CHAPITRE I
(( L’idée du Dieu législateur a écrit Renan ' est une idée commune à toute l’antiquité. L’humanité, dans les âges pesamment réalistes, ne pouvait concevoir la loi morale que comme le commandement d’un être supérieur. Elle objectivait la voix de sa conscience en une voix émanée du ciel. )) Ce que Renan n’ajoute pas et qui cependant a une très grande importance, c’est que l’ensemble d’idées morales auquel il donne le nom de « voix de la conscience » existait avant que l’on conçût le projet de (( l’objectiver en une voix émanant du ciel ». La société judaïque, au moment où elle songe à faire parler le ciel, s’est déjà fait une conception morale particulière, en tenant compte de ses intérêts généraux ainsi que de ceux des classes, des familles et des individus qui la composent. C’est pour protéger ces intérêts, beaucoup plus que pour donner satisfaction à la voix de sa conscience, qu’elle rédige ses Livres sacrés, qui sont les seuls codes auxquels le peuple hébreu dut obéir