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LA LIGNE DE LA VICTOIRE

simples : bonne chair, belle fille, ou bon cigare avec une activité débordante, incessante. Ils créent le courant de la vie comme des infusoires infatigables ; ils ne produisent rien, ils n’ajoutent rien, mais ils aèrent. Leur type c’est Numa Roumeslan que vous savez, leur figure c’est le Hébrard , futé, volontaire, un peu grotesque, mais si fin, si indispensable avec sa tête de paysan et son buste de moineau, c’est aussi celuici, maigre, disproportionné, qui est un poème des souliers et du nez au vent comme une voile ( Roger Marx). Ce sont des hommes braves, serviables, présents. A chacun, ils savent donner une fleur, un éloge, un bon mot, un encouragement.

Ce sont ceux qui sourient, saluent, félicitent et font le petit bonhomme de chemin en organisant en fine gourmandise un léger vice, une faiblesse, une tare.

Leur type glorieux, immuable, magnifique de bonté, d’aménité et de volonté, c’est le C laretie ! 1 Regardez-le, il est silhouette de profil, de face, de tous les côtés. Vous n’y devinerez ni os, ni angle, ni articulations, ni chair... et cependant il y a là dans ce front des ambitions, des désirs, de hauts et purs désirs d’art : un noble poème à lire tout seul, une belle reliure ancienne à caresser dans la solitude de sa bibliothèque, humer le parfum d’un vieux parchemin, d’un chine à odeur confuse, d’un japon rafraîchissant, d’un imprimé volant à goût âcre et dur.

C’est l’homme des jouissances intellectuelles raffinées qui a vaincu en donnant sa personnalité bienveillante comme un drapeau, comme une dentelle, 1. La Comédie-Française (1903).

comme un chiffon précieux, en la malaxant, en l’appliquant à des entourages divers et à des énergies variées, sans leur nuire, sans laisser trace mais les déterminant, les animant.

A côté de ceux-là, voici ( Sorel l) une figure de profil sans expression, mais à lèvres pincées, au regard dur. Elle vaincra parce qu’elle saura flatter dans l’humanité de la vie les tares et les faiblesses.

Elle sera ce qu’on appelle en termes de mélodrame : le Mauvais Génie. Chez l’impuissant intellectuel, elle flattera la vanité, chez un autre une basse sensualité ou le lucre, ou l’orgueil de paraître. Elle déploiera le luxe d’une maison aimable, d’une table épicée, avec des vins capiteux, de petits cabinets à meubles bas avec des soubrettes alertes et accortes. Elle sera l’intermédiaire lugubre, type à la Balzac : Madame de Sainte-Estève ou la mère Souris!

Sa victoire cependant sera simple, elle ne sera... pas reine, mais elle aura de l’argent bien placé et des châteaux pour ses vieux jours....

Elle aussi a vaincu ses propres amours, la velléité d’être soi, de subir ses vices, d’être réellement du mélodrame au lieu d’être Madame de Sainte-Estève moderne ! C’est la médiocrité envieuse, ne vivant que sur l’erreur, la faiblesse, l’équivoque. C’est l’espèce de Victrix la plus répandue et la plus affligeante, par le manque de qualités réelles, d’humanité, de vie enfin, indispensable pour réaliser le rêve de la volonté.

Mais à côté il y a l’autre médiocrité, médiocrité de bon aloi : celle de Tityre.

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