‹ La morale des religionsChapitre 223 sur 380 · Ibid., livre I, xiv · texte numérisé non relu

Ibid., livre I, xiv

Lanessan. Uelifjious. 2i

pereiirs, le type le plus parfait du bon gouvernement qu’on put imaginer il y a dix-huit siècles. Ces pages admirables doivent avoir ici leur place, car elles marquent une des principales dates de l’iiistoire de l’iiumanité. « Ce que j’ai vu dans mon père : La mansudlnde jointe à une rigoureuse inllexibilité dans les jugements portés après mûr examen ; le mépris de la vaine gloire que confèrent de prétendus honneurs; l’amour du travail et l’assitlnité ; l’emiiressement à écouter ceux c[ui nous apportent des conseils d’utilité publique ; l’invariable application à chacun de la rémunération selon les (ouvres ; le tact qui nous iiuli(|uc oii il faut nous raidir, où il faut nous relàcbei'... Dans les délibérations, il ne négligeait aucune recherche ; il y mettait toute la patience imaginable, et ne se payait pas des premières apparences pour suspendre le cours de ses investigations. Il savait conserver ses amis... Il se troinait bien où qu’il fût : c’était toujours la même sérénité de visage. 11 prévoyait de loin ; et (juand il s’occupait à régler des affaires de mince importance, jamais de fracas tragique. Les acclamations, les flatteries de toute-nature, tant qu’il régna, ne se purent produire. 11 veillait sans cesse à la conservation des ressources nécessaires à l’Etat. Ménager dans la dépense qu’occasionnaient les fêtes publi(|ues, il ne trouvait pas mauvais (|u’on censurât, à ce sujet, sa parcimonie. Il n’avait pas povir les dieux de crainte superstitieuse ; quant aux hommes, il ne chercha jamais la popularité par ces empressements, ces complaisances, ces manières caressantes qui séduisent la foule ; ruais il était sobre en toutes choses : jamais de man(|ucment aux convenances, jamais de passion pour les nouveautés. Les choses qui servent, dans leur lieu, à rendre la vie plus douce, et dont la nature est envers nous si prodigue, il en usait sans faste, et sans se faire prier : il y portait la main, si elles étaient là, sans aucune alïectation ; absentes, il savait s’en passer. Nul ne serait en droit de dire qu’il ait été un sophiste, ni un homme de manières basses, ni un pédant : tous voyaient en lui un homme mûr, complet, au-dessus de la flatterie, capable de gouverner et ses allaires et celles des autres. Ce n’est pas

LA MORALE DES STOÏCIENS

tout : il honorait les vrais philosophes, indulgent néanmoins ponr ceux qui ne l’étaient qu’en apparence, mais sans jamais s’en laissser imposer par eux. Son commerce était plein d’agrément ; il aimait à plaisanter, mais jamais jusqu'à vous en fatiguer. 11 prenait de sa personne un soin modéré, et non point en homme qui aime la Aue, ou qui veut étaler ses charmes... Il était admirable à céder le pas sans envie aux hommes éminents par quelque faculté, l’éloquence, la science de l’iiistoire, des lois, de la morale, ou toute autre ; à les aider à acquérir la gloire à laquelle chacun d'eux pouvait prétendre en raison de son mérite. Toujours conformant sa conduite sur les exemples de nos pères, il n’alfectait pas d’étaler sa fidélité aux traditions antiques. Ce n’était pas un esprit mobile et inconstant ; il s’attachait aux lieux et aux objets... 11 n'avait pas beaucoup de secrets : ils étaient en très petit nombre et restreints aux seuls intérêts de l’Etat. La prudence et la mesure étaient toujours sa règle, dans les spectacles publics qu’il avait à ordonner, dans les constructions qu’il faisait faire, dans ses largesses au peuple. C’était la conduite d’un homme qui a en vue ce que le devoir lui impose, et non les ajiplandissements que peut lui attirer l’exécution. . . Uien en lui de dur, rien d’irrévérencieux pour personne ; nulle véhémence, et jamais, comme on dit, jusqu’à la sueur: il prenait chaijue chose en son lien, y mettait toute la réllexion néce.^aire, comme à loisir, sans se troubler, avec ordre, avec une force persévérante, avec un juste accord dans tous ses mouvements. C’est bien à lui que s’appliquerait ce ([u’on rajiporte de Socrate, qu’il fut capable et de s’abstenir et de jouir des choses dont la plupart des hommes ne peuvent ni soulh-ir l’abstinence, à cause de leur faiblesse, ni jouir sans en abuser. Se montrer ferme dans l’nn et l’autre cas, maître de soi, tempérant, c’est le privilège de l’homme doué d’une âme forte et invincible'. »

La sanction morale à laquelle les stoïciens attachaient le plus de prix, la seule même qu’ils admettaient, est celle de

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