Ibid., VI, VK
LA MORALE DES STOÏCIENS
i arrive là lorsqu’on réfléchit que les hommes sont nos pro-
1 elles ; que c’est par ignorance, malgré eux, qu’ils pèchent,
i et que bientôt nous mourrons les uns et les autres : avant
toute chose, qu’on ne nous a point fait de mal : en elTet, ton âme n’a pas été rendue pire qu’elle n’était auparavant 1 — S’il arrive à quelqu’un de pécher envers toi, réfléchis
aussitôt à l’opinion qu’il a dû se faire du bien ou du mal pour manquer ainsi. A cette pensée, tu auras pitié de lui ;
! tu ne sentiras plus ni étonnement ni colère. Ou, en efl'et,
, tu as la même opinion que lui sur ce qui est bien et sur ce qui
est mal, ou tu as une autre opinion, mais analogue à la j , sienne. Tu dois donc pardonner. Mais, si tu ne partages I * pas son opinion sur les biens et les maux, il te sera plus i facile encore de te montrer indulgent pour un homme qui ! ■; a mauvaise vue^ — Chéris le genre humain A — D’autres ;; l’emportent sur toi à la lutte; mais personne n’aime plus : A ses semblables, personne n’a plus de modestie, personne ! ;v n’a en face des événements -de la vie plus de calme, ni, pour les fautes du prochain plus d’indulgence '. — Quand • ^ tu as fait du bien et qu’un autre a reçu ton bienfait, pour- I quoi, à l'exenqDle des fous, chercher une troisième chose encore, vouloir que ta bienfaisance paraisse aux yeux, ou qu’on ait pour toi de la reconnaissance ? — Quelqu’un ji me méprise.^ C’est son alï'aire. Moi, je prendrai garde de ^ ! ne rien faire ou dire (jui soit digne de mépris. Quelqu’un 'A me hait.f^ C’est son affaire encore. Moi, je suis doux et i j bienveillant pour tout le monde ; tout prêt à montrer à ; chacun qu’il se trompe, non en le mortifiant, non en af- : ^ fectant de faire un ellort, mais fi’anchement et avec bonté . . — La bienveillance est invincible, pourvu qu’elle soit sincère, sans dissimulation et sans fard. Car, que pourrait te faire le plus méchant des hommes, si tu jiersévérais à le traiter avec douceur? si, dans l’occasion, tu l’exhortais paisi-