‹ La morale des religionsChapitre 192 sur 380 · De natura rerum, livre lli, V. 911 et suiv · texte numérisé non relu

De natura rerum, livre lli, V. 911 et suiv

LA MORALE D ÉFIGURE

nature et la combler de biens, sans pouvoir jamais la satisfaire?... N’est-ce pas là ce que les poètes racontent de ces jeunes fdles qui portent de l’eau dans un vase sans fond, bien qu’il soit impossible de le remplir ? Que dire de Cerbère et des Furies, et du Tartarc ténébreux qui vomit des torrents de flammes ? Rien de pareil n’existe ni ne saurait exister. Mais, dans cette vie meme, le malfaiteur est poursuivi par la crainte des peines éclatantes qui suivent les crimes signalés. Il voit la prison oii l’on expie les forfaits, la roche terrible d’où les traîtres sont précipités, les verges, les bourreaux, le chevalet, la poix, les lames rougies, les torches. En l’absence meme de ces supplices, son imagination, confidente du crime, les prévoit: elle lui fait sentir l’aiguillon du remords et la menace du fouet de la justice. 11 n’aperçoit cependant aucun terme à ses maux, aucune borne au châtiment ; et en meme temps il craint que ces supplices ne s’aggravent encore au sein de la mort. En un mot, c’est en ce. monde que la vie des âmes déréglées devient véritablement un enfer ».

Tout cela ne peut s’appliquer, bien entendu, qu’à des hommes ayant reçu une éducation morale sutTîsante pour qu’ils aient la connaissance du bien et du mal, et qui pratiquent d'ordinaire le bien. Si, par suite de circonstances plus fortes que leurs habitudes morales, il leur arrive de mal faire, ils éprouveront le remords de leur mauvaise action. Rien de pareil ne saurait se produire chez un homme n’ayant pas reçu la même éducation morale et n’étant pas également habitué à faire le bien. Epicure et ses disciples n’étaient pas sans avoir entrevu cette vérité, car ils attachaient, comme Socrate et Platon, une extrême inq^ortance à l'éducation morale; on peut dire même que tout leur enseignement tendait à cette éducation. Ils avaient soin de joindre l’exemple à la leçon théorique. « Mon corps est saturé de plaisir, avait coutume de dire Epicure, quand j’ai du pain et de l’eau. » Sa conduite inspirait une telle admiration aux stoïciens eux-mêmes que Sénèque disait de lui ' : « Un

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