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cou, brisure qui apparaît comme une brèche fatale par laquelle les lois du dehors domineront probablement l’âme (I1). Elle s’exagérera jusqu’à la difformité dans le II2. Les courbes de la matérialité qui cependant n’arrivent pas à se développer dans toute leur somptueuse bestialité parce que les lignes hautes, les obliques et les droites, comme un réseau de tangentes et de cordes les resserrent et les délimitent, tandis qu’au-dessus, posée à tout hasard se penche la tête qui semble s’étonner de cette spontanéité matérielle et déjà annonce la pauvre lassitude du IIP, lassitude qui présage des somnolences inquiètes, des rêves troublés, des vagabondages des sens aux heures de la nuit à travers le corps inerte. Et alors on ne s’étonne plus de la fuite de la pauvre âme (IV4) qui voudrait suivre ces hautes lignes de la spiritualité, qui certes a de nobles visions sur les choses de la vie et qui sent toujours présente la cassure, là, derrière l’oreille, au cou, la cassure qui fait branler tout, qui rend les efforts inachevés, la volonté indéterminée, qui déforme le rêve et fait pressentir ce moment d’exaspération, de lassitude et de misère du dessin V5, telle une feuille d’automne que le destin capricieux a collée contre le socle brisé en disant : « Et vous serez unis pour l’éternité », la tête repose ce buste de fatigue et de tourmente.
La première monographie est celle d’une volonté affinée, d’une pensée cultivée, d’un cœur dont les passions sont déjà atténuées par le heurt de l’intellectualité, par des résolutions d’un être supérieur de dompter 1. Page 127. — 2. Page 129. — 5. Page 151. — 4. Page 153 — 5. Page 155
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la matière et de vivre en belle solitude de soi-mème. Cependant tout cela, toute cette volonté, tous ces efforts paraissent indéterminés et flottants, parce qu’à travers de belles lignes, ces yeux bridés et la bouche qui est comme un nid de soupirs et de pensées sousentendues, à travers toutes ces amabilités de la vie paraît la plaie insaisissable pour l’œil vulgaire, plaie de race, de sang ou de personnalité : la cassure du cou. La volonté flottera! Cette volonté ira indécise à travers la vie, cette raison sanglotera et le pauvre cœur connaîtra l’ennui d’inutiles solitudes et de contacts du hasard. Ce sera encore une âme brisée. Le dessin VI 1 termine en une effroyable négation la Monographie d'une Artiste.
Avec une autre précision plus terrible se présente la Monographie d'une Comédienne , composée de trente-cinq dessins. Comme toujours la monographie débute par une vision simple : une petite femme aimable avec un clair sourire, des yeux riants, enveloppée de jolies robes qui parlent du goût et de l’élégance de celle qui les porte. Une bonne sentimentalité éclaire les traits avec un soupçon de brisure imperceptible auquel au début on n’attache aucune importance (I2, II3, III4) c’est même une silhouette inexpressive (VI5) mais toute de grâce, d’enveloppe et d’amabilité; il n*y a pas de ligne prédominante, cependant les angles ont des tendances à fondre et les rondeurs dominent au front, autour des yeux, dans les hanches, dans le dos, la même bonne âme gentille et simple paraît encore si humble dans le dessin XXXV6 qui est un tableau en
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demi-teinte où surgit parmi le noir la pauvre petite tête prise de lassitude peu compliquée, matérielle, lassitude de travail ou de passion, lassitude de marche ou d’un autre acte matériel. Là encore les lignes des paupières, le cou, le dos, le bas des robes s’arrondissent et effacent les angles qu’on ne voit plus. Dans le dessin Y1 ce n’est qu’un bloc de courbes formant la figure humaine, au fond toujours la même, souriante, spirituelle, pleine de vie, avec pourtant l’inquiétante ligne du bras et une fuite fantasque du tracé de la bouche.
C’est une bonne âme, une âme excellente que celle du dessin II2 avec le petit nez, les yeux bridés, chapeautée et gantée. Elle paraît faire des gestes simples, expressifs, qui paraissent remercier, remercier encore et remercier toujours. On ne soupçonne pas au premier coup d’œil de grands éclats de vie, de la tragédie, sauf peut-être dans cette paupière boursouflée et dans ce bas de robe trop plein de vie, trop docile à la volonté esthétique de celle qui le manie. Et voilà le dessin XXVI3, la même figure, les mêmes paupières, la même ligne, et déjà la robe est plissée, les rotondités sont nées, la chair semble comme un écran cachant la tète aimable, le terrible sourire et tout ce qui constitue l’âme du dessin I4, et surtout du dessin II5. Puis la voilà, étalant l’immense sphère des matérialités, devenue comme un astre de l’animalité robuste, exclusive. Ah ! ce ventre du dessin XXVII6 qui écrasa ce qui voulait s’opposer à sa loi, qui déplaça les yeux, la bouche et la tête, changea les lois
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MONOGRAPHIES
des plis et des enveloppements de la matière, et qui surgit presque nu, malgré les étoffes. On y voit, on y pressent le ventre du monde, la matérialité avec toutes ses grandeurs et 1 ouïes ses lâchetés. Nous sommes bien loin de la personnalité première. Cependant ce croquis n'a pas encore l’aspect du dessin XXIV1 où la courbe est volontaire, déjà bien posée. L’âme inconnue semble crier par celte bouche élrange : « C’est moi, la volonté, la passion et le désir de la bêle humaine dans toute sa splendeur. C’est moi la matérialité. » La force de vivre, de désirer, arrive à rendre supérieures les ténèbres de la vie animale, à rendre terriblement beau ce ventre déformé (XXX2), ce dos où domine la courbe.
Dans le XXIV3 et le XXXIII 1 la simplicité a disparu, il y a un acharnement de l’animalité, l'amour volontaire de la jouissance qui semble être plus fort que la nécessité de vivre et même de désirer. Le petit nez nerveux s’est déformé, la bouche est devenue un carré, la tète a pris un aspect sinistre et en haut bouillonne et palpite le délire dyonisiaque, la loi du sang.
Ainsi peu à peu des détails décoratifs de la race s’effeuillent. Rouveyrc semble avec des doigts agiles arracher toutes les jolies fleurs dont on se vêt pour paraître. Insatiable, Rouveyrc racle la peau affinée parles pûtes, redressée par l’art; il retrouve la ride indélébile, devenue invisible parmi les lumineuses évocations des fêtes, des bruits, grâce à ce qui est acquis, impersonnel, inutile, œuvre de goût, de coi tfeur, de mode.