Ibid., livre \, I
LA MORALE DES STOÏCIENS
le bain et la nourriture ; mais toi, tu fais moins de cas de ta propre nature que le ciseleur n’en fait de son art, le danseur de sa danse, l’avare de son argent, l’ambitieux de
sa folle gloire. Eux,
qua
nd ils sont à l’œuvre, ils ont bien
moins à cœur le manger ou le dormir, que le progrès de ce qui les charme : les actions qui ont l’intérêt public pour but te paraissent-elles plus viles et moins dignes de tes soins — Point de dégoût, de découragement, de désespoir, si tu ne réussis pas toujours à faire chaque chose suivant les règles de la raison. Si tu viens d’écliouer, recommence ; que ce soit assez, pour ta satisfaction, d’avoir le plus souvent agi comme il sied à un homme. Il faut aimer l’œuvre à laquelle tu retournes ‘ . »
L’empire que Marc-Aurèle eut entre les mains était absolument autocratique ; nul frein autre que la morale du philosophe n’était mis à l’absolutisme du souverain. Sa morale gouvernementale n’en est que plus digne d’admiration. Il applique au pouvoir- les maximes qu’il a puisées auprès de ses maîtres, qui furent nombreux et excellents, et auprès d’Antonin, son père adoptif; et il les formule luimême en termes excellents. Il dit de sou maître de rhétorique, Fronton, qu’il a senti, grâce à lui, « tout ce qu’il y a, dans un tyran, d’envie, de duplicité, d’hypocrisie, et combien il y a peu de sentiments alfectueux chez ces hommes que nous appelons patriciens L — Exemples de mon frère Sévérus : Amour de nos proches, de la vérité, de la justice. C’est lui qui m’a fait connaître l’hraséas, llelvidius, Caton, Dion, Brutus ; qui m’a fait concevoir l’idée de ce que c’est qu’un Etat libre, où la règle c’est l’égalité naturelle de tous les citoyens et l’égalité de leurs droits ; d’une royauté qui place avant tous les devoirs le respect de la liberté des citoyens® ».
Enfin, il a tracé la plus belle leçon de morale gouvernementale dans le portrait de son père Antonin qui fut, à coup sûr, en même temps que le plus philosophe des cm-