‹ La morale de SocrateChapitre 8 sur 60 · RESSEMBLANCE AVEC DIEU · texte numérisé non relu

RESSEMBLANCE AVEC DIEU

Pour que tout notre plaisir soit de nous approcher de Dieu par la prière, il faut que nous nous efforcions de faire sa volonté. « Il n'est point d'autre moyen de se faire aimer de Dieu, dit Socrate, que de travailler de tout son pouvoir à lui ressembler. » En effet, nous ne pouvons mieux témoigner notre admiration et notre respect à ceux qui sont dignes de notre vénération par leur vertu supérieure, qu'en essayant d'agir et même de penser et de sentir comme eux. Nous savons bien que notre amour pour eux n'est sincère qu'à cette condition, Aussi nous condamnons-nous en cherchant à offrir à Dieu un culte purement extérieur auquel le cœur ne participe point. Et Socrate exhortant les hommes M'"'= JULES 1 AVRE. Socrate. 3

à se rendre semblables à Dieu nous rappelle Jésus- i

Christ disant à ses disciples : « Vous serez mes |

amis si vous faites tout ce que je vous commande »; I

et saint Paul écrivant aux nouveaux chrétiens : I

« Soyez donc les imitateurs de Dieu, comme ses ;

enfants bien-aimés. » Le principe supérieur auquel i

Socrate rapportait toutes ses actions, toute sa vie, i tous les mouvements de son âme, c'était donc de

ressembler à Dieu en étant homme de bien, en i

vivant selon la sagesse, la justice et la sainteté. |

Grâce à ses efforts constants pour rendre son âme j

pure devant Dieu, le bien semble lui être devenu |

naturel ; et nous lui voyons accomplir si simple- j

ment les actes les plus héroïques que nous n'avons I

pas même l'idée qu'il ait pu songer à agir autre- i

ment. Aussi n'admet-il d'autre mobile de la vertu |

que celui de se rapprocher du Dieu parfaitement I

juste en essayant de parvenir au plus haut degré i

de justice. « De ce point, dit-il, dépend le vrai mé- !

rite de l'homme, ou sa bassesse ou son néant. Qui i

connaît Dieu est véritablement sage et vertueux. » ;

Quelle est la conduite qui nous rend agréables à 1

Dieu? Je n'en vois qu'une seule, fondée sur ce 1

principe ancien, que le semblable plait à son sem- I

blable, quand l'un et l'autre se tiennent dans le "j

juste miheu. Car toutes les choses qui sortent de i

ce milieu ne peuvent ni se plaire les unes les autres, '\

m plaire à celles qui ne s'en écartent point. Or, |

Dieu est la juste mesure de toute chose, beaucoup \

plus qu'un homme, quel qu'il soit. Par conséquent, l

il n'est point d'autre moyen de se faire aimer de Dieu, que de travailler de tout son pouvoir à lui ressembler. Suivant cette maxime, l'homme tempérant est ami de Dieu, car il lui ressemble ; au contraire, l'homme intempérant, loin de lui ressembler, lui est entièrement opposé ; et par là même il est injuste. Il faut en dire autant des autres vertus et des autres vices. Cette maxime nous conduit à une autre, la plus belle et la plus vraie de toutes, savoir, que, de la part de l'homme vertueux, c'est une action louable, excellente, qui contribue infiniment au bonheur de sa vie, et qui est tout à fait dans l'ordre, de faire aux dieux des sacrifices, et de communiquer avec eux, par des prières, des offrandes et un culte assidu ; mais qu'à l'égard du méchant c'est tout le contraire, parce que l'âme du méchant est impure, au lieu que celle du juste est pure : or, il ne convient pas à un homme de bien, encore moins à Dieu, de recevoir les dons que lui présente une main souillée de crimes. Tous les soins que les méchants se donnent pour gagner la bienveillance des dieux sont donc inutiles, tandis que le juste y travaille avec succès. (Lois, iv, pp. 236 et 237.)

L'homme de bien ressemble à Dieu. Ne crois pas que des pierres, du bois, des oiseaux, des serpents, ce soient choses saintes, et non pas l'homme ; ce qu'il y a de plus saint au monde, c'est l'homme de bien ; ce qu'il y a de plus impie, c'est le méchant. (Minos, p. 214.)

Il n'est pas possible que le mal soit tout à fait détruit, parce qu'il faut toujours qu'il y ait quelque

chose de contraire au bien ; on ne peut pas non plus le placer parmi les dieux, et c'est une nécessité qu'il circule sur cette terre, et autour de notre nature mortelle. C'est pourquoi nous devons tâcher de fuir au plus vite de ce séjour à celui des dieux. Or, cette fuite consiste dans la ressemblance avec Dieu, autant qu'il dépend de nous, et on lui ressemble par la sagesse, la justice et la sainteté. Mais ce n'est pas une chose aisée à persuader, qu'on ne doit point s'attacher à la vertu et fuir le vice par le même motif que le commun des hommes, qui est d'éviter la réputation du méchant et de passer pour vertueux. La vraie raison, la voici : Dieu n'est injuste en aucune circonstance, ni en aucune manière : 'au contraire, il est parfaitement juste, et rien ne lui ressemble davantage que celui d'entre nous qui est parvenu au plus haut degré de justice. De ce point dépend le vrai mérite de rhomme, ou sa bassesse ou son néant. Qui connaît Dieu est véritablement sage et vertueux; qui ne le connaît pas est évidemment ignorant et méchant. [Théétète, p. 92.)

Page 1