CAS SUR LE TORT FAIT INJUSTEMENT
choses humaines. Un jour, il loue un beau petit cheval pour se livrer a 1'equitation, son plus grand plaisir. Tout lui reussit d'abord ; tout le monde le regarde, 1'admire. Mais helas! il arrivait a peine dans la banlieue, que deux homraes, habilles de noir corarae des huissiers, 1'interpellent : He, 1'ami, lui crient-ils, arretez-vous un peu, ce cheval ne vous appartient pas. C'est vrai, reprend Simplicius stupel'ail, il ne ra 'appartient 'pas, mais je 1'ai loue. Bien, bien, reprenncnt les hommes noirs, nous le savons, mais nous devons le saisir d'apres un jugement, avec tout le mobilier de son maitre, pour payer les creanciers. A ces mots, les voleurs s'enfuient avec le cheval. Tout penaud e/ maugreant, notre fashionable revient a pied, et rap porte 1'affaire au maitre du cheval. Celui-ci, stupefait< s'emporte, et exige de Simplicius le prix du cheval.
D. l re . Simplicius doit-il payer, avant le jugement, la leur du cheval ?
R. Que .decider au sujet de notre fashionable? Le condamnerons-nous a payer le cheval? Ne nous pressons pas de trancher la question. Vous voyez ee malheureux deja assez puni par sa mer-avenlure. Un jeune homme sans experience, trompe par tant de fourberie, ne vous parait-il pas meriter plutot notre pitie qu'une condamnatipn? Mais 1'acquitterez-vous? Vous entendez le maitre indigne se recrier, seplaindre, vociferer, et protester contre votre sentence. II y a done un grave proces a debaltre. Que fera Themis, qui tient la balance egale? Qui favorisera-t-elle ? Et vous, que decidez-vous?
Voici : si vous m'en croyez, avant toute sentence du juge, il fautpardonner a Simplicius. Vous vous en etonnez, cherchant ou est la justice dans cette solution. Ecoutez un peu ; la solution decoule d'elle-meme dea
as.
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240 LA MORALE DBS JfiSDITES.
principes. Car on ne peut contraindre a une reparation, en conscience, qu'en presence d'une faute thtfologique et grave dans une matiere grave. Or, qui accusera Siraplicius d'une faute theologique grave ? Personne, assurement; done il a gagne sa cause. Mais, direz : vou^, c'estun sot, car il a agi sottement. Done, s'il est sot, il n'a pas peche gravement et n'est pas tenu de reparer le mal. Mais, direz-vous, il aurait du faire attention a la fourberie des voleurs ; done il est coupable. II 1'aurait du, c'est vrai, s'il y eut songe, et s'il cut soupQonne jusqu'a un certain point la ruse ; or, c'est contraire a 1'hypotheso. Done il faut acquitler notre Simplicius : du moins, selon 1'opinion la plus probable.
CAS XII
Un lievre poor un sou
Gorgias, paysan, rencontre deux soldats sur sa route, et leur propose de leur vendre un lievre qu'il vient de tuer. Pour plaisanter, les soldats font semblant de vouloir acheter une si belle piece. Aussitot ils montrent au chasseur un sou tout neuf, brillant comme un louis. Celui-ci, trompe par 1'apparcnce, pensant que c'est un iouis, allait leur rendre le surplus de la valeur, Gardez tout, raon ami, disent les soldats. Le paysan, sautant de joie, s'en va aussitot, s'echappe, se sauve. He, la-bas, he, venez, venez, crient les soldats de toute la force de leurs poumons. Mais 1'autre fait la sourde oreillc ; plus il entend crier fort, plus il court vite, et ils ne peuvent 1'arreter, ni I'atteindrc par aucun mo yen. Mais que faire du lievre? La difficulte est facile a resoudre; onle mangera, pour qu'il ne sCit pas perdu. II etait a peine digere, que le malheureux