‹ La morale des Jésuites [microform]Chapitre 320 sur 344 · IE PRESIDENT. N'interrompez pas · texte numérisé non relu

IE PRESIDENT. N'interrompez pas

M. PAUL BERT. Messieurs, si vous ne voulez pas que je vous cite de Maistre, je vous raconterai des fails dont j'ai ete temoin, et je \ous parlerai de ces eleves se presentant au Laccalaureat et mettant dans leur ehcrier quelques gouttes d'eau de Lourdes afin d'etre re^us. (Double salve d'applaudissements a gauche. Protestations a droite.)

M. BOURGEOIS. Et le professeur ne sera peut-etre pas assez savant pour en faire Panalyse chimique !

M. PADL BERT. L'enseignement moral, nous e* parlerons a I'article 7, quand nous le discuterons specialement, etnousverrons si-la casuistique moderne a suffisamment repousse les repngnantes maximes de Sanchez et de Liguori !... (Vives reclamations a droite.)

Vous verrez si le mot est excessif ; comme je n'en donne pas la preuvo aiuo^N't 11! . ie-lo rtirei3i, si TOUS voulez: mais quand i'en

viendrai a 1'expliquer, vous me demanderez vous-memes de le retatablir. (Tres bien ! a gauche.)

Voila pour -In science,, voila pour la morale; mais nous sommes une assemblee politique ; voyons ce que Penfant aura appris atr point de vue politique. .

II aura appris que I'figlise doit etre maitresse seuverame et dominer de haul les gouvecnetnents la'iques,. qui n'on^que des devoirs' envers ellc, alors qu'elle a tous les droits, car elle est reine ou elle n'est vien, comine disaitM. de Montalerabert.

Et pour peu qu'il ait etc a Pecole de droit de Lyon, il aura appris que, meme dans les questions de simple utiliie sociale, le Gouvernement ne peut rien faire s'il n'a pas Passentiment de PEijlise.

II aura appris que la loi, telle- que la Revolution nous la fait pratiquer, est. une seduction satanique, plus dangereuse que toutes *.es violences.

II aura appris c& sonc ae> ,n-oies sacrees qu'il y a anatlieme centre quiconque pretend qu'il appartient au pouvoir civil de determiner quels sont les droits de Vjiglise et dans quelles limites elle peul les exercer,

E aura appris de la boucbe de Gregoire XVI que la liberte de conscience est un delire : delir amentum.

II aura appris, de la bouche du dernier pape, que le suffrage universel est un mensonge universe! ; que c'est un delire de pretendre que les citoyens ont droiLa la liberte de manifester leur opinion 1 ; U aura appris, en un mot, a mepriser, et de la a les hai'r, il ' n'y a qu'un pas, tous les principes sur lesquels repose notre dtat social, notre etat politique. Et bien heureux s'il n'a- pas ete eleve, par exemple, dans le diocese de Toulouse et si Ton ne 1'apas enregimente dans la milice sacree, dans la milice papale, si on ne lui a pas (lit, dans des ordres du jour enflammes, que 1'heure est venue, que la trompette a sonne, que le drapcau est deploye, et qu'il est temps pour les nouveaux-MaechabeeS' de tirer Tepee et de marcher au trioinphe ou au; mar tyre.

Eh bien, je vous le demande,lorsque celui qui aura subi cef en^seignemeut cetiouvera- son camaradev de quet- ceil le regardera>-t-il? Quelle preparation aurez-vous faite pour la paix publique ?' J'e vous le disais, et j,e vous le repete, voiis aurez prepare to guerre civile dans les-e&prit&! (Vifs-applaudissementsa gauche eta'u centre.) v0u& aurez pri'pare la guerre civile dans les esprits! Fasse h sentiment national et le bon sens public- Pempecbent d^ kia !-. (Tres : bien ! Trcs bien ; ! a gaucte.)

Mais, on nous-dit : c'est la efirm'(ju/nce da la^libcrle !...

mSGOURS BE M. PAUL BMT ;{21 ;JUIN 1879). 593

M. DE BAITORST D'ASSOU.. Mais ttv;aici 'deux tninistres qui ont

e file vesichez les jesuites !

M. BOOKGEOIS- Geux qui viennent de TTOU? applaudir meltent leurs His chez les jesuites I Us sont bien inconsequents 1 !

M. LE ^ivfisioESi. Yeuillez ne ;pas interrompre !

M. PAUL BERT, ~ Je wous demande, messieurs, si les 'citations gue je vous ai faites tout a 1'heure, lemanaot de touches autorisees et parfois de bouches sacrees, n'ont plus cours dans 1-enseignement des congregations. Je vous demande :s'il n'est pas vrai, le mot d'un hpmine que je regrette deoe plus voir ici, car il n'etait pas de ceax qui dissimulent leur pen8ee,i'honorable comte Mbert de Muu...

A droite. Vous n'en avez pas voulu i Vousl'avezinvalide!

JM. PAUL BERT. Je 1'ai invalide, om, par les 'necessites de la justice, mais avec-un profondregi'et, carsoriicaractereetson talent honoraient celte Chambr. (Tres bien! Ires bien ! 'sur plusieurs banes a gauche.)

Eh bien, vous avez ce qu'il (disait a eHe1rrbune^ vous vous rappelez cette parole qui a ete recueillie, publiee dans les enseignenients donnes dans les facultes ^atholiqtres, notamment a la .faculte de Lyon: ll ne vous st pas possible a vous, Gouvernement, de dire ou commence t ouunit l'glise satholique, 'Son autorite s'^lend sur tout.

Mais on nous dit : ce sont la les consequences de la liberte. Je ne le crois pas ; je crois qu'on pouvait faire la liberte dans d'autres conditions; je crois qu'on pouvait -organiser la liberte meme dans les etablissements ide 1'Etat.

Je 1'avais revee totite.autre. J'avaisreve la liberte en plein sdleu, en pi cine lumiere, en pleine contradiction; j'avais pense que nous pourrions rouvrir les grandes oniversites dans lesquelles toutes les doctrines auraient etc enseignees, toutes les theories, toutes 'les opinions se.seraient fait jour. Jeitfavais pas peur de Ja contradiction ; un de mes ihonorables collegues me le disail hier encore : vous ne seriez pas digne 'du Bom d'homme de science, si vous craigniez la Contradiction. Jen'enai pas peur, maisa une condition, je le repete : c'est que la contradiction se fasse a armes egales, en pleine lumiere, en plenvsoleil. (Applaudissements a gauche).

M. AMSBOK-DDPERRON. fine failait pas exclure vos adversaires !

M. PAUL BERT. Ge n'eet pas da ce qn'on a voulu; on a voulu tenir les esprils en chartre privee ; on a monle la garde autour d'eux ; on a voulu qataucune contradiction ne parvmt jusqu'a eux, parce que c'etait le meilleur moyen d'etre sur de se preparer des homines pour les,eventualites de ravenir. 0fres ! bien'! . a jTUfilie.' 1

594 tA. MORALE DBS JESUITES.

On ne s'en est pas extremetnent cache, je ne dis pas dans let asssmblees poliliqucs ou Ton esl plus prudent, mais dans certains livres ou on dit: Notre devoir a tous est de profiler des pauvres libertes elranglees que nous avons encore pour preparer un noyau de generations chretiennes fortement trempees dans la foi, ardentes pour la cause de 1'Eglise, intelligentes de la yraie liberte, afin que 1'avenir, du moins, soil meilleur que le present et qu'un beau prinlemps succede a notre interminable hiver I (Tres bien ! a droite) Helas ! pauvres enfants ! pauvre jeunesse ! que d'ames pcrdues par la fausse liberte d'enseignement ! (Tres bien ! a droite.)

M. DE LA BILUIS. Nous avons besoin de songer a 1'avenir pour nous consoler du present.

M. PADL BERT. Voila ce qu'on a voulu et ce qui pent se resumer en un mot : On s'est mis a 1'abri derriere la liberte afin de preparer la servitude. (Tres bien ! tres bien! a gauche et au centre.)

Je vous demande a vous, assembles politique, si, lorsquede pa- reilles doctrines sont enseignees, si, lorsqu'elles sont enseignees a huis-clos, YOUS pouvez vous desinteresser a ce point de desarmer 1'Etat de ce pauvre et insuffisant droit qu'il aura de s'enquerir en interrogeant les eleves, si ces doctrines ne les ont pas empeches d'acquerir au moins des connaissances positives .

Je demande si, lorsque cerlains horames ont refuse de se soumettre aux lois de 1'Etat, de lui apporter leurs staluts pour obtenir son aulorisation...

Vo ix a droite. On ne les leur a pas demandes !

M. PAUL BEBT. Vous vous figurez done que c'est au Gouvernement a demander les statuts d'une societe secrete? Mais voila une elrange doctrine !

Esl-cc que vous pouvez contester au Guovernemeat e droit de refuser a ceux qui veulent enseigner la jeunesse la possibilite de faire ce que j'ai indique tout. a 1'heure? (Murmures a droite.)

Ce que vous voulez, c'est un Gouvernement sourd, un Gouvernement impuissant, un Gouvernement incapable, c'est le nihilisme gouvernemental, c'est 1'abdication gouvernementale. (Exclamations a droite.)

Eh bien, nous ne souscrirons pas a cette abdication, et tant qu'il rous restera un souffle nous combattrons pour que la nation soit souveraine chez elle et ne receive d'ordres de personne ! (Interrupt tions a droite.)

M. DE BAUDRY-D'ASSON. Vous ne serez pas seul a combatlre, monsieur Paul Bert, je vous en reponds; il y a une France calholique derriere vous, ne 1'oubliez j^i? '

M. PAEL BERT. Ces messieurs reclament, je crois, un hommage que je suis tout dispose a leur rendre. Je sais bien que lorsque le tocsin a sonne aux frontieres, lorsque le pied de 1'ennemi a foule le sol de la pa trie, vous vous etes Irouves la...

Voix a droite. Oui ! oui !

M. PAUL BERT. .... et si je 1'avais oublie, vous 1'avez asscz souvent repete pour qu'on se le rappelle. (Tres bien ! tres bien ! & gauche.)

K. VIETTE. II n'y a pas qu'eux qui ont defendu la palrie! Tout le monde a pris part & celte defense.

M. PAUL BERT. Mais il n'y a pas que vous qui 1'ayez fait, et cela ne signifie rien pour le passe, sinon peul-etre que votre liberle d'enseigneinent.a'a pas encore porte tous ses Iruits. (Tres bien ! a gauche.) ~

Je crois avoir demontre que vous devez restituer a 1'Etat une prerogative qui lui appartient, et dont le retour n'excitera pas meme uae surprise legilime; je crois avoir demonlre qu'ily a des doctrines dangereuses, que tons avez le droit d'empecher ceux qui les prechent, et qui ne se sont pas mis en regie avec 1'IStat, de les inculquer a la jeunesse nationale. G'est la toute la these de laloi,

Maintenant, avant de descendre de celte tribune, voulez-vous me permettre, je ne dis pas un conseil, vous ne le supporleriez pas, mais une sorte d'avertissement? Get averlissement, je me suis permis de le donner lors de la discussion de la loi presentee par 1'honorable M. Waddington ; il n'a pas ete ecoule. J'ai dit alors a beaucoup d'enlre ses adversaires qu'ils feraient sagement d'accepter celte loi.

Si e!le est acceptee, leur disais-je, on pourra la considerer comme une transaction.

II. DE BAODRY-D'ASSON. Nous ne voulons pas de transaction! (Exclamations a gauche et au centre.)

M. PAUL BERT. Ce n'est pas a vous que je veux donner des conseils, monsieur dc Baudry-d'Asson.

M. DE BADDUY-D'ASSON. Vous ferez bien, parce que je ne les accepterais pas.

M. LE PRESIDENT. Alors n'interrompez pas! (Tress bien! a gauche.)

M. PADL BERT. Si elle est votee, disais-je alors, cette loi constituera une sorte de terrain transaclionnel duquel il sera difficile de sortir, et ce que vous appelez la liberle de 1'enseigneraen superieur se trouvera singulierement protege par cette loi volee pat

596 LA MORALE DES JfiSUITES. ,

des Chambres republicaines. Si vous la repoussez, votre triompLe ne durera pas longtemps. Bientot des elections nouvelles vont venir ; bientot des elections senatoriales vont retablir 1'harmonie entre les deux Chainbres, et celte fois-ci il ne s'agira peut-elre pas seulement de cetle disposition si modeste de la collation des grades : vous pouvez perdre beaucoup pour n'avoir pas su abandonner un peu.

Vn membre a droite. Nous pouvons aussi gagner beauwup. .

M. PAUL BERT. On ne m'a pas ecoute. On ne m'ecoutera pas davantage, si je repete a peu pres dans les memes termes le memo avertissement.

Messieurs, la loi qui vous est soumise peut se resumer par cette fbrmule donnee par 1'illustre Leibnitz : La liberte n'est pas due a ceux qui ne veulent s'en servir que pour enseigner a lia'ir et a renverser loutes les libcrtes. (Tres bien ! a gauche et au centre.)

Yoila le sens du projet de loi aotuel.

Et je vous dis maintenant : Prenez garde ! car si le projet de lov elait repousse, si 1'infolerance des secies, si les menees jesiiiliqises et ullramontaines conlinuaient a surexcitcr le sentiment public, 51 pourrait arriver quelque jour, dans une autre enceinte peut-elre, que des hommes plus audacieux a coup sur, moins prudents sans doute, moins sages, je penche a le croire....

M. BOURGEOIS. Plus logiques !

M. PAUL BERT. Mais plus logiques, comme on me le suggere, demandassent qu'on traduise en langage legislatif et adminislratif la fin de la formule du grand pVdlosophe : La tolerance elle-meme n'esl pas due aux intolerants. (Applaudissements repeles a gauche et au centre. L'orateur, en retournanl a sa place, est felicile par un grand nombre de sea collegues.) "

DISCOURS

Prononce dans la Seance du 5 juillet 1879

Discussion <le 1'ArticIc 9 *

Messieurs,

J'ai e"te appele a la triutrae par un moi <re 1'honorable orateur" qui vient d'en descendre a 1'inslant. II a dit tout a 1'heure qu'on n'oserait pas revenir sur cette serie de mensonges c'est son expression qui, depuis plusieurs siecles, sont entasses autour dc 1'histoire des jesuites.

M. KELLER. Ce mot ne vous est pas personnel,

A gauche. Nous Fesperons bien !

M. PAUL BERT. II ne m'est jamais venu a Tesprit qu'un te) mot put m'elfe personnel.

A. gauche el au centre. Tres bien ! tres bien !

M. PAOL BERT. Si j'ai ete appele a cette tribune par une expression qui depasse quelque peu leg limiles du langage parlementaire, je trornperais la Chambre et j'essayerais en vain de le' faire, car elle ne s'y laisserait pas prendre si je lui disais que mott tJitervention est absolument impromptue et imprevue. (L'orateur raonti'e une liasse de livres et de documents. Rires approbalifs a gauche et au centre.) Non : je viens accomplir "ici un engagement qae j'ai pris en pronongant un premier discours au djbut de la discussion du projet de loi qui nous occupe.

J'ai dit que, dans Particle 7, la libeiie de 1'enseignemenl n'etait pas en jeu....

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