I. Oldexberg, loc. cil., p. 27Ü
2^8 LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
sans doute, quelque peu métaphysieiens, ne satisfaisaient évidemment pas les populations ignorantes et superstitieuses de rindoustau. Aussi la doelrine du Bouddha n’eut-elle qu’un nombre limité d’adeptes et finit-elle par suecomber sous les dieux de chair et d’os, vicieux comme le peuple, dont les Brahmanes augmentaient sans cesse le nombre et multipliaient les formes, afin de tenir en éveil la crédulité fructueuse de leurs fidèles.
Le succès du bouddhisme ne fut guère plus grand en Chine que dans l’indoustan. Il aurait pu plaire aux philosophes des écoles de Confucius et de Mencius par son panthéisme finalement résolu en athéisme ; mais il se heurtait, dans les populations, au culte des ancêtres d’où découle toute l’organisation politique, administrative et familiale de l’empire du Milieu D’un autre côté, sa morale ascétique et antisociale choquait violemment les idées essentiellement pratiques des moralistes chinois h Le culte des ancêtres ne s’est pas laissé entamer par la négation cultuelle du Bouddha ; la morale de Confucius et de Mencius n'a même pas été etïleurée par celle du Bouddha. Des faits analogues
1. Voyez: Farjenel, Le peuple chinois, ses mœurs el ses institutions.
2. Voyez; de Lanessan, La morale des philosophes chinois. — Je crois utile de reproduire ici les quelques sig'iies dans lesquelles j’ai résumé dans l’avantpropos de ce livre la doctrine morale des philosophes chinois : « Les philosophes de la Chine et de l’Annam se disting'uent de ceux des autres nations par l’absence à peu près absolue de toute préoccupation métaphysique. Les questions du libre arbitre, de l’âme, de la divinité et de la vie future ne paraissent pas tenir la moindre place dans leurs méditations. Leur royaume est de ce monde, leur morale s’adresse â des hommes dont toute l’existence doit s’écouler sur cette terre et qui, par suite, devront y trouver la récompense de leurs vertus, comme le châtiment de leurs mauvaises actions. En second lieu, l’homme n’est jamais envisagé par les philosophes chinois comme un individu isolé, susceptible d’être heureux ou malheureux, de jouir ou de souffrir tout seul.. Us ne le comprennent pour ainsi dire pas en dehors de la famille, du village, de la société grande ou petite dont il fait partie, de la nation à laquelle il a|)partient, du gouvernement qui régit son pays. La doctrine morale dont l’homme devra s’instruire, les règles morales auxquelles il devra obéir, les principes moraux qui éclaireront sa marche dans la vie ne sont pas spéculatifs ; ils ont toujours un objectif pratique, familial et social. Ce n’est pas en vue d’un but plus ou moins lointain, d’une sanction à recevoir dans un autre monde, que les principes de cette morale devront être appliqués, mais, au contraire, en > ne de résultats immédiats, dans le lieu même où ils sont enseignés et pratiqués. Il en résulte que la |)hilosophie chinoise revêt un caractère en quelque sorte plus humain que celui de toute autre morale. »
LES SANCTIONS MORALES DU BOUDDHISME
se sont produits au Japon, où le culte des ancêtres fut dominant jusqu’à la révolution de 1868 et subsiste encore, appliqué aux ancêtres de la famille impériale, représentant la patrie.
Le bouddhisme, cependant, s’est beaucoup développé à coté du vieux culte Shin-tÔ, en produisant un grand nombre de sectes, assez analogues à celles du protestantisme, et entre lesquelles se partagent les fidèles. 11 convient mieux, sans aucun doute, aux peuples de race jaune qu’aux populalions aryennes de l’Inde, car les premiers sont beaucoup moins portés vers l’idolâtrie que les secondes. Cependant, même dans les pays habités par les hommes de race jaune, le bouddhisme représente plutôt une sorte de philosophie qu’une religion et ne donne lieu à un véritable culte que de la part des moines et des prêtres. Le peuple ne fait appel au concours de ces derniers que pour les cérémonies funèbres. Tous les actes de la vie restent indépendants de la religion.