I. Troplong, loc. cit., p
aoO MORALE PHILOSOPHIQUE DANS LES SOCIÉTÉS GRÉCO-ROMAINES
libérer de la moindre relenue. Ilabiluées à loiil souffrir de la part de l’homme tant qu’il avait été tout seul à pouvoir rompre les liens du mariage, elles semblèrent ne vouloir user de leur droit nouveau que pour se venger d’une longue servitude. Lorsque Sénèque parlait des femmes qui se marient pour divorcer et divorcent pour se remarier, il dépeignait un état d’immoralité qui devait bientôt s’arrêter, précisément parce qu’il avait atteint le degré le plus élevé auquel il pût parvenir sans que la société romaine se disloquât entièrement. Si cette dislocation ne se produisit pas, si nous voyons, au lU siècle, pendant la longue période des Antonins, la société romaine se reconstituer sur des bases tellement solides qu’elles paraissaient inébranlables, c'est que la dissolution des mœurs s’étaient arrêtée. Entrées en possession de la plus grande liberté qu’elles pussent désirer, les femmes étaient en mesure de se faire respecter, et le seul désir qu elles en avaient dut contribuer à les rendre respectables. Ce ne pouvait pas être une société corrompue celle qui, pendantprès de cent ans, maintint au pouvoir et entoura de son dévouement des princes dont plusieurs furent, en quelque sorte, des incarnations delà vertu, comme Antonin Je pieux et Marc-Aurèle le philosophe, et dont Ernest Renan a pu dire, à propos du règne de Trajan qui ouvrit cette ère admirable : « On ne vit jamais au gouvernement des choses humaines un groupe d’hommes aussi dignes d’y présider. C’étaient Pline, Tacite, Virginius, Rufus, Junius, Mauricus, Gratilla, Fannia, nobles hommes, femmes pudiques, tous ayant été les persécutés de Domitien, tous pleurant quelque parent, quelque ami, victime du règne abhorré... La noblesse romaine, la plus terrible qui ait jamais existé, n’a plus maintenant que des raffinements extrêmes de vertu, de délicatesse, de modestie'. » Ce ne pouvait pas être une société dissolue, celle dont presque toutes les têtes directrices avaient luttépendant de nombreuses années contre le despotisme, et n’avaient échappé aux tyrans que par l’exil ou le hasard. Ce ne pouvait être