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I. Voyez: Oldenberg, loc. cil., p. i8i et suiv

LA MORALITÉ DES DIVINITÉS MODIQUES ET RRAiniANIQUES 18o

sorcellerie. Tous les objets naturels, toutes les forces, toutes les chimères, les illusions, les craintes ou les espérances des hommes avaient été transformées en esprits répandus dans la nature entière et formant, pour la caste sacerdotale, l’élément le plus productif de revenus et de respect. Le prêtre indien eut soin, en elfct, dès les premiers âges, de réunir en sa personne ce qui, chez la plupart des autres peuples, est divisé ; le sacerdoce proprement dit et la sorcellerie.

Le serpent dont la morsure est mortelle, la vache dont le lait nourrissait les premiers Aryas, les fourmis malfaisantes, le cheval qui sert le guerrier, lelahoureur et le prêtre, la grenouille qui se tait ou croasse suivant les saisons, l’âne lascif que l’on sacrifie quand un novice a violé la règle de la chasteté en perdant son énergie, le singe, qui a encore ses temples et qui fut le commensal d’Indra, le houe dont une forme à un seul pied passait pour être le support de tous les êtres, etc., tous ces animaux et bien d’autres encore partageaient avec les dieux, dès l’époque védique, les hommages ou les terreurs des hommes et disaient partie du panthéon aryen.

IL — Le polythéisme brahmanique.

De ces déités, les unes disparurent plus ou moins, au cours de l’évolution religieuse des Indous, les autres prirent corps, s’anthropomorpliisèrent, finirent par devenir des idoles et furent l’objet de récits légendaires oii l’absurde et le grotesque ne rivalisent, d’ordinaire, qu’av-ec la plus profonde immoralité. Néanmoins, l’idée d’un dieu supérieur aux autres se dessinait ou s’accentuait dans certains esprits, tandis que la masse de la caste sacerdotale, pour complaire au peuple, multipliait les idoles et les légendes. \j Alharva- Véda avait formulé déjà la notion d’un dieu supérieur aux autres et les ayant créés ainsi que funivers'; « Tous les dieux sont dans Bralim, y lit-on, comme une vache dans

I. Voyez; Laol'enan, Du Brahmanisme, etc., II, p. 171 et suiv.

LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS

iiiie élable. Au commencement Brahm était tout. Ayant créé les dieux il les plaça dans les mondes: Agni dans celui-ci, Vagu, dans l’atmosphère, Surya dans l’éther. Et dans les mondes qui sont plus élévés, il a placé des dieux plus grands. Après ([uoi il est monté dans la sphère suprême.)) Taitliriya Drahinu, « en Brahm sont les

trente-trois dieux ; eu Brahm sont contenus Indra et Pradjapati : en Brahm, tous les objets sont contenus comme dans un vaisseau. )) Le l is/ina Purana précise l’idée panihéisle : « Il existe deux états de ce Brahm : un avec forme, l’autre sans forme; un périssable, l'autre impérissable, lequel est inhérent à tous les êtres. L’impérissahle est l’être suprême; le périssable est tout runivers. L’éclat du feu en un seul lieu répand la lumière et la chaleur tout alentour; ainsi le monde n’est rien de plus (pie l’énergie manifestée du suprême Brahm, et de même (pie la lumière et la chaleur (répandues par le feu) .sont plus forles ou plus faibles selon ([uc nous en sommes plus près ou plus loin, ainsi l’énergie du suprême Brahm est plus ou moins intense dans les êtres selon (pi’ils sont plus ou moins rapprochés de lui. Brahma, Yishnu, Siva, sont les plus puissantes énergies de Brahm; après eux viennent les déités inférieures; ensuite les esprits (pu sont à leur service, puis les hommes, les animaux, les oiseaux, les insectes, les végétaux, chacun devenant de plus en plus faible, à mesure (pi’il s’éloigne de la source [irimilive. » C’était du panthéisme, mais un panthéisme qui ne pouvait se dégager ni du polythéisme, ni même de l’idolâtrie depuis si longtemps réj)andue parmi les 'Aryens de l’Inde. Le seul résultat de l'elTort fait par les auteurs du Vis/iiiu-Purana fut la création de la trinité Brahma-Vishnu-Siva.

A peine la trinité Brahma-Vishnu-Siva fut-elle imaginée, ([Li'il se produisit des sectes dont la seule préoccupation fut de revendiipier la supériorité de l un ou l’autre des membres de ce Trimurti. Pour y aboutir, il n'est pas de sornettes que l’on inventât, pas de légendes (pi'oii ne produisît, toutes plus ridicules les unes cpie les autres. Des dieux du Véda, on a pu dire ipi’ils donnaient le spectacle

singulier « (le pères qui sont fils de leurs fils, de fils qui ont engendré leurs pères, de filles ou de sœurs à qui s’unit leur père ou leur frère' ». Des dieux (|ui leur succédèrent on ne saurait médire, en atfirmant ((u’ils ont accumulé comme à plaisir tous les crimes, toutes les corruptions et toutes les folies ([ui peuvent être imaginées par des cerveaux de fous et de dégénérés. C’est d’abord le (( Seigneur existant par lui-même », t[ui, après avoir créé les eaux, (( y dépose une semence, lai[uelle devient un œuf d’or res|)lendissant comme le soleil, et où il naît lui-même sous la forme de Brahma, le père de tous les mondes ». Puis, c’est Brahma Cjui épouse sa fille SarasAvati, (jui est en même temps la femme de Vislinu. C’est encore Brahma (pii ahandonne sa femme Savitri, Aenue trop tard à une réunion où les dieux devaient olfrir un sacrifice ; il envoie Indra lui clieicher (( une femme de n’importe où », et proclame, solennellement son union avec une (( laitière belle, de contenance agréable, qui portait un vase rempli de beurre » et (ju’Indra trouva dans un chemin. La femme répudiée par Brahma injurie tous les dieux, en apprenant ce (jui A'ient d’arriver. A Indra elle dit : (( Puis(|ue tu as amené cette laitière à Brahma, tu seras jeté dans les fers par tes ennemis et relégué dans un pays étranger. » A Vislinu : (( Puisejue tu l’as donnée en mariage à Brahma, tu naîtras parmi les hommes, et tu éprouveras la douleur de voir ta femme ravie et emmenée loin de toi par tes ennemis ; et pendant longtemps tu erreras à travers les champs en (jualité de berger. » A Rudra : (( Par la malédiction des sages puisses-tu être privé de ta virilité ! » A Agni : (( Tu dévoreras toutes choses soit pures, soit impures. » Aux prêtres, elle dit, sous forme de prédictions, de malicieuses vérités : (( Ce sera uniquement par cupidité (jue vous servirez dans les temples et les lieux sacrés. » Aux femmes de Vislinu, d’Indra, de tous les dieux, elle jirédit les pires malheurs et lance sa malédiction : (( Puissiez-vous

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