‹ La morale de SocrateChapitre 7 sur 60 · TIMÉE · texte numérisé non relu

TIMÉE

En effet, Socrate, pour peu qu'ils aient de sagesse, tous les hommes, sur le point de tenter une entreprise grande ou petite, implorent le secours des dieux. Pour nous qui allons discourir sur l'univers, dire quelle est son origine ou s'il n'en a point, à moins d'extravaguer, nous devons sentir la nécescité d'appeler à notre aide les dieux et les déesses, et de les prier de nous inspirer des paroles qui leur plaisentd'abord, et à nous ensuite. Ce que je demande aux dieux pour eux, je viens de le dire ; je leur demande pour nous de permettre que vous, vous me compreniez aisément, et que moi, je vous expose avec clarté ce que j'ai dans l'esprit sur le sujet qui nous occupe. {Tirnée, p. 178.)

Il est permis et il est juste de faire ses prières aux Dieux, afin 'qu'ils bénissent notre voyage et qu'ils le rendent heureux : c'est ce que je leur demande ; qu'ils exaucent mon vœu 1 Après avoir dit cela, Socrate porta la coupe à ses lèvres et la

but avec une tranquillité et une douceur merveil- ! leuses. {Phéclon, p. 122.)

Invoquons Dieu pour l'heureux succès de notre i législation, qu'il daigne écouter nos prières et qu'il j vienne, plein de bonté et de bienveillance, nous aider à établir notre ville et nos lois. [Lois, iv, p. 227.) ;

Il faut que nos poètes, bien instruits que les i prières sont des demandes que l'on fait aux dieux, ! apportent la plus grande attention à ne pas leur i demander de mauvaises choses, comme si c'en ; était de bonnes ; car le résultat dune pareille prière ; serait, pour celui qui l'aurait faite, digne de risée, i [Lois, Yiij p. 29.) I

Pour moi, je crains que les hommes n'aient véri- I tablement tort de rejeter la cause de leurs maux ! sur les dieux. Ce sont eux-mêmes, il faut le dire, | qui, par leurs fautes ou leurs folies, se rendent mi- | sérables malgré le sort. C'est pourquoi je trouve | sage ce poète qui, sans doute, ayant des amis fort ' peu sensés et leur voyant faire et demander aux i dieux des choses qui leur semblaient bonnes et qui | étaient pourtant mauvaises, leur composa une | prière commune ainsi conçue :

« Puissant Jupiter, donne-nous les biens, soit que i « nous les demandions, soit que nous ne les deman- ! a dions pas, et éloigne de nous les maux, quand I « même nous te les demanderions. » (Odyssée, i, 32.1 '

Cette prière me paraît belle et sûre. Si tu y-j trouves quelque chose à reprendre, ne le cache pas. | (Le second Alcibia.de, p. 50.) \

Ne te semble-t-il pas que la prière exige beau- |coup de prudence, de peur que, sans le savoir, on ne demande aux dieux de grands maux, en croyant leur demander des biens, et que les dieux ne se trouvent dans la disposition d'accorder ce qu'on leur demande. {Ici., p. 40.)

Les Lacédémoniens demandent chaque jour aux

i dieux de leur donner l'honnête avec l'utile ; jamais

[personne ne leur entendra demander davantage.

Cependant il n'ont pas été, jusqu'à présent, moins

heureux qu'aucun autre peuple ; et s'ils ont vu par-

! fois interrompre le cours de leurs prospérités, on

n'en saurait accuser leur prière, car les dieux sont

libres et il dépend d'eux d'accorder ce qu'on leur

demande ou d'envoyer le contraire.

Tous les autres Grecs, soit en offrant aux dieux des taureaux dont les cornes sont dorées, soit en leur consacrant de riches offrandes, demandent dans leurs prières tout ce que leur suggèrent leurs passions, sans s'informer si ce sont des biens ou des maux. Mais les dieux, qui entendent leurs blasphèmes, n'agréent point leurs processions ni leurs sacrifices somptueux.

Il n'est pas dans la nature des dieux de se laisser corrompre par des présents comme un avide usurier, et nous serions insensés de prétendre, par là, nous rendre à leurs yeux plus agréables que les Lacédémoniens. En effet, ce serait une chose étrange que les dieux eussent plus égard à nos dons et à nos sacrifices qu'à notre àme, pour distinguer ceux qui sont saints et justes. Mais non, ils ont égard, selon moi, bien plus à l'àme qu'aux processions et aux sacrifices somptuenx ; car, ce dernier hommage, rien n'empêche les particuliers et

les Etats les plus coupables envers les dieux et les hommes de l'offrir chaque année. Aussi les dieux incorruptibles méprisent toutes ces choses comme le dieu même et son prophète l'ont déclaré. Il y a donc bien de l'apparence que les dieux et les hommes sensés honorent avant tout la justice et la sagesse. Il n'y a de vraiment justes et de vraiment sages que ceux qui, dans leurs paroles et dans leurs actions, savent s'acquitter de ce qu'ils doivent aux dieux et aux hommes. (Id., p. 63.)

Socrate demandait simplement aux dieux de lui i

accorder les biens, persuadé que les dieux savent ;

parfaitement quels sont les biens : leur demander :

de l'or, de l'argent, le pouvoir, ou toute autre !

chose semblable, c'était, à son avis, leur demander i

rissue d'un coup de dé, d'un combat, ou toute autre ;

chose dont on ne peut savoir comment cela tour- \

nera. Modeste dans ses offrandes parce que sa for- i

tune était modeste, il croyait ne pas rester au- i

dessous de ces riches qui, avec de grands biens, i

offrent, de nombreuses et grandes victimes. Les :

dieux, disait-il, agiraient mal, s'ils acceptaient avec i

plus de plaisir les grandes offrandes que les petites : :

car souvent les dons des méchants leur agréeraient i

plus que ceux des bons ; et l'homme, à son tour, i

croirait la vie peu de chose, si les dons des hommes |

vertueux étaient moins agréables aux dieux que |

ceux des méchants. Au contraire, il croyait que les i

offrandes des personnes les plus pieuses étaient |

celles qui plaisaient le plus aux dieux. Il louait aussi ■

ce vers: '

Selon votre pouvoir offrez aux immortels ; ;

et il prétendait qu'avec les amis, les hôtes, dans !

toutes les circonstances de la vie, c'était un excellent précepte que celui-ci :

Selon votre pouvoir.

S'il lui semblait recevoir quelque avis des dieux, on l'eût moins facilement déterminé à agir contre cet avis qu'à prendre, dans une marche, un guide aveugle et ignorant le chemin, au lieu d'un homme clairvoyant et connaissant la route : il accusait de folie ceux qui agissent contre les avis des dieux, pour se mettre à l'abri de la mauvaise opinion des hommes. Pour lui, tout ce qui venait de l'homme lui paraissait bien inférieur aux avis de la divinité . (Mémoires j i, p. 17.)

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