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La ligne est le principe essentiel, la condition palpable de l’existence de la matière.

On peut par abstraction ne concevoir que la masse : matière difforme, alinéaire, mais si l’on conçoit la durée, la vie, le mouvement, on doit limiter les plans, c’est-à-dire concevoir la ligne.

Le but de notre étude à propos des portraits et des recherches plastiques de Rouveyrc était d’établir que la matière difforme, la nébuleuse de Spencer ou le chaos de la philosophie ionienne, pour se manifester, pour prendre conscience de leur nature par l’apparition des angles et des lignes.

L’art s’affine et se précise, devient plus autonome et plus près de la normale intellectuelle en remplaçant la notion masse par la notion ligne. A l’origine, l’art est linéaire : la vision plastique des primitifs insulaires de la Crète, ces précurseurs de Phidias et des Doriens, est toute en lignes et en ronds. Les enfants, comme les primitifs, n’ont que la vision plastique pure immédiate; ils dessinent en cercles et en lignes.

Plus tard, quand le sentiment, le rêve, la prescience de la vie s’ajoutent à la vision purement plastique, les surfaces se fondent, s’arrondissent, des creux paraissent, des demi-teintes, des raccourcis colorent et rendent plus intense la vérité esthétique. Cepen-

dant après ce détour sentimental de l’art on doit, après des siècles de recherches, aboutir à la vision linéaire, non plus d’origine primitive par défaut de moyens d’expression, mais justement grâce à la notion plus intense, grâce au perfectionnement des procédés. Gauguin qui simplifie des plans a de vagues analogies avec un dessinateur inexpert des cavernes, parce que, comme ce dernier, il voit simplement et d’une façon immédiate.... Seulement tandis que le second a la vision purement linéaire par insuffisance, par naïveté, l’autre la possède par culture, par maîtrise des moyens dont son art dispose.

Ce côté m’a frappé chez Rouveyre. Plus il scrute une figure, plus elle se simplifie, plus la ligne devient pure, plus tous les moyens d’expression se résolvent en courbes et en angles.

Un premier dessin paraît presque sentimental, avec un choc des lignes, comme une écorchure de la peau, pour soulever le mystère du sang: tel Golber g1, Barrés*, quelques Comédienne BarteG , Y Actrice*. Mais aussitôt qu’il a pénétré dans l’âme et que sa vision morale s’est fondue entièrement avec sa vision esthétique, les grands plans paraissent, les ombres et teintes sont des vagues de courbes, des jeux d’angles, les émotions se patinent, l’individualité se résout en un point, en un carré de chair, en une hyperbole.

Il sait ne pas commencer par les ronds et les lignes, mais il y aboutit en grattant la chair, en sondant les yeux, en faisant à son tour Y Écorché....

De cette façon la ligne devient le principe banal,

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nécessaire, de son esthétique, sa phrase essentielle.

En général, plus la vision s’intellectualise, plus ses plans se simplifient. La conscience de la vie agit sur l’esthétique comme l’àge sur la chair qu’il émacié, comme le vent de la mer sur les rochers qu’il revêt d’une teinte rude et sobre, comme la vague marine sur la rocaille de la rive qu’elle rend simple et douce.

Les lois générales mènent partout aux mêmes résultats. La grande ligne universelle est monique et l’art ne peut échapper à la règle qui veut l’assouplissement et la simplification dans l’intensité et le mouvement.

En musique on ne s’étonne pas de la définition allemande : la musique est une arithmétique sonore. Or on hésite devant la définition cependant plus éclatante des arts plastiques : synthèse des rapports des plans.

Plusieurs savants ont pressenti l’idée géométrique de l’art. Wundt1 établit déjà le rapport esthétique, sentimental entre les lignes verticales et horizontales : « Les distances verticales apparaissent comme plus grandes que les distances horizontales de même dimension. »

La notion du volume est, dans ce cas, subordonnée à celle de la ligne. Il considère, selon la loi Listing, que l’œil qui se meut librement dessine une courbe légèrement onduleuse qui est la ligne esthétique.

Selon M. Séailles2, « la ligne horizontale éveille

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