CHAPITRE XIV
DES RAPPORTS DE LA MORALE RELIGIEUSE AVEC L'ÉVOLUTION DE LA MORALITÉ DANS LTNDE
S'il esl utio religKJii doiil il soi! possible (b; dire (jii elle a eontribué au progrès de la moralité privée ou publique de ses adhérents ce ii’est point, à coup sur, le Brahmanisme. Il li eu est pas qui ait eu des divinités plus vicieuses, une morale plus eiiraiitiue. plus ridicule ou plus grotesque, des sanctions jilus étranges et moins aptes à inspirer le bien, à éloigner du mal. Certes, ilest possible, avec beaucoup de subtilité d’esprit, de trouver, pour quelques-unes de ses légendes, des explications métaphysiques plus ou moins plausibles : mais ce n’est point cela que le peuple ignorant y peut voii'. Indra ne saurait être à ses yeux qu’un être grossier, violeul, ivrogne, lubrique, dont il peut sans crainte imiter les vices puisqu’ils sont ceux de l’un des plus grands dieux du panthéon brahmanique. Ivali ne peut que lui inspirer le goût de la débauche mêlée aux plus sanglantes brutalités. Que peut-il voir dans Krishna et dans ses prêtres elléminés, si ce n’est la justification des pires aberrations des sens et du plus honteux servage? Certains adorateurs subtils du Linga de Siva et de l’Yoni de son épouse bienaimée Sati, peuvent expliquer les pratiques de leur culte par des mythes plus ou moins métaphysiques, se déroulant autour de l’idée de la génération qui préside au développement des mondes; mais le vulgum pecus de l’Inde n’y met point tant de subtililé; il ne voit dans les images lubriques auxquelles il lait ses ablutions et ses ollVandes que des excitants de sesjiassions. Quelles idées morales, quels préceptes de conduite peut-il puiser dans le culte du serpent ou dans
celui du singe, dans l'adoration de la vache, dans les hommages qu’il rend à ce Ganesa, lils de Siva, dont le corps ventru, assis sur un rat, se termine par une tête et une trompe d’éléphant? Les prêtres qui l’inventèrent ont réussi àfaire croire au public que ce dieugrotesque est l’incarnation de la sagesse; ils ont su le rendre tellement populaire que son idole se trouve partout, aux carrefours des routes, et qu’on l’invoque dans toutes les circonstances de la vie, avant un mariage comme au début d’un poème; mais, quelle que soit la sottise de ses adorateurs, n'est-il pas évident quele résultat le plus clair de leurs adorations est de les rendre plus sots encore? Est-il possible d’imaginer rien de plus ridicule que la prière adressée à cet être immonde par l’auteur du Ganapati Upanishand : « Celui qui médite continuellement sur ta forme divine, la concevant comme n’ayant (ju’une dent, avec quatre bras, avec un rat sur ta bannière, d’un teint rouge, avec un gros ventre, oint de parfums de couleur rouge, vêtu d’habits rouges, orné de lleurs rouges, abondant en compassion, la cause de cet univers impérissable, non produit, non alfecté par la création ; celui-là devient le plus excellent des Yogbis. Louange, donc à toi, ô Ganapati; quiconque médite sur cette figure de l’Atbarva-Siras ne sera jamais arrêté par les difficultés, il sera délivré des cinq grands péchés et de tous les moindres ; il acquerra des richesses, les objets de ses désirs, la vertu et la béatitude finale'. » Une telle prière formulée devant une pareille idole ne donne-t-elle pas une idée de la perturbation d’esprit à laquelle le brahmanisme conduit les hommes parmi lesquels il s’est répandu ?
Abn d’accroître leur puissance, les prêtres du Brahmanisme ont adopté tontes les divinités qu’il a plu aux races multiples de l’Inde de concevoir. Ils les ont introduits dans son olympe avec l’espoir, justibéparl’événement, qu’ils gagneraient ainsi la conbancede leurs bdèles et que leur puissance augmenterait avec le nombre des dieux; il n’est pas permis de contester qu’ils aient atteint leur but. Les deux