‹ La morale des religionsChapitre 130 sur 380 · Loc. cit., I, p · texte numérisé non relu

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LA AMORALE SOCIALE DU BRAiniAMSME

intéressantes parce qu’elles trahissent la préoccupation dominante des rédacteurs du Livre sacré, qui est d’empécher les gens d’une classe de tenter d’en sortir poui* pénétrer dans une caste supérieure. Or, c’est précisément la caste des Vaisyas ou agriculteurs qui oITrait le plus souvent le spectacle de tentatives de ce genre. Passer de la caste des Kcliatriyas à celle des Brahmanes était chose impossible à cause de l’éducation spéciale et intensive que recevaient les fds des Brahmanes dès leur naissance. Au contraire, il était facile à tout agriculteur de se transformer en guerrier, car il sufTisait d’avoir du courage et de l’audace. Aussi, beaucoup d’agriculteurs ou de commerçants et artisans y étaient-ils parvenus, dans les premiers temps de l’histoire des Aryas, meme avec la complicité des guerriers qui, eu bien des circonstances, étaient trop peu nombreux pour réussir dans leurs entreprises. Plus tard, lorsque les cadres de la société liindoue eurent été définitivement établis, les Kchalriyas comprirent l’intérêt qu'ils avaient à ne pas laisser grossir leurs rangs et ils trouvèrent parmi les Brahmanes un concours intéressé. La Loi de Manou prescrit impérieusement au Vaisya de ne pas essayer de s’élever au-dessus de sa caste; « Le \aisya, après avoir reçu le sacrement de l’investiture du cordon sacré, et après avoir épousé une femme de la meme classe que lui, doit toujours s’occuper avec assiduité de sa profession et de l’entretien des bestiaux. — Eu eftet, le Seigneur des créatures, après avoir produit les animaux utiles, en confiale soin au Vaisya, et plaça toute la race humaine sous la tutelle du Brahmane et du Kchatriya. — Qu’il ne prenne jamais à un Vaisya la fantaisie de dire: je ne veux plus avoir soin des bestiaux; et, lorsqu’il est disposé à s’en occuper, aucun autre homme ne doit jamais en prendre soin. — Qu’il soit bien informé de la hausse et de la baisse du prix des pierres précieuses, des perles^ du corail, du fer, des tissus, des parfums et des assaisonnements; — qu’il soit bien instruit de la manière dont il faut semer les graines, et des bonnes ou mauvaises qualités des terrains ; qu’il connaisse aussi parfaitement le système complet des mesures et des

LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS

poids : — la l»on(é ou les défauts des marchandises, les avantages et les désavantages des dilTérentes contrées, le bénéfice on la ])erte probable sur la vente des objets, et les moyens d’augmenter le nombre des bestiaux. — Il doit connaître les gages <pi'il faut donner aux domestiques et les dilTérents langages des bommes, les meilleures précautions à prendre pour conserver les marcbandiscs, et tout ce qui concerne l’acbat et la vente. — Qu’il fasse les plus grands efforts pour augmenter sa fortune d’une manière légale, et qu’il ait bien soin de donner de la nourriture à toutes les créatures animées'. )) En un mot, qu’il apprenne tout ce qui concerne son rôle dans la société, qu’il fasse fortune par ses connaissances spéciales et son travail, mais qu’il n’essaye pas de franebir les limites de sa caste : la Loi sacrée le lui interdit, au nom du Seigneur qui, en le mettant au monde, lui assigna la place qu’il y doit occuper.

La Loi de Manou n’est pas moins formelle dans les prescriptions relatives aux Soûdras, c’est-à-dire aux bommes qui, dans les premiers temps de l’bistoire indienne, appartenaient aux races conquises par les Aryas et furent maintenus dans une sorte de servitude. « Le souverain maître, dit le législateur sacré, n’assigna au Soi'idra qu’un seul office, celui de servir les classes précédentes sans déprécier leur mérite. » Il dit encore : « Une obéissance aveugle aux ordres des Brahmanes versés dans la connaissance des Livres sacrés, maîtres de maison et renommés pour leur vertu, est le principal devoir d’un Soudra, et lui procure le bonheur après la mort. — Un Soùdra pur d’esprit et de corps, soumis aux volontés des classes supérieures, doux en son langage, exempt d’arrogance, et s’attachant principalement aux Brahmanes, obtient une naissaucc plus relevée" » à son retour sur la terre.

Cependant, malgré ces prescriptions si formelles, la nature étant plus forte que les lois, il se fit, dès le principe.

I. Lois de Manou, livre IX, 32G-333. On disling'iie trois divisions principales parmi les Yaisyas : Les Dhana Vaisyas on inarcliands ; les Bhu- Vaisyas ou ciillivatenrs ; les Gô- Foisjas ou bergers.

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