I. De la Clémence, livre I, i
Avec Marc-Aurèle, la morale atteint une hauteur audessus de laquelle jamais, en aucun temps, elle ne s’est élevée. Ce qui fait la base de ses principes, c’est la bonté, c’est-à-dire la forme la plus pure de l’altruisme, et la bonté s’étendant meme à ceux qui nous font du mal. Faisant allusion à l’éducation qu’il a reçue, il écrit: (( Je remercie les dieux de m’avoir donné de bons aïeux, de bons parents, une bonne sœur, de bons maîtres, et, dans mon entourage, dans mes proches, dans mes amis, des gens presque tous remplis de bonté*. — ■ Imiter de ma mère sa piété, sa bienfaisance ; m’abstenir, comme elle, non seulement de faire le mal, mais même d’en concevoir la pensée ; mener sa vie frugale, et qui ressemblait si peu au luxe habituel des riches ^ — Sextus a présenté à mes yeux le modèle de la bienveillance, l’exemple d’une famille gouvernée par l’affection paternelle, l’homme qui comprenait ce que c’est que vivre selon la nature... Il savait découvrir avec une inquiète boulé les besoins de ses amis... Il s’accommodait à toutes les humeurs : aussi trouvait-on dans son commerce plus d’agréments que dans toutes les llatteries, en même temps qu’on se sentait pénétré pour lui d’un profond respect... 11 ne donna jamais le moindre signe de colère ni d’aucune autre passion. Il était à la fois et libre de toute affection déi'églée, et le plus aimant des hommes*... — Point de ces alternalives de bonne humeur, puis de colère ou de bouderie ; de la bienfaisance, de la générosité dans le pardon des fautes b »
Sénèque dédaigne ceux qui lui font du mal et cherche dans son orgueil un argument contre la vengeance ; avec Marc-Aurèle dos sentiments nouveaux apparaissent. (( La meilleure manière de se venger, dit -il, c’est de ne pas se rendre semblable aux méchants*. — C’est le propre d’un homme d’aimer ceux mêmes qui nous offensent. On en