Ibid., livre I, 96-1OO
2. Livre VIII, 38o-38i. — Déjà dans les temps du Véda, un hymne disait; « Les Bralimanes portent des traits aigus ; ils ont des flèches ; le coup qu’ils portent ne touche jamais à faux. Ils assaillent leur ennemi avec leur ardeur sacrée et leur colère ; ils le transpercent de loin. » « Le roi qu’ils sacrent souverain du peuple, ajoute M. Oldenberg, n’est pas leur roi ; au sacre royal, le prêtre dit en présentant au peuple son maître ; « Voici votre roi, ô peuple : le roi des Brahmanes est Soma. » Ainsi les Brahmanes, se tenant en dehors de l’Etat, rentrent totts dans une grande association dont les limites s’étendent aussi loin que sont en vigueur les préceptes du Véda. » (Oldenberg, Le Bouddha, p. i3.)
LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
tielles, de leurs devoirs sacerdotaux, par exemple pour le mariage de leurs enfants, pour les honneurs funèbres à rendre aux morts, etc. Le souci de leurs interets particuliers devait naturellement conduire ces premiers prêtres à complicpier les cérémonies religieuses, à les entourer de rites minutieux, de paroles symboliques difïicilesà conserver dans la mémoire, de manière à se rendre indispensables. Lorsque ce résultat eut été atteint, il ne resta plus qu'à le consolider par la constitution d’une classe spéciale dont les familles s’uniraient exclusivement entre elles. A la lin de la période védique, cette classe existait déjà, jouissait d’une haute considération parmi les autres, faisait payer cher ses services et prenait ses précautions pour n’être pas absorbée parles classes inférieures.
Sa préoccupation principale et incessamment manifestée, dès le temps védique, dans toutes ses œuvres, consiste à inspirer au peuple la pensée que rien ne lui peut advenir de favorable sans les sacrifices dus aux dieux et que tous les malheurs fondront sur sa tête s’il néglige les sacrifices minutieusement réglés par le corps sacerdotal. C’est par les sacrifices que les guerriers obtiennent la victoire sur leurs ennemis, et font de riches butins ; c’est par les sacrifices que la terre devient fertile. « C’était jadis une mauvaise terre, dit une bymmedu Véda, à propos de territoires situés au delà de la rivière Sadanira, un sol marécageux, car Agni Vaiçvànara ne l’avait pas rendue habitable. Mais maintenant, c’est tout à fait une bonne terre, car les Brahmanes l’ont rendue habitable à l’aide des sacrifices '. » D’autres hymnes proclament : « 11 n’a rien à craindre le chef qui a versé pour Indra de nombreuses coupes de sorna» et a c’est par le sacrificateur qu’Indra terrasse les superbes dazions^. »
L’objet principal des prescriptions du Manava-Dharnia- Sastra est de maintenir la division qui s’était faite des peuples de l’Inde en classes distinctes. Cette division avait été due d’abord, incontestablement, chez les Aryas primitifs, à la concurrence familiale. Certaines familles s’étaient
I. Voyez; Olukmjiîrg, Le Bouddha, p. lo (Uarls, F. Aloiiii). 3. V oyez plus loin, p. i”f).
LA RELIGION BRAHMANIQUE ET SA MORALE
loi
adonnées plus particulièrement aux fonctions sacerdotales, tandis que d’autres se consacraient à la guerre et que le plus grand nombre continuaient de se livrer à la culture de la terre, au commerce, à la pratique des divers métiers. Ce sont là des faits qui se produisent chez tous les peuples sous l'inlluence de la concurrence familiale. Une fois constituées, les diverses classes sont fixées dans leurs fonctions par les mesures que prennent les plus puissantes afin de conserver leur iniluence et leur pouvoir. Nulle part ces faits ne se sont produits avec plus de netteté que dans l’Inde. Ils sont la caractéristique essentielle du développement moral des peuples de ce pays. Dès l’époque des derniers hymnes du Véda, ou constate parmi les Aryas trois classes nettement formées ; celle que constituaient les familles sacerdotales (Brahmanes), celle des familles guerrières (Kchalriyas) parmi lesquelles se recrutent les chefs militaires et poli tiques, et celle des agriculteurs ou Vasiyas auxquelles se rattachent les marchands et artisans. Les Védas ont conservé le souvenir des luttes très longues et prohahlement très violentes qui se produisirent, au cours de l’histoire des Aryas, entre les deux classes supérieures, et d’oii la classe sacerdotale sortit victorieuse, grâce à la supériorité de ses facultés intellectuelles et de sa science. La légende montre un Brahmane, Parasu-Bi’âma, exterminant les guerriers qui avaient pour eux la seule force brutale et « trois fois sept fois, délivrant la terre de toute trace des lÂshatriyas ».
A l’époque où les Lois de Manou furent écrites, il existait dans l’Inde, indépendamment des trois classses rappelées plus haut, une quatrième classe, celle des Soudras, tout à fait inférieure et très méprisée. Cette dernière était probablement formée par les populations de races diverses que les Aryas avaient conquises en se répandant à travers l’Inde, et qui étaient réduites à un état de servitude plus ou moins complète. Maintenir ces classes dans un isolement presque absolu les unes des autres est la préoccupation dominante du Maiiava-Dharma-Sastra . On peut dire que c’est le fond de la morale sociale des Lois de Manou.