‹ La morale des religionsChapitre 252 sur 380 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

et ne saurait être considéré comme faisant partie de ce que l’auteur sacré appelle « la loi naturelle »; mais ce n’est point ici le lieu d’aborder ces questions.

Il est à peine utile de faire observer que le point de départ de la morale du christianisme et de toutes les autres religions est la croyance absolue au libre arbitre. L’bomme pouvant, en vertu de la liberté complète dont il jouit, faire, à son gré, telle action ou telle autre, se décidei' pour telle conduite plutôt t[ue pour telle autre, chacune de ses pensées, de ses paroles ou de ses actions engage sa responsabilité. 11 se rend coupable envers la divinité, il commet un péché, s’il désobéit aux lois morales de la religion à laquelle il appartient, et il en doit être puni. Il fait acte d’obéissance à la divinité, et mérite une récompense, s'il pense, parle et agit conformément aux lois de cette divinité.

Ceci dit, on voit aussitôt se poser la question suivante : Puisque le Dieu du christianisme, suivant les expressions mêmes du catéchisme, est « souverainement parfait » et (( souverain seigneur de toutes choses » \ que, d’autre part, sa souveraine perfection comporte nne bonté non moins souveraine, comment se fait-il qu’il expose l’homme à mal faire et, par conséquent, à être puni.*^ Comment se faît-il qu’il condamne l’homme de bien à souffrir, tandis que le méchant est si souvent heureux Pourquoi permet-il que l’homme soit exposé à tant de maux physiques et moraux.^ Pourquoi, en un mot, permet-il au mal d’insister

L’existence du mal dans un monde créé et gouverné par un Dieu souverainement parfait, est justifiée par saint Thomas d’Aquin de la manière suivante : (( Comme la perfection de l’univers exige qu’il n’y ait pas que des choses incorruptibles, incapables de s’écarter du bien ; de même il était nécessaire que le mal se trouvât dans les créatures pour les priver du bien et les corrompre, non positivement, mais en éloignant formellement d’elles ce t[ui convenaità la perfection de leur espèce L » En d’autres termes;

t. Catéch., JJ. 5.

•2. La Somme, triuL de l’abljé iJri(jujc, 1, ji. 433.

Lanessan. Religions. ^4

pour (jue le monde soit parfait, il faut que le mal y existe. C’est une façon ingénieuse de résoudre le plus redoutable des problèmes posés par la coexisteuee d’un dieu souverainement parfait et d'un univers créé par lui, où le mal est si répandu. Ai-je besoin de dire que cette ingéniosité ne satisfait nullement la raison Les fondateurs de la doctrine chrétienne l’avaient sans doute compris, car ils imaginèrent un premier homme doué, à la fois, « du libre arbitre, c’est-à-dire de la faculté de se déterminer entre plusieurs jiartis à prendre » et de (( la justice originelle » qui lui permettait de soumettre « à l’empire de la raison les appétits et les mouvements de la chair' ». Le premier homme, en d’autres termes et suivant une expression consacrée, avait été créé jjar Dieu dans (( l’état d’innocence ». Toutefois, il avait le libre arbitre. En ayant fait usage pour désobéir à Dieu, il « perdit la justice originelle, devint sujet à l’ignorance et aux mauvais peuebants, fut condamné aux souffrances et à la mort ». Son « péché et toutes les misères qui en furent la suite passèrent à ses enfants, c’est-à-dire à tous les liommes : c’est ce que nous appelons le péché originel C »

Le catéchisme dit encore au sujet du péché originel : (( Adam, ayant désobéi à Dieu daus le paradis terrestre, se trouva déchu de la sainteté et de la justice dans lesquelles il avait été placé. Par suite de cette désobéissance, il encourut la colère de Dieu, devint sujet à la mort, à l’esclavage du démon et aux misère de la vie. Le péché et la peine du péché ne s’attachèrent pas seulement à Adam, mais s’étendirent à sa postérité tout entière. C’est en cela que consiste le péché originel, car, dit saint Paul (Rom., v. 12), tous ont péché en AdamL »

En somme, si les hommes peuvent faire le mal, s’ils sont exposés à souffrir quoique bons, s’ils peuvent être heureux

1. Caléch., p. 21-22. « LTioiiiine sortit îles mains de Dieu immortel et impassible, doué du libre arbitre, maître de ses appétits inpérieurs et surtout orné de la justice orip,inelle. » {Ibid., p. i".)

Page 1