‹ La morale des Jésuites [microform]Chapitre 322 sur 344 · LA MU1ULE J)ES J SUITES · texte numérisé non relu

LA MU1ULE J)ES J SUITES

Aussi, la ou ils ont ete raaitres absolus, dans la Sud-Amerique, qu'ont-ils fait? Us se sont bien gardes d'aller chercher un roi ! Ils ont fonde des republiques.

De merae ils accepteront tres volontiers la Republique franeaise, mais sous cette condition, de s'en emparer, et d'en faire la servante de 1'figlise catholique.

Comment y parvenir ? II n'est plus jci question de roi, el un confesseur n'y suffirait pas. G'est la nation qui est souveraine. c'est d'elle qu'il se faut emparer. Ce sont les cla'sses bourgeoises qui la dirigent; il faut mettre la main sur ellec. Etalors ils ont deploye leurs merveilleuses et habituelles ressources.

Us se sont dit que le monde va au plus fort, ou du moins a celui qui parait elre le plus fort, et qui le dit hautement. Et alors, a 1'abri de mille causes diverses avec la complicite secrete des gou- Yernemenls, qui se sont bien trompes en ces matieres, qui ont cru se servir desjesuites, quand au contraire c'etaient les jesuites qui se servaient et se raillaient d'eux, profitant de la complicite des gouvernements, de la peur de la bourgeoisie a la suite de'nos guerres de rues, de reffarement des ames apres les grands desastres de la patrie, de 1'appui du clerge rallie aulour d'eux, et qui leur apportaitle secoursde sa puissance, de sonautorite, du budget meme des cultes et des inepuisables ressources qu'il sait si bien trouver chez les fideles ; profitant de tous ces moyens, de toutes ces circonstances, ils ont constitue le parti clerical. .

Notez que je n'ai garde de dire le parti catholique.

Car la distinction est importante. Les catholiques sont des citoyens qui ne demandent a la societe civile que de les'proteger dans le libre exercice de leur foi (C'est cela!) ; le parti clerical demande a la societe civile de se soumettre aux dogmes du catholicisine. (Applaud^ssements a gauche et au centre.) C'est bien different.

Ils ont aonc consntufe ie parti clerical. Ce parti, il est partout et il n'estnulle part ; c'est la fee, dont parlait 1'houorable M. Keller, et qu'on rencontre partout sans pouvoir la saisir nulle part. II est dans l'adminislration, dans la magistrature, dans 1'armee, dans la vie civile, dans toutes les branches de 1'activite humaine, a tous les degres de la hierarchic sociale. Ce parti constitue une masse a la fois dispersee quant aux individus, agglomeree quant aux interets, et toute-puissante ; pourquoi ? Parce que ses differents membres s'entr'aident, s'appuient, se soutiennent, se defcndent, sepoussent, pour prcndre une expression vulgaire ; parce qu'on a fait croire a la bourgeoisie frangaise que pour avancer dans les, diverges branches

mSCOURS D& M. P. BERT (5 JtllLLEf 1879). 633

de Padministration... (Tresbien ! C'estcela !)... que pour obtenir les grades eleves dans Tarnaee, pour briller aux premiers rangs de la inagistrature ou de la diplomatic, que pour trouver comme medecin ou comme avocat des ses debuts une clientele toute faite , que, dans le commerce inetue, pour avoir une maison bSnile, coinmanditee, achalandee... (Applaudisseuients a gauche etau centre)... il suffisait de s'infeoder au parti clerical, de lui temoigner respect, aide et affection. Et de ces mevites nouveaux, la societe de Jesus est seul juge.

Voila ce qu'on a persuade a la bourgeoisie franchise; et quand on le lui cut bien persuade, il s'est tfouve que c'etait la verite. (Applaudissements).

Et Ton a pu esperer ainsi qu'on la possedait definitiveraent, et avec'elle le pouvoir.

Cependant, ces triomphes-la ne pouvaient suffire a la compagnie de Jesus. II cut ete imprudent de s'endormir en se con fi ant a de pareilles troupes. Des hommes qui ne sont rallies que par interet, ne meritent pas qu'on soil sur d'eux. Qui sail? si le pole vers lequel ils s'orientent venait a changer, sans doute, en boussoies fideles, ils le suivraient et changeraient aussi !

Apres la p jssession de ceux qui combattent par et pour 1'interet, il fullait la possession de ceux qui combattent par et pour la foi ; pour les former, il faut s'adresser non a des hommes faits, mais a des enfants. Pour cela, il fallait s'emparer de 1'education de la jeunesse ; je rentre ici, messieurs, dans mon sujet, pour en finir bientot.

M. tE COMTE !>K MAILLE. Oui , vbus entrez dans le sujet ! (Rumeurs a gauche.)

M. PAUL BERT. Oui, les je'siiites ont alors decide de s'emparer de 1'education de la jeubesse, pafce que ce n'est qu'en prenant 1'enfant tout petit, qu'en le tenant des ses plus jeunes annees en chartre privee, qu'on peut Timpregner de sentiments durables. Alors settlement ils poiiVaient etre sftrs qii'il ne leur echapperait pns et qu'ils le conserveraient infeode^ fanatise* inattaquable aux mauvaises tentations.

Aussi qu'bnt-ils fait ? Avec une sagacite admirable, le premier jouC ou le parti clerical est devenu maitre dans ufte assemblee, en 1^50, il a demande la libevte de Tenseignement primaire et de Fenseignement secondaire.

Le second jour, vingt ans apres, quand il est detenu maitre encore dans TAssemblee de 1871, il a complete son oauvre parlaliberte de rcnseigncmcnt su^'cricur. Et ainsi, a tous les degres, il s'est

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prepare des soldats, les veritables soldats de I'armee de Loyola ! Tres bien ! Ires bien !)

. Vcila ce qui constilue pour moi le danger ; c'est sur ce terrain |u'il faut combaltre, sans treve ni repos. Ce que la France redoute, ce qu'elle repousse, c'est celte impregnation des espiits des jeunes generations par 1'esprit de la societe de Jesus, qui cst la domination du monde civil par lemonde spirituel. Car s'ils parrenaient alors a s'emparer du pouvoir, e'en serait fait de la liberte publique, e'en erait fait de ce que nous avons de plus cher.

Voila le peril.

C'est pour 1'ecarter que le ministre de 1'instruction publique nous . a presente son projet de loi, et que la Chambre le volera a une immense majorite.

On a parle de politique. Non, n'ayez pas peur. Ce n'est pas sur le terrain politique, dans le sens etroit du mot, qu'il faut poser la question.

Les jesuites, le parti clerical, qui est leur expression, leur moyen d'action, les jesuites ont commis une faute politique, qu'ils me permettent de le dire avec toule la reverence que je doisa leur habilete. (Sourires.)... Us se sont malheureusement pour eux, attaches a un parti dont le nom est pen populaire, vous etes bien obliges de 1'avouer, et je puis meme dire sans vous froisser, qui souleve un peu, c'est un prejuge peut-elre, les coleres populaires, les coleres du suffrage universel.

Ils ont commis cette supreme maladresse. Ce parti a sombre. Le danger n'est plus de ce cole ; le danger est du cote de 1'avenir ; le danger, c'est de les voir devenir republicans. (Applaudissements a gauche et au centre.)

Le danger du cote de 1'avenir, c'est de les voir denoncer une alliance dangereuse, rompre avec la vieille monarchie, et se debarrasser de . cet ancien regime qui leur servait de marque, de signe, aux yeux des populations.

Mais, messieurs, il nous suffira d 1 avoir demasque a 1'avance ces menees, de les avoir signalees a 1'avance ? la genereuse et sage population frangaise. Nous pouvons etre Iranquilles; jamais dans un j pays comme le noire, jamais dans cette France dont le nom est synonyme de franchise, non, jamais les jesuites no regneront ! (Applaudissements repeles. L'orateur, en regagnant sa place, est entourc de ses collegues qui lui adressenl de vives felicitations et 1'accueillent par de nouvelles salves d'applaudissements^.

DISCOURS

Prononce dans la seance du 7 juillet 1879

Suite de la discussion de 1' Article 9

M. PAUL BERT. Je demande la parole pour un fait perspnnj

M LE PRESIDENT. La parole est a M. Paul Bert pour un fait personnel.. , -

M. PAUL BERT. Messieurs, j'ai demande la parole pour un fait personnel. Mon nom, en effet, a ete bien souvent prononce depuis le commencement de cetle seance, et il parait que j'apporie a cette tribune la figure et 1'aspect d'un homme ecrase.

Messieurs, on a dit que les citations que j'avais failes elaient inexactes.

Un membre a droite.' Tronquees.

M. PAUL BERT. Oui, tronquees. On m'a presente comme un calomniateur, et, je dois le dire, a cote d'un certain Pascal, mathematicien et philosophe assez connu... (Sourires a gauche et au centre)... j'ai ete clone au pilori de 1'histoire par la parole vengeresse de M. de La Bassetiere. (Hilarite sur les memes banes.)

Je pourrais, messieurs, m'en consoler, a la condition cependant que les prctendues refutations eussent ete des refutations et qu'on cut fait autre chose que d'apporter ici des indications v agues.

Qu'a-t-on fait? J'ai cite deux especes de textes: les 'textes anciens recueillis par 1'ordre du Parlemcnt de Paris en 1762, collationnes par les commissaires sur les textes eux-memes, comme le dit Tarret. (Rumeurs a droite.)

Messieurs, vous etes tres susceptibles sur le respect du a la magistralure, et vous avez raison ; mais respectez d'abord votre propre magistrature, votre antique parlement.

M. LOBIS LE PROVOST DE LAUNAY (Cotes- du-Nord). Que vous avei guillotin4 ensuite.

M. PAUL BERT. Je n'ai jamais guillotine personne, vous le savez bien. (Rires a gauche.)

II. Louis LE PROVOST DE LAUNAY (Cotcs-du-Nord) . Que des republicains comme vous ont guillotine, si vous aimez mieux !

M. PAUL BERT. Messieurs, personne n'a pu ineltre en doute 1'exactitude du texte ; or, c'est ce qu'il aurail fallu faire.

Un membre a droite. On n'a pas dit texles inexacts ; on a dit texles tronques .

M. PAUL BERT. On ne peut a la tribune lire tout un ouvrage, un gros volume, comme 1'arret du Parlement.

M. GRASIER DE CASSAGNAC. Vous avez cite tres exactement le volume, c est incontestable. Maintenant, que vaut ce volume ? Voila la que Uion.

M. PAUL I^ERT. Cela est logique, et I'observation est exacte. Mais, je vous le repete, ce n'est pas a moi a faire I'oeuvre de M. de La Basso.tiere. Pour preuve de son dire, il aurait du apporter ici les livres originaux eux-memes, et montrer que les exlraits faits par les con.missaires du Parlement sont tronques, inexacts.

'C'est bien la ce qu'il aurait fallci faire ; or, jusqu'a ce que vous ayez prouve le contraire, j'ai bien le droit de dire que ce qui a ete" presente au Parlement, que ce qui A eie couvert de Taulorite du Parlement de Paris, est bien 1'expression de la verile, et fait preuve de mes allegations.

M. DE BAIJDRY-D'ASSON. II y a sept cent cinquante-huit falsifications.

M. PAUL BERT. Trouvez-en une et appol % tez-la, c'est assez.

M. DE BAUDRY-D'ASSON. Je me charge de vous les appofter.

M. PAUL BERT. - Je passe a un autre ordrfi d'ouvrages, aux ouvrages plus recents que j'ai cites. Les a-t-on mis en doute? Et Inexactitude de mes citations, l'a-t-on contestee? Certes, dies sont (ronquees, comme vois dites, car je n'ai pas voiilu lire des volumes entiers: mais niez-vous leur exactitude? Non, personne ne 1'a fait, et personne ne le fera ! Par consequent, j'ai le droit de dire que j'ai (lit la verite !

J'ai cite un M. Moullet qui n'est pas jesuite, parait-il ; mais je puis bien dire qu'il rnerite de 1'elre, caf il A professe la morale chei les jesuites a Kribourg pendant plusteurs annees, et sa doctrine doit bien elre la doctrine des jesuites. Le livre qu'il a publie en 1845 ou 1846 est couvert "par 1'approbation de 1'eveque de Lau^sanne.

Ne trouvee-vous pas que ma citation est bonne ? Passons k autre chose. (Applaudissements a gauche.)

DISCOURS Dl M. P. BERf (7 JUILLET 1879). 63?

Quant a I'abb6 Marolle, la cause est etitetidue^ je crois * !

Voix nombreuses au centre et a gauche. Oui ! oui !

M. PAUI, BERT. . On a parle d'uncettain Baudran qui, a-t-on dit, merite le litre d'abbe. Je n'en savais rien, le livre que j'ai cite ne le lui donnait. pas.

Ce que j'ai dit et ce qu'on n'apu nier, c'est que M. Baudran, dans ce livre absolument abject, etait couvert par 1'approbation de M. I'eve'que de Limoges. Voila ce qii'on n'a pu nier, et voila ce qui est interessant pour la cause.

II y a encore une chose qu'on a relevee. J'ai meme trouve k rOfficiel une interruption que je n'avais pas entendue ; mais cela ne m'etonne pas, malgr<e ['attention que j'y porte d'habitude. (Sourifes.) On a dit que'-le vicaire de Nancy, dont j'avais parle, qui avail dicte ces obscenites odieuses, dont j'ai la le texte, mais que je n'ai pas ose lire, dans une ecole superieure de jeunes filles, etait un fou. Cela esl bientot dit; il faudrait le prouver. Ce qui esl certain, c'esl qUe, pendant plusieurs mois, ledit vicaire a enseigne ces obscenites, dicte ces cahiers ; que I'institulrice a fait des reclamations au cure, t qu'elles sonl restees sans effet. Ce qui cst certain, c'est qu'au bout de plusieurs mois, la session du Conseil general ayanteu lieu, 1'affaireyaeteportee, et qu'en presence du scandale produit, on a non pas interdit le vicaire, on 1'a renvoye de cette ecole... Oil? Nous n'en savonsrien, car il estbien difficile a 51; le Ministre de la jus-^ tice lui-meme de savoir exactement ce que deviennent les vicaires et les instituteurs congreganistes en conge pour cause de mefait. (Rires et applaudissements a gauche et au centre.)

Quant aux citations, je ne veux pas les accumuler indefiniment. II y a cependant quelques points, dans la longue serie des cas de conscience qne j'ai fait defiler devanl vous, qui avaient ete oublics paries casuistes que j'ai cites, et qui ont etetrissoigneusementreso*lus par des casuistes plus recents. II ne s'agit pas ici, comme on me 1'a reproche pour le P. Humbert, d'un auteur mort en 1771 mais reimprime en 1840; il s'agit deprincipes professes en plein drt-aeuvieme siecle, nolamment pat le R. P. Gufy. Peut-etre trouvera-tr-on encore que j'ai tort de dire le reverend pere ? Tout ce qile je sais, c'est que c'est un professeur du college de Rome, et que son Compendium theologies moralis a ete public en 1868, avec beaucoup d'approbations d'eveques.

Je pense qu'il est bien dans les saines doclrines, car sans cela leg foudres papales n'elaitmt pas loin pour le frapper.

1. M. Albert Joly venait de citer a la Chambre toute une serie de nouveaux exlraits de cet atTreux Petit caUchisme de Slarolte.

38 Li MORALE DBS JfiSUlTES.

Je vais faire trois citations de lui. r "

A gauche. Kn lalin?

M. PAUL BERT. Les clercs sont-ils terms d'obeir aux lois ? Reponse: Certainement non, lorsqu'elles sont contraires aux iramuniles ecclesiastiques *.-

Voila pour la polilique. G'est tres simple, c'est une bonne formule generale.

Maintenant, voyons quelques cas particuliers. Si M. le ministre des finances elait la, je ne sais pas de quel oeil il verrait les consultations suivantes :

a,Peche-t-on et est-on tenu a restitution quand on importe des marehandises probibees? Reponse: Quant a la restitution, la reponse est certainemenl negative, car on n'a blesse le droit strict de personne.

Mais voici des choses plus serieuses et qui touchent M. le ministre de la justice, que je vois a son bane.

Une d'abord, qui louche tout le monde, au point de vue de I'-honnetele generale :

Celui-la n'est pas oblige d'obeir a son serment, qui apromis le mariage a une jeune fille riche, de bonne sante .et de bonne reputation, si elle tombe dans la pauvrete, ou dans la maladie, ou dans le vice, parce qu'alors c'est une promesse simple qui n'oblige pas. (Exclamations et rires prolonged a gaucbe.)

La compensation secrete ! La compensation, j'en ai cite des exemples de casuistes relativement vieux, datant d'une centaine d'annees. J'ai montre que Tabbe Marotte en avail absolument epouse et reproduit tontes les doctrines. Mais 1'honorable M. de La Rochefoucault, due de Bisaccia, a dit : L'abbe Marotle, cela ne nous regarde pas, ce n'est pas un jesuite, el il s'agit ici des jesuites. II n'est done pas mauvais de demontrer que. les jesuites modernes sont exaclement dans le meme sentiment qu'autrefois. Voici une compensation secrete qui est faite non seulement pour une dette, mais pour une condemnation en justice.

J'abrege la citation, qui esl fort longue, elle est a la page 35 des Cos de conscience, de (Jury ; vous pourrez conlrdler le texte :

Tityre, pasteur de brebis, a ete condamne par le tribunal a 1'amende et a des dommages-inlerets pour avoir commis certains degats dans un champ avec son troupeau ; mais il juge, ce pasteur malheureux, que la sentence est iniquo.

Le casuiste se demande si Tityre peut se compenser des dom-

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