Ernest Renan, Hist. du peuple d’Israël, II, p
2. On admet généralement que la première législation religieuse des Hébreux fut dressée par Moïse sous la forme de tables gravées et attribuées à Dieu lui-même. Il est dit dans VExode qu’il les brisa. Il n’en est pas resté trace. On suppose qu’elles comprenaient seulement le Décalogue. Vers l’an 85ü,
Lanessan. — Religions. i
â LA MORALE DES LIVRES SACRÉS DU JUDAÏSME
A cette époque lointaine, la classe dominante, chez les Hébreux, était celle des prêtres. Comme tous les peuples nomades et pasteurs, les Hébreux n’avaient connu, pendant de nombreux siècles, que l’organisation patriarcale. Chaque chef de famille était omnipotent, et chaque chef de tribu était obéi en même temps que respecté comme un chef de famille. Après sa fixation en Egypte, le peuple hébreu eut un corps sacerdotal analogue à celui de l’Egypte par son rôle religieux, mais très distinct de celui des Egyptiens par ce fait que tous les prêtres juifs étaient recrutés dans une même tribu '. A partir du jour où les Hébreux furent établis en Palestine, la tribu sacerdotale réunit entre ses mains les fonctions sacrées et les pouvoirs judiciaires, et devint assez puissante pour empêcher la constitution d’une classe aristocratique. C’est dans ce but qu’elle se montra toujours hostile au militarisme et à la guerre et fit du peuple hébreu une nation de perpétuels vaincus. Lorsqu’elle créa la monarchie, elle prit toutes les mesures nécessaires pour la dominer et rester la véritable maîtresse du peuple en Ibisant étayer la foi religieuse par la force civile
Il était donc naturel que les Livres de la Loi missent au premier rang des devoirs, à la base de la morale, les prescriptions relatives à la Divinité. Celui qui craindra Dieu
fut rédigé ce que l’ou a noininé le Livre de l’Alliance {Exode, XX, 22-XXlII, 19) : il contenait des lois anciennes, dont l’esprit très dur se manifeste dans la règle tlu talion,. Plus tard, vers 620, dans la dix-huitième année du règne de Josias, fut promulguée la Loi définitive que caractérise le Deutéronome ou Loi de Hilkia, tlu nom du grand prêtre qui prétendit l’avoir trouvée dans le temple et qui, probablement, l’avait rédigée ou fait rédiger. Ainsi qu’on l’a fait justement remarquer, Hilkia « ne se proposa pas d’édicter de nouvelles lois ou de nouveau.x préceptes. Il ne fit que reproduire les lois existantes, en les modifiant quelque fois, et, en dépit du progrès accompli dans les mœurs..., il ne laisse pas de rééditer les préceptes les plus barbares sur la vengeance privée et le talion... » (Tiéi.e, Hist. comp. des anc. relicj. de l’ Egypte et des peuples sémitiques, p. 463).
1. En Egypte les prêtres étaient de simples fonctionnaires publics, nommés par le roi et choisis parmi les lettrés. Ils pouvaient remplir des emplois civils en même tem[)s qu’ils exerçaient les fonctions sacerdotales. Il y avait parfois transmission tl’une charge sacerdotale d’un père à son fils ou d’une mère à sa fille, mais il ne se constitua jamais de familles et encore moins de castes sacerdotales.
2. Voyez sur ce sujet, de L.v?s’essxn, La concurrence sociale et les devoirs sociaux, p. 67 et suiv. (Paris, E. Alcan).
ne pourra manquer de respecter ses prêtres, de fréquenter son temple et d’y multiplier les sacrifices dont bénéficie le corps sacerdotal.
D’après l’auteur de l'Exode, lalivé s’est montré à Moïse, dans les montagnes rocheuses du Sinaï, pendant un orage formidable. Au milieu des éclairs qui couvraient les sommets de leur lumière étincelante, et, entre les grondements du tonnerre, il lui a dit: « Tu me feras un autel de terre et tu immoleras dessus tes oloth el tes sélanim\ tes brebis et tes bœufs... Tu ne blasphémeras pas Dieu ; tu ne maudiras pas le prince de ton peuple. . . Celui qui sacrifiera aux dieux, liors le seul lalivé, sera anathème... Tu ne mettras pas de retard à m’apporter la primeur de ce qui s’entasse dans tes granges et de ce (jui coule dans tes celliers. Tu me donneras l’aîné de tes fils ^ Tu feras de même pour tes bœufs et tes moutons. Le petit restera sept jours avec sa mère : le huitième jour, tu me le donneras... Trois fois dans l’année tu me feras fête. Tu observeras la fête des azymes ; pendant sept jours tu mangeras des pains azymes... A cette fête on ne paraîtra pas devant moi les mains vides ; — puis la fête de la moisson où tu apporteras les prémices de ce que tu auras semé dans les champs ; — puis la fête de la récolte des fruits, à la lin de l’année, quand tu récolteras de tes champs le produit de ton travail. Trois fois dans l’année,
1. Les oloth et les selanim étaient des formes particulières de sacrifices.
2. Pendant longtetnj)S les Hébreux offrirent effectivement è lahvé leurs pre¬
miers-nés et les sacrifièrent sur son autel, comme le faisaient les Phéniciens pour Molocli ; mais, dès une époque très reculée, les pères furent autorisés à racheter les enfants qu’ils auraient dû olfrir eu sacrifice à lalivé. L’humanité y g'ag'ua, en même temps que le corps sacerdotal y trouvait son compte. Quelques écrivains ont supposé que la circoncision avait remplacé les sacrifices des enfants. Au lieu d’offrir ceux-ci à lalivé, on lui aurait sacrifié seulement une fraction de leur chair (voy. IMaspero, llist. des anc. peiipl. de l’Orieiü, p. 4o4)- Cette manière de voir n’est pas admissible. La coutume ou loi religieuse prescrivait de sacrifier seulement les premiers-nés, tandis qu’elle ordonnait la circoncision de tous les mâles. Cette dernière est donc tout â fait distincte du sacrifice. Quant à la pensée d’où sortit, eu Israël et ailleurs, la coutume des sacrifices humains et, en particulier, celle du sacrifice des enfants premiersnés, elle ressort si clairement de l’histoire de tous les peuples anciens qu’il est à peine besoin de la mettre en relief, l’our obtenir la satisfaction de ses désirs, l’homme prie la divinité, lui offre des objets auxquels il attache lui-même du prix, la primeur de ses récoltes, les plus beaux de ses animaux et jusqu’à ses enfants, jusqu’à ceux mêmes auxquels il tient le plus parce qu’ils sont nés les premiers. ^
chacun de tes mâles se présentera devant la face du seigneur lalivé... Les prémices des fruits de la terre, tu les apporteras à la maison de lalivé ton Dieu h »
Le Sahbat et les fêtes religieuses, notamment celles de la Pâque, des semaines et des tabernacles, avaient surtout pour objet, dans l’esprit du législateur religieux, de réveiller, à des époques déterminées de Tannée, le zèle des croyants et de les unir dans des pratiques rituelles communes, qui devaient les distinguer des autres peuples. La Pâque sera célébrée « dans le mois des épis » qui est aussi celui dans lequel « TEternel, ton Dieu, t’a fait sortir d’ gypte pendant la nuit ». Pendant cette fête, qui durera sept jours, « tu ne mangeras point de pain levé..., tu mangeras des pains sans levain, du pain d’affliction, car tu es sorti à la bâte du pays d’Egypte ». Tu sacrifieras du gros et menu bétail, mais « Ton ne gardera rien jusqu’au matin de la chair du sacrifice que tu auras fait le soir du premier jour... dès que le soleil sera couché, au moment où tu sortis d’Egypte. Et tu la feras cuire et tu la mangeras au lieu que TEternel, Ion Dieu, aura choisi. Et, le matin, tu t’en retourneras et t’en iras dans tes tentes. Pendant six jours tu mangeras des pains sans levain, et, au septième jour, il y aura une assemblée solennelle à TEternel, ton Dieu. Tu ne feras aucune œuvre ». Sept semaines comptées, (( dès qu’on commencera à mettre la faucille dans la moisson», on devait célébrer «la fête des semaines à l’honneur de TEternel ». Puis, on célébrera « la fête des tabernacles pendant sept jours, quand tu auras recueilli les produits de ton aire et de ta cuve. Et tu te réjouiras en
célébrant la fête, toi, ton fils, ta fille, ton serviteur et ta servante, et le Lévite, l'étranger, Torpbelin et la veuve qui seront dans tes portes. Pendant sept jours tu célébreras la lête à l’honneur de TEternel, ton Dieu, au lieu que TEternel aura choisi ». En outre, « trois fois Tannée, tout mâle
d’entre vous se présentera devant TEternel..., à la fête des pains sans levain, à la fête des semaines et à la fête des ta-
I. Voyez E. Renan, Hisl. du peuple d'Israël, II, p. 364 et suiv.
DEVOIRS RELIGIEUX ET MORALE POLITIQUE DU JUDAÏSME o
bernacles ; et l’on ne se présentera pas devant l’Eternel à vide. Cliacnn donnera à proportion de ce qu’il aura, selon la bénédiction que l’Eternel, ton Dieu, t’aura donnée' ».
Tous les sacrifices et les offrandes accomplis dans ces fêtes avaient pour objet de remercier la divinité de ce qu’elle avait donné à son peuple favori un territoire fertile et lui permettant, par sa ricbesse, de renoncer à la vie errante. Au sujet des prémices des récoltes que les Israélites devaient offrira Dieu, il est prescrit : « Tu prendras des prémices de tous les fruits du sol que tu récolteras du pays que l’Eternel, ton Dieu, te donne, tu les mettras dans une corbeille et tu iras au lieu que l’Eternel, ton Dieu, aura choisi pour y faire habiter son nom ; et, étant venu vers le sacrificateur qui sera en ce tcmps-là, tu lui diras : je reconnais aujourd’liui, devant l’Eternel, ton Dieu, que je suis entré dans le pays que l’Eterncl avait juré à nos pères de nous donner. Et le sacrificateur prendra la corlieille de ta main, et la déposera devant l’autel de l’Eternel, ton Dieu. Puis tu prendras la parole. » llappelant la sortie d’Egypte, le fidèle termine : (( Et l’Eternel nous conduisit en ce lieu, et nous donna ce pays, un pays où coulent le lait et le miel. Maintenant donc voici, j’apporte les prémices des fruits du sol que tu m’as donné, ô Eternel". »
Trouvant les fêtes, l'éjouissances et cérémonies du culte d'Iahvé un peu trop monotones, les Israélites adoptaient volontiers les pratiques cultuelles de Tyr, de Byblos, ou de Canaan, où les scènes émotionnantes et lugulires alternaient avec la licence la plus effrénée. Les lévites avaient lieaucoup de peine à les détourner de ces pratiques. Aussi les livres sacrés sont-ils remplis de menaces à l’égard de ceux qui s’y livraient.
Le Décalogue précise, d’une manière aussi menaçante que possible, les devoirs du peuple d’Israël envers lahvé et l’interdiction des autres cultes. « Je suis lahvé,
1. Deutéronome, xvi, i-5. — Voyez aussi pour toutes les fêtes; Lévitique, cil. .\xin et x-xx.