Ibid., I, J
sabre, d’une autre la tête d'un géant vaincu, tandis qu’avec les deux autres elle encourage ses serviteurs à lui adresser leurs hommages. Pour pendants d’oreilles, elle porte deux cadavres: pour collier une guirlande de crânes, tandis que son unique vêtement se compose d’une ceinture de mains liumaines enfilées dans un cordon. Ses yeux sont rouges comme ceux d’un ivrogne ; son visage et sa poitrine son! souillés de sang : sa langue est pendante hors de sa bouche : elle se tient debout, un pied sur les cuisses l’autre sur la poitrine de Siva étendu par terre '. »
Des temples sont dressés, encore à notre époque, à cette affreuse divinité. On ne saurait donc trouver étrange que la vache, le singe ou le serpent aient les leurs, dans lesquels s’empressent des foules énormes de fidèles, aux jours des cérémonies solennelles. Certains adorateurs de ces dieux grotesques, licencieux, méchants ou ascètes jusqu’au délire se modèlent sur les objets de leur adoration. Des sectateurs de Siva, voulant imiter son austérité, se montrent aussi méchants envers eux-mêmes qu’il peut l’être lui-même envers les autres dieux ou les hommes. « On en rencontre des milliers qui errent dans le pays, à peine ou même pas du tout vêtus, les cheveux et la barbe sales et en désordre, couverts de cendres, sans demeures, sans abris, vivant d’aumônes. Il y en a qui tiennent leurs bras, leurs jambes dans la même posture pendant des années, de manière qu’ensuite ils ne peuvent les mouvoir; d’autres laissent croître leurs ongles jusqu’à ce qu’ils s’enfoncent dans les chairs ; quelques-uns s’obstinent à regarder fixement le soleil jusqu’à ce qu’ils deviennent aveugles; quelques autres s’imposent un silence si absolu et si prolongé qu’à la fin ils ne peuvent plus parler ; ceux-ci s’enivrent, ceux-ci s’habituent à manger les objets les plus immondes pour montrer leur dévotion envers leur dieu^ )) Les membres de la secte des Aghara-Panthis, par exemple, « se font remarquer par leur malpropreté dégoûtante; ils mangent tout ce qu’on leur offre, même des