‹ La morale des religionsChapitre 186 sur 380 · I. Platon, La République, livre If, p. 70 et siiiv · texte numérisé non relu

I. Platon, La République, livre If, p. 70 et siiiv

2()r. MORALE PlIILOSOPniOl E DANS LES SOEIÉTÉS GRECO-ROMAINES

sciiil)lancc outre les (jualilés d’un eliien de lionne race et celles d’un jeune et vaillant guerrier, quand il s’agit de garde?... qu’ils doivent avoir l’un et l’autre de la sagacité pour découvrir l’ennemi, de la vitesse pour le poursuivre, de la force pour le combattre, s’il le faut, quand ils l’auront atteint... et du courage encore pour bien combattre. » Glaucon ayant reconnu l’exactitude de toutes ces observations, Socrate continue : «Mais un cheval, un ebien, un animal quelconque, peut-il être courageux, s’il n’est porté à la colère? n’as-tu pas remarqué que la colère est (pielquc chose d’indomptable, et qu’elle rend l’âme intrépide et incapable de céder au danger?» Fort bien, dit Glaucon; mais les deux interlocuteurs ne sont pas sans connaître les dangers de guerriers naturellement portés à la colère, et Socrate ajoute : « Nos guerriers ne seront-ils pas féroces entre eux et à l’égard des antres citoyens, a\ee le naturel irascible? — Glauc. : 11 est bien difficile qu’il en soit autrement. — SocR. ; Il faut cependant qu’ils soient doux envers leurs amis et rudes envers leurs ennemis, sans cela ils n’attendront pas f[ue d’autres viennent les détruire; ils les préviendront et se détruiront eux-mêmes... que faire donc? où trouver un caractère à la fois doux et irascible? » Pour trouver ce caractère, il revient à sa comparaison dn guerrier et du chien. « Tu \mis, dit-il, que le naturel des chiens de bonne race est d’être aussi doux que possible envers ceux qu’ils connaissent jusqu’à la familiarité, et d’être tout le contraire à l’égard de ceux qu’ils ne connaissent pas. . . Quand nous demandons un gardien de ce caractère, nous ne demandons rien qui soit contre nature. » Cependant, Platon n’ignore pas que les chiens auxquels il fait allusion ne sont pas les premiers chiens venus; il faut qu’ils soient, comme il dit, « de bonne race ». Ainsi faudra-t-il que soient les guerriers .

Une « bonne race » ne pommant se former, Platon le sait bien, que par l’éducation et la sélection, il applique la sélection à ses guerriers, c’est-à-dire qu’il prescrit d’unir les guerriers les mieux doués des qualités propres à leur rêile avec les femmes jouissant de qualités non moins parfaites

et ayant reçu la inèuie éducation. 11 l'ait dire à Socrate' ; (( Toute cette jeunesse (de la classe des guerriers) ayant meme demeure, meme table et ne possédant rien en propre, sera toujours ensemble, et comme elle se trouvera toujours mêlée dans les gymnases et dans tous les exercices, il est impossible je crois qu’elle ne soit pas portée par un sentiment bien naturel à former des unions; n’est-ce pas nue nécessité c|ue cela arrive.^ — Glauc. : Si ce n'est pas une nécessité géométrique, c’est une nécessité fondée sur l’amour et celui-ci pourrait bien avoir plus de force ([ue l’autre pour persuader et entraîner la foidc. — Socr. : Ce que tu dis est vrai. Mais, mon cher Glaucon, il n’est pas permis de former des unions au hasard, dans un Etat où tous les citoyens doivent être heureux; les magistrats ne le souffriront pas. . . Nous ferons des mariages aussi saints qu’il nous sera possible, et les avantageux à l’Etat seront les plus saints... Mais comment seront-ils très avantageux.^ C’est à toi Glaucon de me le dire. Je vois que tu élèves dans ta maison des chiens de chasse et beaucoup d’oiseaux de belle espèce. As-tu pris garde à ce que l’on fait pour les accoupler et en avoir des petits.^... Parmi ces animaux, quoique de bonne race, n’en est-il pas quelques-uns qid sont ou qui deviennent supérieurs aux autresi*... Veux-tu avoir des petits de tous également, ou aimes-tu mieux en avoir de ceux qui l’emportent sur les autres! — Glauc.: J’aime mieux en avoir de ceux-ci. — Socr. : Des plus jeunes, des plus vieux ou de ceux qui sont dans toute la force del’âge.^

• — Glauc. ; De ces derniers. — Socr. : Si on n’apportait pas toutes ces précautions, n’es-tu pas persuadé que la race de tes chiens et de tes oiseaux dégénérerait bientôt.^ — Glauc. : Oui. — Socr. : Crois-tu qu’il n’en soit pas de même des chevaux et des autres animaux? — Glauc. ; 11 serait absurde de ne pas le croire. — Socr. : Grands dieux, mon cher Glaucon, s’il en est ainsi même à l’égard de l’espèce humaine, quels hommes supérieurs nous faudra-t-il pour magistrats! — Glauc. : 11 en est de même; mais pour-

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