‹ La morale des religionsChapitre 185 sur 380 · I.ANESSAN. tu*ll[;iüllS. I · texte numérisé non relu

I.ANESSAN. tu*ll[;iüllS. I

"io8 MORALE PHILOSOPHIQUE DANS LES SOCIÉTÉS GRÉCO-ROMAINES

combien était acaiiàlre la femme de Sociale, à quelles épreuves elle mettait la robuste patience du pbilosopbe. Elle n’était probablement pas plus douee avec scs fils et ceux-ci s’en plaignaient amèrement. A Lamproclès, l’aîné d’entre eux, Socrate, dit un jour : « Répondez, mon fils; savez-vous qu’il y a des bommes qu’on appelle ingrats.^ — Assurément. — Et savez-vous quelles actions leur ont mérité ce litre — Puis-je l’ignorer P On appelle ingrats ceux qui ont reçu des bienfaits, et qui, pouvant en marquer leur reconnaissance ne le font pas P — Mais ne croyez-vous pas qu’on puisse ranger les ingi'ats parmi les bommes injustes P — Je le crois... — Eb bien ! trouverons-nous des êtres plus comblés de bienfaits ([ue ne le sont les enfants par les auteurs de leurs jours P... L’époux nourrit son épouse qui doit le rendre père. 11 amasse pour ses enfants, meme avant leur naissance, les choses qu’il croit devoir être utiles à la vie, et il en amasse le plus qu’il peut. La femme, de son côté, porte avec peine le fardeau qui expose sa vie ; elle nourrit l’enfant de sa propre substance, elle le met au jour avec de cruelles douleurs, elle l’allaite et lui donne ses soins, sans qu’aucun bienfait reçu attache la mère à l’enfant, et sans que l’enfant connaisse encore celle qui lui prodigue sa tendresse : il ne peut même faire connaître ses besoins. Mais elle clierclie à deviner ce qui lui convient, ce qui peut lui plaire : elle le nourrit longtemps, et les jours et les nuits ; elle se tourmente sans prévoir quelle reconnaissance payera ses ])eines. (^e n’est pas tout : dès que l’âge semble permettre aux eid’ants de recevoir quelque instruction, les parents leur enseignent ce qu’ils savent et ce qui pourra leur être utile un jour; et dans les autres parties de la science où ils connaissent quelqu’un plus capable, ils envoient leurs enfants recevoir ses leçons, et ne regrettent ni dépense ni soins pour les rendre les meilleurs possible. — Je veux, répondit le jeune homme, que ma mère ait fait tout cela, et même beaucouji jilus encore : mais personne ne peut soulli-ir sa mauvaise bumcui'... — Et vous, combien de désagréments insupjiortablcs lui avezvous causés durant votre enfance, et ])ar vos cris et [lar vos

LA MORALE DE SOCRATE

actions ! Combien de peines et le jour et la nuit ! Combien d’afllictions, dans vos maladies ! — Mais du moins je n’ai jamais rien dit, jamais rien fait dont elle ait en à rougir...

— Pensez-vous donc tpie votre mère soit votre ennemie P

— Non assurément... — Dites-moi, croyez-vous qu’il faille rendre des soins à quelqu’un ? Ou bien entre-t-il dans votre plan de ne plaire à personne, de ne suivre personne, de n’obéir à personne, ni à un général, ni à un magistrat ? - — - Je crois qu’il faut de la soumission. — • Vous voulez sans doute plaire à votre voisin, pour qu’il vous allume votre feu au besoin, qu’il vous rende quelques services, qu’il vous secoure avec un empressement amical s’il vous survient quelque malheur? — Cela est vrai. — Est-il indifférent d’avoir pour amis ou pour ennemis ses compagnons de voyage, de navigation, ou tout autre? Ne croyez-vous pas qu’il faille travailler à mériter leur bienveillance ? — Je le crois. — Quoi ! vous aurez des égards pour ces gens-là, et vous ne croyez pas en devoir à une mère (jul vous aime si tendrement ? »

Après avoir ainsi démontré à Lamproclès (pi il doit aimer sa mère en raison des services (ju’elle lui a rendus et parce qu’il a intérêt à en obtenir de nom eaux, comme il cherche à en recevoir de ses amis et de ses compagnons, Socrate invocjue la déconsidération à laquelle on s’expose en se mettant en contradiction avec les mœui's et les lois de la société dont on fait partie. « Ignorez-vons, lui dit-il, (jue la Uépublicpie frappe le citoyen (pii n’bonore pas ses parents, (ju’elle l’exclut de l'arcliontat, persuadée (ju’un sacrifice olfert par des mains impies déplairad aux dieux, qu'aucune action d’un tel homme ne peut être ni juste ul honnête? Dans les épreuves relatives à rarebontat, elle recherche même si les candidats ont honoré les mânes do leurs pères. Si vous êtes sage, mon fils, vous prierez les dieux de vous pardonner vos olfenses envers votre mère. Craignez (ju’ils ne vous refusent leurs laveurs en vous voyant ingrat. Craignez que les hommes ne connaissent votre mépris pour les auteurs de vos jours ; ils omus l•ejelteraient tous ; vous seriez sans amis et dans un abandon

universel; car si l’on vous soupçonnait d’ingratilude envers VOS parents, qui vous croirait capable de payer de reconnaissance un bienfait. ))

A l’heure meme où il va mourir, condamné par des magistrats qui ont vu dans son enseignement un danger pour l’état social oligarchique dont ils ont la défense’, Socrate se

I. Xénoplion vjtnte en plusieurs endroits de ses souvenirs, avec insistance, le respect de Soci'ate pour les lois et les ])ouvolrs publics, mais il montre aussi qu’il savait résister aux caprices des autorités ou de ceux des plébéiens. « Elevé au rang de sénateur, il avait juré, en cette qualité, de ne juger que conformément aux lois. Elu ensuite épistate (c’est-à-dire président de l’assemblée du peuple) pressé par le ]>euple de condamner à moi't et de comprendre dans un seul et meme jugement Itrasiuide, Tbrasylle et sept autres généraux, il ne voidut pas permette le vote. Le peuple s’irrita, les grands menacèrent, mais il aima mieux rester fidèle au serment que tle commettre une injustice pour complaire à la multitude et calmer son courroux. » (76((/., p. i5.)

H ne montrait pas moins d’indépendance à l’égard des autorités, quand il estimait que leurs ordres étaient contraires à la justice. « Quand les Trente lui commandaient quelque chose d’injuste il n’obéissait pas. Ainsi lorsqu’ils lui prescrivirent de ne pas avoir d’entretiens avec la jeunesse (c’est-à-dire de ne plus enseigner) lorsqu’ils lui enjoignirent à lui et à quelques citoyens de conilamner un bomme à mort, lui seul résista, parce que l’ordre était injuste. »

{Ibid., p. i5i.)

La cause immédiate ties poursuites dont Socrate fut l’objet se trouve précisément dans son refus d’exécuter une loi qui « défendait d’enseigner l’art de la parole » {Ibid., (>. 32 et suiv.), loi jiromulguée par l’initiative d’un de ses anciens disciples qui l’avait pris en haine. Ce disciple, nommé Gritias, faisait partie du conseil des Trente qui avait « fait mourir un grand nombre de citoyens des plus ilistingués » et en avait « forcé d’autres à seconder ses injustices ». Socrate avait vertement critiqué les membres du conseil. « Critias et Ghariclès mandèrent Socrate, lui montrèrent la loi, et lui défendirent d’avoir des entretiens avec la jeunesse. » Socrate leur demande ironiquement « jusqu’à quel âge les hommes sont dans la jeunesse ». Les magistrats lui répondent : « Hs y sont tant (pi’il ne leur est (las permis d’entrer au Sénat, parce (ju’lls n’ont pas encore acquis la prudence ; ainsi ne parle |)as aux jeunes gens au-des.sous île trente ans. » (Jette défense éi|tiivalait évidemment à l’interdiction absolue d’enseigner. Éaisant allusion à sa méthode il’enseignement, Socrate demande, toujours sur le ton de l’ironie : « Mais si je veux acheter quel([ue chose il’un marchand qui ait moins de ti'cnte ans, pourrai-je lui dire ; Combien cela? — Ou te |)ermet cette question ; mais tn as coutume d’en faire sur une quantité de choses que tu sais bien, et voilà ce qui t’est défendu. — Ainsi je ne répomlrai point à un jeune bomme qui me dirait : Où demeure Cbariclès ? Où est Gritias ? — - Tu |)eux l'époudre à cela, lui dit Gbariclès. — .Mais souviens-tol, Socrate, reprit Gritias, de laisser en re|)OS les cordonniers, les fabricants de métaux et autres artisans ; aussi bien, je crois qu’ils sont fort las de s’entendre mêlés dans tous tes propos. — Il faudra sans doute aussi, répondit Socrate, que je renonce aux conséquences que je tirais de leurs professions, iclativcmcut à la justice, à la piété, à toutes les vertus ? — Oui, par .lupiter ! répliqua Ghariclès ; laisse-là aussi tes bouviers, sans quoi tu pi>urrais trouver du déchet dans ton bétail. » Ce mot, ajoute Xénoplion, « lit assez connaître que la comparaison ilu berger, rajiportée trop fidèlement, était la cause de leur haine contre Socrate ». Faisant allusion aux tyrannies et

LA MORALE DE SOCRATE

place, poui' juger leurs aclcs cl sa ])roprc couduile, au point de vue des sanctions morales immédiales. Ce n’est pas d'un cliâtiment dans l’autre inonde qu’il les menace, ce n’est pas des dieux: vengeant la vertu qu’il leur jiarle, c’est de l’infamie ([ui les attend parmi les hommes. Et il s’assigne à liii-meme sur cette terre la récompense à laquelle il estime que lui donnent droit les enseignements qu’il a répandus parmi ses concitoyens. Proclamé coupable et invité, selon la coutume, à se jirononccr sur la peine qu’il croyait méiiter, il demande, au contraire, une récompense qui (( convienne à un homme pauvre, votre hienfaiteur, qui a besoin de loisirs ]mur ne s’occuper qu’à vous donner des conseils utiles ». Aucune récomj)cnse ne peut convenir mieux à cet homme (( que d’élre nourri dans le Pryta-

aux violences des Trente, Socrate avait dit, en elTet ; « .Te serais étoniu^ qne le gardien d’nn troupeau qui en t^gorgerait une partie et rendrait l’autre plus maigre ne voulût pas s’avouer mauvais pasteur ; mais il serait plus ûtrange encore qu’un liomme qui, se trouvant à la tete de ses concitoyens, en détruir;rit une partie et corromprait le reste, ne rougît pas de sa conduite et ne s’avouât pas mauvais magistrat. »

Socrate n’avait lait, en cette circonstance, que mettre en prati([ueses idées sur les lois, d'après lesquelles nul n’a le droit d’imposer ses volontés jiar la lorce, et les lois ne peuvent être que le produit du concessus de tous les citoyens. Xénoplion nous a conservé la trace de ces idées dans nu dialogue supposé entre Alcibiade et Déridés (Jljid., p. a’I) ; « Dites-moi, l’ériclès, ilemande Alcibiade, pourriez-vous m’apprendre ce que c’est ((ue la loi A.. J’enteiuls louer certaines ])ersonnes parce ([u’elles observent religieusement les lois ; et je crois qu’on ne mérite point cet éloge, sans savoii- ce ([ue c’est ([ue la loi. — Il n’est pas difficile, Alcibiade, de te satisfaire. La loi est tout ce que le peuple assemblé a revêtu de sa sanction, tout ce qu’il a ordonné de faire on de ne pas faire.

— Et qu’ordonne-t-il de faire ? le bien ou le mal ? — Le bien, sans donte,jeune liomme ; veux-tu qu’il ordonne le mal ? — Mais si ce n’est [las le peuple ; si, comme dans l’oiigarcbie, c’est un jietit nombre de citoyens (|ni se rassemblent et qui prescrivent ce (ju’on doit faire, comment cela s’ap|)elle-t-il ? — Dés que la portion de citoyens (]ui gouverne ordonne (|uebjue ebose, cet ordre s’a]q)elle une loi. — Mais si un tvran usur|>e la puissance et qu’il prescrive au peuple ce qu’il doit faire, est-ce encore une loi 1* — (lui, puis(|u’elle émane de celui qui commande. — Mais quand la viidence et le renversement des lois ont-ils lien? N’est-ce pas lorsque le |>nissant, négligeant la persuasion, contraint le faible à faire ce qui lui plaît ? ■ — .le le crois. — Ainsi le tyran qui force les citoyens à suivre ses ca|)rices est donc ennemi des lois ? — Oui ; j’ai en tort d’a|)|)eler lois les ordres d’nn tyran qui n’emploie |)as la |)ersuasion. — Mais lorsqu’un jietit nombre de citoyens revêtus de la puissance souveraine prescrit ses volontés à la multitude sans obtenir son aveu, appellerons-nons cela de la violence ou non ?

— De quelque part que vienne l’ordre, qu’il soit écrit ou ne le soit pas, dès qu’il n’est fondé que sur la force, il |)araît plutôt un acte de violence qu’une loi. — Et ce que la multitude qui eommande [jreserit aux riches sans obtenir leur aveu sera donc violence et non pas loi ? — Très vrai, Alciliade. «

liée ; el je la niéi'ifo bien plus que celui qui, aux jeux Olymj)iques, a remporté le prix de la course à cheval, ou de la course des chars à deux ou quatre chevaux, car celui-ci lie nous rend heureux qu'eu apparence : moi je vous enseigne à l'éti'e véritablement ». Cette hautaine attitude lui valut la peine de mort. Se tournant alors vers ses juges: (( Je m’en vais donc, dit-il, subir la mort à laquelle vous m’avez condamtié ; et mes accusateurs riniquité et l’infamie il lacpiclle la vérité les condamne. Pour moi, je m’en tiens à ma peine, et eux à la leur. En elïét, peut-être, est-ce ainsi que les choses devaient se passer, et selon moi tout est pour le mieux... Si vous pensez qu’en tuant les gens vous empcchcrez (pi on vous reproche de mal vivre, vous vous trompez. Cette manière de se ilélivrer de scs censeurs n’est ni honnête ni possible : celle qui est en même temps et la plus honnête et la plus facile, c’est, au lieu de fermer ia bouche aux autres, de se rendre meilleur soi-même. ' »

1. C’est surtout ;'i propos de l:i coiuliiuiucitiou de Soernte qu’a étt^ discutée la question de savoir si ce philosophe et d’autres persouiiaqes, comme Alcibiade, Protagoras, Auaxagore, Phidias, Aspasie, Aristote, Stil|)on, Phryné, etc., furent poursuivis réellement pour impiété ou ])Our des raisons jiolitiques. H paraît bien établi qu’à une certaine époque l’impiété manifestée à l’égard de certaines divinités était considérée comme uii crime punissable de baunissemeut ou de mort. D’une étude complète île cette question M. P. Decbarine (Cr/L deslrad. rel'uj. chez les Grecs, p. 179) comelut; « Ce que les Athéniens ne tolérèrent jamais, ce furent les mauifestatious de l’athéisme. Protagoras banni et ses livres bridés, la tête de Diagoras mise à |>rix, Théodoros expulsé, montre qu’il n’était pas permis à Athènes de dire ou de faire voir qu’on ne croyait pas à l’existence des dieux. » Il dit encore (p. 177) : « Les lois athéniennes faisaient respecter la religion et des dispositions rigoureuses protégeaient contre toute atteinte le culte des divinités nationales, en particulier celui des Craudes Déesses » (Eleusis, Dèméter, Corè). Cependant, si la loi était « sévère pour les libertés de la pensée, dans la pratique, l’esprit [lublic le fut rarement» (p. 179). D’autres cités grecques paraissent avoir été, de tout tenqjs, plus libérales qu’Athèiies à l’égard de la pensée.

CIIAl'IÏUE III

LA MORALP: de PLATON

Platon, malgré son idéalisme, n était guère moins porté' que Socrate à clierclier la sanction morale dans la conséquence directe des actes bons ou mauvais et Pou peut le considérer comme ayant posé les premières bases de la doctrine qu’Epicure développa un siècle plus tard. 11 y a, en ellel, dans l’œuvre morale de Platon, deux [larties très distinctes:

1 une purement idéaliste et religieuse, sur la(|uelle on attire généralement l'attention, l'autre rii'be en obseix ations remarquables, mais que ses commentateurs ont négligée parce qu’elle allait à rencontre de leurs tbéoiics inétapbysiipies ou religieuses.

Ea base véritable de sa doctrine, eu ce qui concerne la sanction morale, se trouve dans les plaisirs cpi'il attribue à la salislaction des besoins de cbacune des trois parties qu’il distingue dans râme humaine et d'après lesipiellcs ilétaldit trois types d'hommes caractérisés par la [irédominance de telle ou telle de ces parties: le philosophe, l’ambitieux, l’intéressé. (Ibacun de ces types est à la recherche d’une sorte particulière de plaisir, et c’est pour l’atteindre que tous les hommes agissent, chacun suivant la partie de son âme qui prédomine en lui. « Si lu demandais, fait-il dire à Socrate, à chacun de ces hommes en particulier qu’elle est la vie la plus heureuse, ne sais-tu pas que chacun vanterait particulièrement la sienne P L'homme intéressé ne dira-t-il pas que les plaisirs de la science et des honneurs ne sont rien en comparaison du plaisir du gain, à moins

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qu’on n’en lasse argent?... De son coté que dira l’ambitieux? ne dira-t-il pas que le plaisir des richesses ne donne que de l’cndiarras, et que celui qui provient de l’étude des sciences, à moins que celte étude ne conduise aux honneurs, n’csl que Tumée et frivolité?... Quant au philosophe, disons qu’en comparant les autres j^laisirs à celui de chercher la vérité jiaiiout où elle est, et de persévérer dans la meme étude, il les regarde comme bien éloignés du véritable plaisir'. »

Clierchant à déterminer quel est celle des trois sortes de plaisirs qui est « je ne dis pas le plus honnête et le meilleur en soi, le plus houteux et le plus mauvais, mais le plus agréable et le plus exempt de peine, comment, fait-il demander à Socrate, pourrons-nons savoir de quel coté se trouve la vérité? » Dans le ljut d établir la réponse à cette question, il pose en principe que les « qualités requises pour J)ien juger » sont (( l’expérience, la réllexion et le raisonnement ». Il se demande quel est celui des trois liommes envisagés plus haut qui a « le plus d’expérience des trois sortes de plaisirs». C’est évidemment le philosophe, car il (( s’est trouvé dès l’enfance dans la nécessité de goûter les autres plaisirs»; mais « il est impossible qu’aucun autre que le philosophe goûte le plaisir attaché à la contemplation de l’essence des choses ». Et il fait conclure par Socrate : (( 11 est donc le seul qui joindra aux lumières de l’expérieuce celles de la réllexion ...quanta l’instrument qui est la troisième condition pour jugei’, il n’appartient en propre ni à l’intéressé, ni à l'amliitieux, mais au philosophe. . . Le raisonnement est, à proprement jiarler, l’instrument du philosophe... Si la richesse et le gain étaient la plus juste règle pour bien juger de cha([ue chose, ce que l’homme intéressé estime ou méprise serait, eu clïct, ce (pi il y a de plus digne d’estime onde mépris... si c’étaient les honueurs, la victoire et le courage, ne faudrait-il pas s’en rapporter à la décision de riiomme amhi-

I. Pour celte citiition et les suivantes, ainsi que pour tout le développement de l’idée, voyez Platon, La République, livre I\.

LA iMORALL DE TLATON

lieux et querelleur? ...Mais ])uisque c est à rc\])éricuce, à la réllexiou, à la raison qu’il appaiiienl de prononcer..., on ne peut s’empêcher de reconnaître que ce qui mérité l’estime du philosophe, de l’ami de la raison, est vérita})lenient digne d’estime... Donc, des trois plaisirs dont il s’agit, le plus doux est celui que goûte cette partie de l’amc qui est rinstrumenl de nos connaissances; cl l’homme qui donne à cette partie tout empire sur lui-même, a la vie la plus heureuse. » Glaucon répond : « sans contredit; et quand le sage vante le bonheur de sa vie, c’est qu’il en a le droit. ))

Platon montre une sagacité merveilleuse et un esprit remarquable d’observation lorscjn’il |)Ose en |)rincipe que par la sélection ou l’éducation il est possible, facile même, de produire à volonté des philosophes pour gouverner la République, des ambitieux ou guerriers pour la défendre et des intéressés ou commerçants, artisans, etc., pour l’enrichir.

C’est surtout à propos de la classe des guerriers qu’il dévelop])e avec précision ses avis sur l’éducation et la sélection. La gymnastique et la musique soid les matières capitales de l'éducation des guerriers, l.es femmes doivent recevoir cette éducation comme les hommes et avec eux, de môme qu elles doivent paidicipcr à la partie la moins pénible de leur service. Mais il ne su Hit pas d’éduquer les guerriers en vue de leur rêile, il faut encore choisir les individus les plus aptes à le remplir. Platon insiste, jiar la bouche de Socrate, sur ce principe que chacun doit faire seulement ce à (juoi il est propre, puis il lui fait exposer les moyens d’atteindre le but*. « Plus le métier des gardiens de l’Etat est important, plus il demande de loisir, d’art et de soin... Ne demande-t-il |)as encore une aplUude naturelle? — Glaucon: Sans contredit. — Socrate: G est à nous de choisir, je ])ense, si toutefois nous en sommes eapahles, la nature et le genre des dispositions convenables pour la garde de l’Etat. . . Ne vois-tu pas qu’il y a ipielque res-

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