CARRIÈRE
SPIRITUALITÉS
lit)
pauvre buste de brave homme, ne demandant qu’à vivre une existence bonne et banale.
En voici un autre (Metchnïkoff) tracé par quelques courbes .qui sont comme une œuvre d’art, l’arc de l’intellectualité près du front, à la racine du nez, l’arc qui paraît dans cette coulée d’horizontales et de courbes, dans cette confusion de matérialités grossières comme un minaret surgissantparmi les tristesses de quelque ville arabe. La pensée vint dans cette chair à gros appétits comme une étrangère vêtue de robes de fête, avec des gestes et des paroles de sacerdoce ; elle n’est pas la chair et l’ossature de cette charpente, c’est un rayon accidenlel de lumière parmi les ténèbres, une voix d’ange venant des abîmes. La sagesse peut lleurir svelte et souriante, parmi les confusions de ce cou de taureau, de ce torse à matérialités simples, de celte mâchoire que voile la barbe hirsute, et qui promet des broiements sonores, des hennissements et des soupirs au moment où la matière est livrée à sa volonté.
Autrement se présente le Derthelot où tout n’est que recherche, combinaison, intellectualité. La sagesse n’est pas déformatrice au point de vue essentiel dans cette chair à plans larges, à surfaces bien éclairées, elle y vit comme un fait normal tout en créant de fatales déformations secondaires que toute normalité suppose, il y a un petit réseau de lignes horizontales autour de la bouche, du nez, du front, à qui celte pensée solide, trop solide peut-être, donne par moments de la boursouflure comique. On n’est pas grand homme impunément. Et cependant la voilà, chez
Bergson , comme une pieuvre rongeant la chair, écrasant la poitrine, bousculant les rapports entre les surfaces, mettant en conflit la bouche et le nez, jetant l’œil dans les hautes solitudes et enlevant à l’arcade sourcilière sa fonction d’amitié et de protection pour les regards. La pensée tortueuse, titubante, curieuse, y va de coin en coin, rôde comme un caniche égaré, voltige comme un papillon éclos trop tôt, maisprimesautière, légère, indocile. Je la vois hantée de ce corps malheureux et voici que le front se resserre, la bouche s’élargit, les sourcils se rapprochent, les angles s’effaçent, une nouvelle personnalité surgit....
L’homme ému devant les incidents de la vie, excellent garçon, curieux et souple, aimant fleurs et campagne, qui n’inventera pas la poudre, qui n’ira pas chercher sur les cimes des émotions inédites, mais la pieuvre est là, la pensée tentaculaire qui a disloqué ce corps et en créant la sagesse a démoli quelque volonté plus humaine, quelque statuette qui n’aurait pas garni le temple de la pensée et les autels de l’extase intellectuelle, qui eut jeté de la gaîté sur la cheminée d’un tranquille intérieur de gens à vie simple, à apparences douces, à crimes peu compliqués.
Mais, si souvent, la sagesse bouleverse de fond en comble celui qu’elle serre dans ses étaux, parfois elle est comme la poudre d’or sur un parchemin précieux ou une belle patine sur le bronze merveilleux (France1). Il y a de ces robustes voûtes occipitales qui sont faites pour abriter la sagesse, comme des caves qui gardent le champagne pétillant. Elle y est à son