‹ La morale des lignesChapitre 29 sur 31 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

André Rouveyre, qui dans celle série de dessins s’est attaché à immortaliser non plus des aventures passagères de l'existence, mais une épopée de la vie, tient par ses derniers travaux une place à pari. Tandis qu’un Callot étudie les déformations et les contorsions que créent la peine et la misère, qu’un Goya aperçoit à travers les rotondités des prêtres ou les suffisances des militaires la vraie grimace de terreur et d’horreur, qu’un Daumier trace la lutte des convoitises vulgaires avec les pauvres volontés humaines, qu’un Sem, par des traits précis, fait surgir les insuffisances que donne la vie d’apparat et de jouissance, Rouveyre est avant tout inquiet de l’effort humain spiritualisé. Il y a de graves préoccupations dans son art pour l’intellect et la volonté qui le dirige. Déjà, dans ses premières œuvres, on le vit tâtonner pour poser certaines lois du masque humain enchaîné à une série d’évocations de la pensée {V album de la Comédie Française). Cette préoccupation devient presque exclusive dans les Carcasses Divines.

L’intellectualilé, pour être exprimée en art, réclame une émotion particre et uliè des procédés spéciaux.

Etant une synthèse de la personnalité humaine, une sorte d’extrait de tout ce qui la constitue, la vie spirituelle exige des simplifications comme expression, une grande intensité comme vision. Les âmes dominées par l’esprit réclament, pour être dépouillées, des doigts plus nerveux que celles des gueux ou même de ces messieurs du turf. La pensée suppose des tragédies profondes, des inhibitions, des froissements entre la matière et l’esprit. Elle rend nécessaires des arrêts et des dégradations. Elle oblige de coordonner des plans, d’écarter tout le superficiel pittoresque pour montrer l’âme humaine dans toute la splendeur de la lutte de la volonté d’inertie : matière, et de la volonté du mouvement : esprit. C’est ainsi que, dans son dernier ouvrage, Rouveyre a simplifié la ligne, il a écarté du dessin les creux, les ombres, les valeurs proprement dites. La personnalité d’art qu’il évoque est faite des rapports entre surfaces et je dirai même se réduit à l’oscillation constante entre deux directrices, la verticale créant les lignes hautes et l’horizontale aboutissant à travers toute une série de dégradations, d’obliques (lignes basses) à la ligne idéale de la matérialité : la courbe ( Boissier 1 et Simone Benda 2 et certains dessins de la Monographie 3 d'une Comédienne). Cependant pour que ces rapports géométriques aboutissent à une expression et deviennent un document esthétique, il ne lui suffit pas de faire de la géométrie simple, il établit des raccourcis et des concordances; c’est ainsi que naissent ces silhouettes de volonté et d’esprit qui, quoique composées de données 1. Page 61. — 2. Page 59. — 5. Page 141.

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