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fbid., XI

216 LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS

voici : (( Tout ce que peuvent accomplir les actions, les pénitences, la connaissance de la divinité, la suppression des passions, les méditations abstraites, la charité, la vertu et toutes les choses excellentes, est accompli par la seule foi en moi. Le paradis, le ciel, la suprême béatitude, l’union avec la divinité suprême, tout désir du cœur peut être obtenu par la loi en moi h » Puisque croire dispense d’agir, le croyant se renfermera dans la contemplation et le rêve s’il est intelligent, dans le fakirisme le plus ridicule, s’il est Ignorant. Quant à ceux qui seront obligés de travailler pour vivre, ils vivront le moins possible, afin de réduire le plus possible la quantité de travail à faire.

La religion s’est ajoutée au climat énervant de l’Inde pour amener le peuple à une inertie relative, dans laquelle il dégénère petit à petit, depuis des milliers d’années. Je crois même qu’on ne sortirait pas des limites de la vérité, en admettant que si la religion a tourné au nihilisme impuissant dont toute sa doctrine est imprégnée, c’est que la nature du milieu dans lequel son évolution s’est faite ne lui permettait pas de s’orienter vers l’activité. La morale du brahmanisme est restée ascétique et égoïste, parce que l’altruisme exige une activité incompatible avec la chaleur et l’insalubrité de la majeure partie du pays. La Loi sacrée de Manou se montrait un produit du sol indien, quand elle traçait cette règle générale de conduite : (( L’homme qui entend, qui touche, qui voit, qui mange, qui sent des choses qui peuvent lui plaire ou lui répugner sans éprouver ni joie ni tristesse, doit être reconnu comme ayant dompté ses organes » Celui-là est un homme parfait ; les dieux le récompenseront d’autant plus généreusement qu’il aura concentré toute sa vie sur la divinité. (( Cet homme saint qui se tient immobile, comme s’il était élevé sur un pinacle (ou comme un pic de montagne), dont les appétits et les organes sont subjugués, qui est saturé de connaissances séculières et

I. Voyez : Laouenan, loc. cit., II, ji. 3oo. 3. Lois de Manou, livre II, 98.

LES SANCTIONS MORALES DU BRAHMANISME

sacrées ; pour lequel tout est égal, un morceau de terre, une pierre, un morceau d’or, les amis, les parents, les connaissances, les indifférents et les ennemis, le bon et le mauvais ; cet homme est dit uni avec Dieu... Comme une lortue rentre sa tête et ses pieds sous sa carapace, ainsi doit-il tenir ses organes à l’écart des objeis sensuels... Sans repos, il n'y a point de félicité... Le repos est l'état de l’Etre suprême ; celui qui, par une méditation intense, unit son àme à l’Etre suprême, ressemble à une llamme qui ne voltige point lorsqu’elle est à l’abri du vent '. yy Voici d'après les Lois de Manou le devoir principal d'un Brahmane ; « Que le Brahmane récite en temps convenable, avec la plus grande exactitude, la partie du Yéda qu’il doit répéter tous les jours et qui se compose du monosyllabe Aum, des trois mots Bhour, Boiivnh, Swüs, et de la Savitri : ce devoir a été déclaré par les Sages le principal ; tout autre devoir est dit secondaire L » La récompense la plus grande qu’un homme puisse obtenir après la mort, c'est la fusion avec l’Etre suprême, dans le repos absolu.

Quant aux hommes qui auront commis des fautes, ils seront punis d’abord par un séjourdans lesenfers, et, ensuite, par la transmigration de leurs aines dans des individus de diverses castes, malades ou infirmes, ou dans différents animaux : « Pour les crimes commis dans cette vie ou ])Our les fautes d'une existence précédente, dit la Loi de Manou, quelques hommes au cœur pervers sont affligés de certaines maladies ou difformités. — Celui qui a volé de l’or à un Brahmane a une maladie des ongles ; le buveur de liqueurs spiritueuses défendues, les dents noires ; le meurtrier d’un Brahmane est allligé de consomption pulmonaire ; l’homme qui a souillé le lit de son maître spirituel est privé de prépuce. — Celui qui se plaît à divulguer les mauvaises actions a une odeur létide du nez ; lecalomniateui’, une haleine empestée ; le voleur de grain, un membre de moins ; le faiseur de mélanges, un membre de trop. —

2. Bhagavat-Gila, poèine inséré clans le Bhisluiw-Purva cln Alahabliarata, cité par Laouenan, lor. cil., II, p. 70.

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