LK DIEU-FROVIDKNCE, DANS LE JUDAÏSME
La coiiceplion du Dieu- Providence, qu’on trouve formulée dans les Livi’e sacrés des Hébreux, constitua l’un des éléments essentiels de la morale judaïque, avant de passer dans la morale chrétienne.
A partir du jour où les docteurs hébreux eurent imaginé un Dieu tout-puissant, universel cl unique, ils lui altrihuèrcut la responsahdilé, peut-on dire, de tous les événements humains et de tous les phénomènes cosmiques dont la terre et rnnivers sont le théâtre. Loi’sque 1 Assyrie, sous le règne de Semiacliérih, entra en guerre avec l’Egypte, les gens riches et les familles militaires demandèrent qu’on prolitâl de la circonstance pour tenter de secourir le joug des Assyriens et se débarrasser du protectorat qu’ils exerçaient sur le royaume d’Israël, IjCS jiropliètes et le corps sacerdotal protestèrent contre celte pensée patriotique avec la plus grande violence. Ils craignaient de voir leur inlluence s’allaihlir dans la meme proportion que s’accroîtrait celle des gens riches et des militaires et que grandirait l’autorité du roi, si la guerre était accompagnée de victoires. Ils invoquaient l’inutilité des ellorls humains et proclamaient qu’ils iraient à l’encontre des volontés mystérieuses de la divinité. « Malheur, clamait Isaïe ‘, à ceux qui descendent en Égypte pour y chercher de l’aide, ipii s appuient sur des clievaux, (|ui mettent leur conliance dans le nombre
I. A'oyez E. Renan, Hist. du i)euple d'Israël, 111, [>. 98 eL siiiv.
St’)
des chars et la force des cavaliers, mais qui ne tournent pas leurs regards vers le Saint d’Israël, ne se soucient pas de lahvé. Lui aussi, il est habile; il dispose du mal... : lahvé étend sa main, le protecteur trébuche, et le protégé tombe, et tous deux périssent ensemble., w
Ijorsque Sennacliérib, ayant battu les Egyptiens, se tourne contre la Syrie et vient menacer le royaume d’Israël, où nuis préparatifs de guerre n’ont été faits, Isaïe proteste encore contre les résistances que l’on voudrait tenter:
« Qu’as-tu donc à monter sur tes toits, ville tumultueuse,, bruyante, toujours agitée.^» Au moment le plus critique, il prédit la destruction de l’armée assyrienne : « lahvé est notre juge, lahvé est notre législateur, lahvé est notre roi ; c'est lui qui nous sauve ». Comme l’armée de Sennachéril) fut battue par les Egyptiens et, surtout, décimée par les fièvres de la Basse-Egypte, ce fut un grand triomphe pour le prophète et pour lahvé, quand on apprit à Jérusalem que le roi d’Assyrie avait été contraint de regagner sa capitale et de renoncer à marcher contre la Palestine. Le miracle était accompli ; lahvé était délinitivement consacré P] ’ovidencc de son peuple.
Il était impossible que cette idée de Providence ne fût pas appliquée aussi à la morale individuelle. Pour l’auteur inconnu du Livre de V Alliance, tout est mauvais dans l’homme et ne peut devenir bon c[ue par l’intervention d’Iahvé. « On peut dire, écrit Uenan ', que le péché originel a été une invention du jéhoviste. Le mal est, pour lui, « la voie (( de toute chair ». Chaque progrès humain est un péché: l’humanité ne marche qu’à coups de péchés. Et le péché est souvent chez lui, comme dans le mythe d’OEdipe, un acte qu’on n’a pas commis sciemment. Le péché par ignorance entraîne les memes suites que le péché voulu. L’explication de toute l’histoire humaine par la tendance au mal, par la corruption intime de la nature, est bien du jéhoviste, et elle a été la base du christianisme de saint Paul. La tradition juive garda ces pages mystérieuses, sans