‹ La morale de SocrateChapitre 49 sur 60 · LA BONTE · texte numérisé non relu

LA BONTE

La justice n'est parfaite que si elle est unie à la bonté qui n'est autre chose que l'amour en action. Socrate distingue entre cette vertu par excellence qui est l'accord parfait d'une âme harmonieuse, et ce qu'on appelle la bonhomie, c'est-à-dire une disposition facile qui n'est le plus souvent qu'un manque de volonté, un état passif qui livre l'âme au premier venu. La bonté, pour lui, est « le caractère d'une âme dont les mœurs sont vraiment belles et bonnes ». Il faut donc que l'âme soit parfaitement maîtresse d'elle-même, qu'elle aime le bien et que la vertu lui soit devenue par l'habitude une seconde nature. Alors elle semble faire naturellement et constamment les actes de bonté qui coûtent des efforts extraordhiaires à une âme moyenne. La fermeté, qui lui a aidé à se vaincre, est tempérée par ^a douceur qui est le repos de la victoire, la paix et la sérénité de la force. Cette heureuse union de la douceur et de la force est pour Socrate l'indice d'une âme parfaite. Il l'admire dans Théétète : « Joindre, comme fait Théétète, à une pénétration d'esprit peu commune, une douceur singulière de

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caractère, et par-dessus tout cela avoir autant de courage que personne... » Il la réalise en lui mêm$ et il exerce ainsi sur les âmes cette irrésistible séduction dont il se sert pour les diriger vers le bien. Il

La beauté, l'harmonie, la grâce et le nombre du discours sont l'expression de la bonté de l'âme. Et ! je n'entends pas par ce mot la stupidité, qu'omj appelle, par adoucissement, bonhomie ; j'entends le'j caractère d'une âme dont les mœurs sont vraiment',! belles et bonnes. (République^ livre III, p. 165.) I

Lorsqu'il s'agira de discerner quelle est l'âme 1 née pour la philosophie, tu prendras garde si, dès'' les premières années, elle montre de l'équité et de i la douceur, ou si elle est farouche et intraitable. ;

Une âme sans harmonie et sans grâce n'incline- \ t-elle pas naturellement à manquer de mesure?! (République, livre VI, p. 294.) |

Joindre, comme fait Théétète, à une pénétration \ d'esprit peu commune, une douceur singulière de I caractère, et par-dessus tout cela autant de courage i que personne, c'est ce que je ne croyais pas pos- ] sible, et ce que je ne vois en aucun autre. En effet, i ceux qui ont, comme lui, beaucoup de vivacité, de j pénétration et de mémoire, sont pour l'ordinaire { enclins à la colère ; ils ne font que s'emporter çà et:î là, semblables à un vaisseau qui n'a point de les^[îj et ils sont naturellement fougueux plutôt que cou-.j rageux. Ceux, au contraire, qui ont plus de consis-'i tance dans le caractère, apportent à l'étude des ^

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ciences un esprit pesant, et ne retiennent rien. ^our Théétète, il marche dans la carrière des iciences et de l'étude d'un pas si aisé, si ferme et si apide, avec une douceur comparable à celle de 'huile qui coule sans bruit, que je ne puis assez idmirer qu'à son âge il ait fait de si grands progrès. Théétète, p. 13.)

La rudesse ne peut venir que d'un naturel ardent it plein de feu, qui produirait le courage s'il était )ieii cultivé, mais qui, iors(|u'on le raidit trop, iégénère en dureté et en brutalité. Et la douceur l'est-elle pas la marque d'un caractère philosophe [ui, si on le relâche trop, se change en mollesse, aais qui, si on le cultive comme il faut, devient lolitesse et dignité. Or nous voulons que nos gueriers réunissent en eux ces deux caractères : Leur ,ccord rend l'âme tout à la fois courageuse et modéée. Et leur désaccord la rend lâche et farouche. République^ livre III, p. 181.)

Je t'assure, Echécrate, que si toute ma vie j'aais admiré Socrate, en cette rencontre je l'admirai ilus que je n'avais fait ; car qu'il eût des réponses outes prêtes, cela n'est pas surprenant d'un omme comme lui ; mais ce qui me parut le plus dmirabl-e, ce fut de voir premièrement avec quelle ouceur, avec quelle bonté, avec quel air d'approlation, il reçut les objections de ces jeunes gens, t ensuite avec ([uelle sagacité il s'aperçut de l'imiression qu'elles avaient faite sur nous, enfin avec uelle habileté il nous guérit, et, comme des gens aincus et mis en fuite, nous rappela, nous lit ourner la tête et nous ramena à la discussion. PJiédon, p. 70.)

LA CHARITÉ j

Si le mot de charité ne se trouve pas dans lel enseignements de Socrate, l'idée y est exprimé! avec autant de clarté et d'élévation que possibld Fermement convaincu que l'injustice provient di l'ignorance, Socrate croit aussi qu'on ne peut 1; guérir que par la douceur jointe à la sévérité. « I est bon, dit-il, de savoir avant tout qu'aucun hommi injuste ne l'est volontairement... l'âme est ce qu'i y a véritablement en nous de plus précieux ; per sonne ne peut donc volontairement y recevoir 1; plus grand des maux et passer toute sa vie avec uj si mauvais hôte. » Nous sommes de l'avis de S(^ crate dans le sens le plus absolu. Si le méchari voyait et sentait la beauté du bien et s'il connais | sait la félicité qu'il procure, il aurait le courage di vaincre ses mauvais penchants pour réaliser le bie i dont il n'a peut-être été éloigné, dès son enfance, qu, par son ignorance et sa faiblesse. Il est donc vra : ainsi que nous le dit Socrate, que « le méchant, €j quiconque nourrit le mal dans son âme, est digni de pitié, et qu'il convient à son égard de réprime! sa colère et de ne point se laisser aller à dej emportements et à d'aigres réprimandes. » Puisqui l'injustice est une maladie de l'âme, le devoir di législateur, celui de tout homme éclairé, est « d'ins; truire l'auteur de l'injustice, soit grande, soi;

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petite. » Quelle haute conception de la charité qui 3xcuse tout! Quel amour sincère pour l'âme humaine dont les erreurs et les fautes ne rencontrent ians le cœur de Socrate que la tendre compassion qu'on témoigne à un malade, et la ferme volonté de guérir tous les maux qui font souffrir l'homme dans la partie la plus précieuse de lui-même !

Il faut savoir réunir beaucoup de douceur à une grande fermeté. En effet, lorsque les vices des autres sont montés à un tel excès qu'il est très difficile ou même impossible de les guérir, le seul parti qui reste à prendre pour éviter d'y tomber, 3'est d'en triompher en repoussant leurs attaques, et ie les réprimer sans relâche. Or il est impossible qu'une âme vienne à bout d'une telle entreprise, si slle n'est secondée d'un courage intrépide. A l'é- [jard de ceux dont les vices ne sont pas sans remède, .1 est bon de savoir avant tout qu'aucun homme injuste ne l'est volontairement; parce que personne ne consent à retenir en soi les plus grands maux qui soient au monde, bien moins encore dans la partie la plus précieuse de lui-même : or l'âme est, comme lous avons dit, ce qu'il y a véritablement en nous ie plus précieux ; personne ne peut donc volontairement y recevoir le plus grand des maux, et passer :oute sa vie avec un si mauvais hôto. Ainsi le méîhant, et quiconque nourrit le mal dans son âme, îst digne de pitié : mais il faut surtout réserver 3ette pitié pour celui qui laisse quelque espoir de ^uérison ; il convient à son égard de réprimer sa îolère, et de ne point se laisser aller à des empor- Tients et à d'aigres réprimandes, qui ne convienlentqu'à une femme. Si l'on doit donner libre car-

rière à son indignation, ce n'est que contre les méchants entièrement livrés au vice, et incapables d'amendement. Voilà ce qui nous a fait dire que le caractère de Tliomme de bien devait être môle de, sévérité et de douceur. {Lois, V, p. 261 .)

Le législateur, regardant les injustices comm( des maladies de l'âme, appliquera des remèdes à| celles qui sont susceptibles de guérison; et la fin qu'ilf doit se proposer dans le traitement de ces sortes^ de maladies, c'est d'instruire par sa loi l'auteur' de l'injustice, soit grande, soit petite, et de le con-j traindre à ne plus commettre, de propos délibéré, de ! pareilles fautes, ou du moins à les commettre beau-| coup plus rarement, en exigeant d'ailleurs la répara- i tion du dommage. De quelque manière que l'on s'yj prenne pour inspirer aux hommes l'aversion de j l'injustice, et leur faire aimer ou du moins ne pas i haïr l'équité, soit qu'on emploie les actions ou les,; discours, le plaisir ou la douleur, les honneurs oui l'infamie, les amendes pécuniaires ou les récom- 1 penses, ce ne peut être que l'ouvrage des plusj belles lois, ild., IX, p. 144.)

Telle est la perfection idéale vers laquelle l'homme doit tendre ; mais elle est moins le propre de l'homme que le propre des dieux ; il faut pourtant proportionner nos règlements à la faiblesse humaine : ce sont là les ressorts qui tiennent sus-* pendu tout animal mortel, et sur lesquels roulent ses principaux mouvements. Ainsi, lorsqu'il s'agit, de louer la vertu aux yeux des hommes, il ne suffit pas de leur montrer qu'elle est en soi ce qu'il y a de plus honorable; il faut encore leur faire voir

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'(ue, si l'on veut la goûter dès ses premiers ans, et n'y pas renoncer aussitôt après, elle l'emporte <iu' tout le reste par l'endroit môme qui nous tient !'■ plus au cœur, en ce qu'elle nous procure le plus (le plaisirs et le moins de peines durant tout le c(jurs de la vie : on ne tardera point à l'éprouver d'une manière sensible, si on en veut faire l'essai, comme il convient. Mais comment convient-il de le faire ? Il faut pour cela consulter la raison, et examiner avec elle si ce que je vais dire est conforme ou non à notre nature. (Id., V, p. 263.)

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