II. DE LA KOCHETTE, ironiquement. Au contraire
M. PAUL BERT... maisj'enredoutais, jel'avoue, les consequences.
Je me suis explique sur ce point a la tribune de TAssemblee nationale, et je vous demande la permission de rappeler 1'hypothese que j'indiquais alors.
Je disais, parlant d'abord du regime du monopole : void deux enfanls qui naissent dans le meme village, fils de deux amis ; ils iront ensemble al'ecoledu village, de la au college communal ou aulycee, de la a la faculle d'Etat. 11s se retrouveront sur les memes banes, suivront le meme enseignement; ils neserontpascoules danslememe moule, comme on 1'a dit, ils ne seront pas les effigies d'une meme empreinte, et nos dissensions a nous qui avons etc eleves dans ces conditions en sont la preuve suffisante, mais du moins ils auront appris a seconnailre, a s'aimer;
Panni leurs professeurs, parmi leurs condisciples plus avances en age, ils auronl rencontre 1'expression de sentiments, d'opinions, de doctrines differentes ; ils les auront comparees avec celles qui leur etaient directement enseignees dans le sein de la famille; et aloi's ils se seront fait une doctrine a eux, une conviction a eux, qui pourra elre une erreur, mais qui au moins sera impregnee de cat esprit de tolerance qui est le fruit dela conlradiclion sincere., (Exclamations a droile.)
Voila la consequence du monopole. II avail des inconvenients, je 1'ai dit, mais vous voyez qu'il avail aussi son utiiile et.sa grandeur.
Et maintenant, daiis 1'etat actuel des choses, que va-t-il, ou que peut-il arriver? L'un de cesenfants suit cette evolution dontje
viens de jarler; il va a 1'ecole la'ique, au lycee d'Etat, a la faculte d'Etat ; et sur son chemin il rcgoit cette instruction a laquelle je Faisals allusion, cette education toule impregnee de tolerance... (Rires a droile.)
Oia, messieurs, c'est piecisement parce qu'elle est toute impregnee de tolerance, parce qu'elle est ennemie de tous les fanatismes, que les fanatiques onl pretendu qu'elle timenait 1'affaisssrnent des caracteres.
L'aulre enfant ira a 1'ecole congreganiste, au college des jesuites, enfin, a la faculte catholique, sans 1 plus revoir son camarade avant delongues annees. Et quelle espece d'enseignement aura-l-il rec.u? Je ne parle pas de 1'enseignement scientifique; cela interesse peu la Chambre, bien quo je ne puisse m'empecher de me rappeler cette maxime dont 1'esprit aura domine toute son educalion, cette maximed'uncelebreet eloquent docteurqui, s'il \ivait aujoiird'hui, defendrait les universites catholiques, Joseph de Maistre : L'ignorance vaut mieux que la science, car la science vient des hommes et 1'ignorance vient de Dieu. (Rires et applaudissements a gauche el au centre.) -^
M. DELA BILIAIS. II ne raeltaitpas cette maxime en pratique! (Exclamations a gauche.)
M. PAUL BERT. ; Oh ! monsieur, ce sont des maximes qu'on met en pratique sur les autres, sur ceux qu'on veut dominer et dont on veut laire des instruments de pouvoir. (Nouveaux applaudissements a gauche et au centre.)
M. DE LA BASSETIERE. Gitez-nous les paroles de Voltaire qui ne voulait pour le peuple que 1'aiguillon, un joug et du foin !