus grand de tous les maux est de commettre .'injustice.
POLUS
Est-ce là le plus grand mal ? Souffrir une injustice n'en est-ce pas un plus grand?
Nullement.
SOCRATE
POLUS
Aimerais -tu donc mieux recevoir une injustice que de la faire ?
Je ne voudrais ni l'un ni Tautre. Mais s'il fallait absolument commettre une injustice ou la souffrir, j'aimerais mieux la souffrir que de la commettre. (Gorgias, p. 189.)
Je soutiens que ce qu'il y a de plus laid n'est pas J d'être frappé injustement sur la joue, ni de se voirmutiler le corps, mais qu'il est plus laid et plus'i mauvais de me frapper et dô m'enlever injustement i| ce qui m'appartient; et que me voler, s'emparer de^: ma personne, percer ma muraille, commettre en unj mot quelque espèce d'injustice que ce soit envers 1 moi et ce qui est à moi, est une chose plus mauvaise 'j et plus laide pour l'auteur de l'injustice que pour ( moi qui la souffre. Ces vérités qui, à ce que je pré-| tends, ont été démontrées dans toute la suite de cet,! entretien, sont, autant qu'il me semble, attachées j et liées entre elles par des raisons de fer et de dia-i| mant, pour me servir d'une expression un peu grossière peut-être. (Id., p. 288.) '
Souffre qu'on te méprise comme un insensé, qu'on, t'insulte, si l'on veut, et même laisse-toi frapper de grand cœur de cette manière qui te paraît si outra-
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géante. Il ne t'en arrivera aucun mal, si tu es réellement homme de bien et adonné à la pratique de la vertu. {Ici., p. 326.)