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CHAPITRE X

LA MORALE SOCIALE DU BRAHMANISME

Dans le (lomaiiie social, la Loi de Manou est entièrement insjiii'ée, comme je l’ai dit plus liant, par le souci de main- Icnir les castes ([iii existaient an moment on elle fut rédigée. Les membres du corps sacerdotal avaient un trop grand inlérèt à maintenir une di\ision d’oii ils tiraient toute leur siijirématie, pour n’en aioir pas fait le fondement meme de leur Code sacré. On a vu que la plupart des prescriptions de ce code, relatives à la famille, ont pour objet de mettre obstacle à runion des bommes d’une classe déterminée avec les femmes d'une classe supérieure. Comme, dans la pensée des rédacteurs, c'est l’iiomme qui, seul, produit les enfants, son union avec une femme d’une classe supérieure à la sienne aurait pour effet d'introduire dans cette classe des enfants ayant le sang et les caractères d’une race inférieure, ce que le Code sacré veut empêcher à tout prix.

Après avoir veillé à ce qu’il n’y ait pas de mélanges de castes et, suiiont, à ce que la classe brahmanique ne put pas être souillée par le sang des autres, la Loi de Manou règle minutieusement la conduite des membres de chaque caste.

La vie du Brahmane doit être eousacrée tout entière à l'étude et à l’austérité. Chacun de ses actes est soumis à des prescriptions rigoureuses. La Loi de Manou dit comment on le doit traiter à sa naissance, quels noms il faut lui donnei', de quelle manière doit être consacrée son entrée dans la caste brahmanique par l’imposition du cordon. Elle dit ensuite de quelle façon il doit s’instruire et s’éduquer en s’attachant à un Brahmane (jui sera son père et son maître

LA ^lORALE SOCIALE DU lUlAHMANISME

à la fois cl de qui il apprendra « d’al)ord les règles de la pureté, les bonnes coutumes, l’entretien du feu sacré, les devoirs pieux du matin, du midi et du soir », puis la manière de réciter les formules sacrées et les livres saints, ainsi que (( les lois de la transmigration des âmes et de la purification des fautes ‘ ». La Loi de Manou règle avec non moins de minutie la façon dont il doit se vêtir, se nourrir, se coucher, se conduire envers son maître, avec la femme de son maître, avec les personnes qu’il voit chez lui ou ailleurs. Il y a là tout un code de civilité comparable à celui des philosophes chinois, et dont l’elTet doit être considérable, lorsqu’il est fidèlement appliqué, mais dans lequel figurent les plus ridicules prescriptions. Je n’en veux citer que quelques-unes : « Il ne doit jamais regarder le soleil pendant son lever, ni pendant son coucher, ni durant une éclipse, ni lorsqu’il est rélléchi dans l’eau, ni lorsqu’il est au milieu de sa course. — Qu’il n'enjamhe pas par-dessus une corde à laquelle un veau est attaché, qu’il ne coure pas pendant qu’il pleut, et ne regarde pas son image dans l’eau.

— Qu’il ne mange pas avec sa femme dans le même plat, et ne la regarde pas pendant qu’elle mange, qu’elle éternue ou qu’elle baille, ou lorsqu’elle est assise nonchalamment.

— Que celui qui désire une longue vie ne marche pas sur des cheveux, de la cendre, des os ou des tessons, ni sur des graines de coton, ni sur des menues pailles de grain L »

Grâce, d’une part, à rohligation où ils sont de ne s’unir qu’entre eux et, d’autre part, à la vie qu’ils sont tenus de mener, les Brahmanes ont joué dans l’histoire de l’Inde un rôle considérable. On peut croire, à cet égard, un écrivain catholique dont les sympathies pour la caste hrahmanique sont peu développées. Il dit d’elle cependant: (( Les Brahmes ont tourné à leur avantage propre une institution qui subsistait déjà dans le pays, cela est indubitable (l’institution des castes); mais, en fin de compte, cet avantage a profité au pays entier. En se posant comme les éducateurs

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